ÉTUDE D'UNE CABANE EN PIERRE SÈCHE À TAULIGNAN (DRÔME)

Study of a dry stone hut located at Taulignan, Drôme

Louis Cagin

La présente étude, effectuée lors de la mise en sécurité de la cabane en septembre 2020, a été commanditée par la commune de Taulignan, Drôme, dans le cadre de la mise en place d’un parcours de santé et de sentiers de promenade alentour. L’intervention avait pour but de mettre la cabane en sécurité et nous sommes intervenus sur ses parties ruinées pour les restaurer [1].

Notre bâtiment se révèle exemplaire pour définir le concept de cabane en pierre sèche comme « entité architecturale continue » sur un site précis mais dans une discontinuité et une intangibilité des formes successives du bâti. Cette discontinuité s’appliquant aussi aux usages et aux statuts des constructeurs et/ou utilisateurs successifs. En quelque sorte un bâtiment bien localisé mais plutôt uchronique et matérialisé par des formes successives différentes.

[1] Remerciements à Margaret Charbonnier, Janick Ode, Romain Cluzel, Charlotte Hesloin, Anne-Lore Mesnage et Christian Lassure.

 

Fig. 1 - La cabane après l’opération de mise en sécurité.

Cela induit d’entendre ce bâti dans sa forme actuelle comme issu de remaniements perpétuels, voire d’états successifs de ruine ou de délabrement suivis de reconstructions. Ce point de vue relativise l’importance de son entité matérielle architecturale actuelle en tant que bâtiment. Cela permet également dans le même concept de « cabane » de séparer deux faits, d’une part sa réalité de lieu dédié à l’abri et à ses usages et d’autre part ses concrétisations matérielles successives. Pour finir, et sans preuves d’archives, on peut affirmer dans notre cas de cabane, a minima, qu’il s’agit de la rencontre d’un besoin vital humain et d’un stock de pierres sur un site précis et sur une longue période historique.

 

Fig. 2 : Travail de relevé.

Le bâti, dans sa forme actuelle, garde trace de pas moins de six cabanes successives, chacune laissant parties des précédentes et reproduisant le même schéma de construction, c’est-à-dire l’utilisation exclusive de pierres pour le bâti [2]. Cette cabane en pierre sèche intègre donc à son fait architectural les dimensions de précarité, d’impermanence et de parcours passager de ceux qui les ont construites et utilisées [3].

Aucune des cabanes successives n’a été reconstruite à l’identique ni exactement au même endroit, ce qui permet aujourd’hui d’attester que des cabanes antérieures ont réellement existé puisque des parties de leurs structures initiales, quoique notamment hétérogènes, sont intégrées et constitutives du bâtiment actuel.

[2] On ne trouve aucun autre matériau que la pierre sur site, ce qui n’exclut cependant pas que du bois ou d’autres matériaux putrescibles aient pu être mis en œuvre. Aucune trace ne permet cependant de l’attester.

[3] Nous en restons ici à l’analyse technique du bâti, cet article n’est pas le lieu d’une analyse historique qui reste à faire, à partir des archives et des nombreux travaux qui se sont penchés sur l’analyse historique des garrigues pour les périodes historiques du néolithique à l’époque moderne en passant par le Moyen Âge.

 

Fig. 3 - Coupe géologique du site (hauteur de la coupe, environ 4 mètres).

1. La parcelle

C’est une parcelle aujourd’hui en friche [4] de l’espace des garrigues taulignanaises. Elle est encore lisible sur site par une limite au sud matérialisée par des pierres plantées alignées (fig. 5) et au nord par un banc d’extraction dans la roche du sol géologique (fig. 4).

L’aménagement de la route proche permet d’observer la coupe géologique dans les bancs calcaires du sol (fig. 3). Les lits de roche sont homogènes et se succèdent directement sur une grande profondeur sans rupture de sols plus meubles. L’épierrement des couches supérieures ne permet donc pas d’atteindre une couche de substrat meuble qui permettrait d’augmenter la « cultivabilité » du lieu. Cela explique sa pauvreté. En bas de parcelle, au plus profond de nos sondages, le substrat meuble avant d’atteindre la roche ne mesure pas plus d’une quinzaine de centimètres.

[4] Les espèces arbustives relevées sur la parcelle sont : chêne vert, genêt, cerisier de sainte Lucie, chèvrefeuille, cade, viorne, troène, lierre, églantier, nerprun.

 

Fig. 4 - Talus nord.

Cette faible profondeur de sol meuble permet d’observer que les cabanes successives sont toutes fondées directement sur la même couche de roche. Cette couche de roche est également celle sous-jacente sur toute la superficie de la parcelle. L’hypothèse la plus probable est que ce niveau ait été obtenu par l’extraction des bancs supérieurs de roche, dits de croûte. Cette affirmation peut être avancée par observation du banc de coupe dans la roche en limite amont et nord de la parcelle indiquant l’extraction des roches de la croûte supérieure (fig. 5). Au-dessus de ce banc de coupe passe le sentier. D’après la surface des roches affleurantes, probablement donc sur le niveau géologique du lieu avant intervention humaine. Cela permet de déterminer le stock de pierre comme issu d’un ou de plusieurs épierrements initiaux par extraction d’une ou plusieurs couches de roche à l’échelle de la parcelle. Impossible cependant, sans recherches en archives, de dater cette action ou ces actions et d’en préciser le contexte.

 

Fig. 5 - Pierres plantées en limite sud de parcelle.

Il est probable que cette action ou ces actions initiales ont permis d’obtenir simultanément d’une part le stock de pierres permettant la construction des cabanes, d’autre part la bonification du sol alentours. Il est également probable que les cabanes successives ont toutes été construites avec ce même stock de matériau réemployé.

Sur la parcelle ainsi que sur les parcelles alentour, aujourd’hui encore, rares sont les pierres qui « traînent » ; toutes sont utilisées et assemblées en appareillages. Ce qui est un indice supplémentaire de l’utilisation totale des ressources lithiques extraites de l’état géologique dans l’usage de l’espace. La pierre, quoique omniprésente, est donc sur la période à concevoir comme un matériau aux ressources finies. Cela est un indice de la nécessité d’une adaptation technique au stock, pour obtenir les ouvrages voulus, cette adaptation s’appliquant certainement aussi aux phases successives de construction de notre cabane.

Impossible donc de dater la ou les actions initiales d’aménagement par extraction des bancs de roche ainsi que de déterminer si elle(s) ont été effectuées dans le but de dégager un espace d’usage agricole ou pastoral ou pour construire « la » cabane ou un autre ouvrage. Ainsi que de dire si les deux actions ont été simultanées ou si elles ont été étalées dans le temps.

 

Fig. 6 - Coupe permettant d’inscrire la parcelle dans le quartier.

 

 

Fig. 7 - Plan de masse.

2 - La-les cabane-s

Les nombreuses ruptures dans les appareillages des murs et des encorbellements de la cabane contemporaine nous ont permis d’attester d’au moins neuf structures différentes dont quatre semblent des restes d’anciennes cabanes.

Les relevés ont été faits à l’occasion des travaux de mise en sécurité qui n’ont pas eu vocation ni permis d’investigations plus sérieuses. Seules de véritables fouilles permettraient d’approfondir ces observations et de tenter de déterminer une chronologie des structures.

La disparition de la cabane nord (B, tracé simulé en orange sur la  fig. 8) est la plus évidente. Son mur circulaire offre clairement au visiteur qui arrive sur la parcelle à partir du sentier la vue du parement intérieur de la cabane disparue (fig. 8, 43 et 44).

A1 (en vert clair sur la fig. 8) cette partie encorbellée fait partie de la structure de la pièce 2. Elle est à l’évidence un angle de mur de cabane antérieure disparue. La simulation d’extension de cette cabane permet de la penser antérieure aux structures B et D.

La structure A2 forme le mur opposé du couloir entre les pièces 1 et 2. Une amorce d’encorbellement est clairement lisible par le coup de sabre qu’il dessine dans le parement intérieur de la pièce 1.

 

Fig. 8 - Analyse des appareillages.

Si les deux structures, A1 et A2, sont contemporaines, ce couloir pourrait constituer l’entrée de la cabane A1 (tracé simulé en vert clair) et indiquer la présence simultanée d’une deuxième cabane (tracé simulé en vert foncé). Les linteaux encore en place pourraient en attester.

La structure C, en jaune sur la figure, nous a été révélée lors du travail de confortement d’une lacune structurelle dans l’appareillage que nous développons plus loin. Elle nous indique les restes en fondation d’un mur circulaire dont ne subsiste qu’une seule face de parement. Visible de l’extérieur de la cabane et révélée lors de l’intervention de remise en place des lauzes de la couverture, une très petite portion de cet appareillage conserve ses deux faces de parement et laisse lire une amorce d’encorbellement. Il est impossible de déterminer si ce mur est antérieur à la structure A1 qu’il côtoie. Par ailleurs des restes de dallage laissent penser à un aménagement de sol d’une cabane antérieure, mais les niveaux ne sont pas cohérents (cf. fig. 9).

Pour finir, sur la partie Est de la cabane, la structure D qui semble n’être qu’un clapier parementé qui coupe l’ensemble des structures anciennes et se poursuit plus au nord en dessinant le bas du mur de la pièce 2. Bas de mur sur lequel prend appui l’encorbellement de la pièce 2 actuelle.

Les structures E1 et E2 forment actuellement le mur encorbellé Ouest de la pièce 2. Lors de la remise en place des lauzes en couverture nous avons clairement identifié une rupture qui nous permet de les différencier. Il est cependant difficile de statuer sur la localisation exacte de la rupture entre les structures A2 et E1.

La structure E3 est clairement indépendante des appareillages qu’elle jouxte mais il est difficile de faire plus que de constater sa présence.

Enfin la structure F recouvre par son encorbellement toutes les autres structures au niveau de la pièce 1, à l’évidence c’est la structure la plus contemporaine. Elle laisse penser qu’il s’agit de l’extension d’une cabane plus ancienne composée au départ de la seule pièce 2 et des restes de structure C, D et E3.

 

Fig. 9 - Reste de dallage à l’extérieur de la cabane.

 

Fig. 10 - Le dallage.

3 - Le sol dallé

Le sol a été dallé dans toute la cabane contemporaine ainsi qu’au niveau de son seuil par des lauzes de petites dimensions. Le couloir et la petite pièce sont également dallés. Dans la grande pièce, seules les parties près des murs conservent des dalles, la roche affleure à partir de l’entrée et dans l’axe qui mène au couloir là où les passages ont le plus décapé le sol (cf. fig. 10). C’est cet état dégradé du sol, et la coupe qu’il permet d’observer, qui nous a permis de comprendre la technique de réalisation du sol dallé.

Les lauzes-dalles sont posées sur un lit de ce qui semble être du frassin. Le frassin [5] est un matériau issu de la combustion des charbonnières, composé de terre brûlée et de cendres fines et dans lequel se trouvent des traces de charbons de bois. Plusieurs creux à la surface du sol, encore observables sur les parcelles voisines, peuvent être interprétés comme des emplacements d’anciennes loges de combustion de charbonnières. Cette activité a très certainement été l’une des activités de parcours du quartier. Cependant seules des analyses plus poussées du matériau utilisé pour faire interface dalle-roche pourraient confirmer qu’il s’agit bien d’un tel matériau dans notre cas. Ce frassin pourrait alors indiquer la mise en place du sol dallé par des charbonniers lors de leur usage de la cabane mais aussi avoir été récupéré dans des loges charbonnières alentour par d’autres personnes connaissant ce matériau et ses propriétés.

La cabane est entièrement posée sur la roche géologique qui affleure. L’aménagement sol (sous-couche frassin et dalles) n’est pas plus épais que 8 à 10 cm et repose directement sur cette roche (cf croquis et plan fig.10). Il est donc très probable que cette réhausse frassin-dalle permettait d’isoler l’espace intérieur des écoulements d’eau pluviales récoltés au niveau de la roche mère lors d’intempéries.

[5] Nous empruntons ce terme à la corporation des charbonniers. Le frassin désigne la terre qui recouvre la meule pour en contrôler les arrivées d’air et la combustion. Une fois la combustion réalisée, cette couche de terre cuite est récupérée pour d’autres combustions mais est également utilisée pour imperméabiliser les toitures de cabanes. Cf. Bibliographie.

4 - Les lacunes dans les appareillages

Zone de chasse, l’on a retrouvé une douille [6] dans la cabane. Le mur ouest de la grande pièce est intentionnellement évidé à niveau d’homme assis, ce qui est l’indice d’un poste d’affut. Des pierres ont été extraites en profitant de contacts mal installés entre leurs joints d’assise. Il en résulte des lacunes qui traversent la totalité du mur permettant de voir et de tirer en restant caché à l’intérieur de la cabane. Ces vides dans l’appareillage ont généré des phénomènes d’affaissement de la structure que nous avons stoppés en replaçant des pierres ajustées dans ces lacunes (fig. 11).

[6] Douille de cartouche de fusil. Munition de fabrication sûrement artisanale.

 

Fig. 11 - Lacunes d’affût.

Une deuxième zone de lacunes est plus structurelle, toujours dans la grande pièce, elle se trouve au bas du mur qui est ainsi désolidarisé de la structure sus-jacente. La totalité de l’encorbellement de la grande pièce repose et appuie sur cette zone de lacunes sans s’être affaissée grâce à un phénomène de voûtement fortuit qui s’est installé dans son appareillage.

L’analyse permet d’affirmer que l’encorbellement de la cabane actuelle a été construit en appui sur la zone actuellement lacunaire. Ses constructeurs ne l’ayant pas identifiée et purgée plus avant, jugeant certainement qu’elle ferait affaire en termes de tenue pour fonder leur ouvrage. Nous sommes donc à ce niveau en présence d’un état ruiné d’une structure antérieure que la décision des constructeurs de ne pas décaisser nous a permis d’observer (cf. fig. 12). Une amorce d’encorbellement laisse penser que cette structure a pu être une cabane ou une construction annexe (cf. fig. 8).

Cette lacune délimite la fondation d’un mur disparu qui s’inscrit entre deux ruptures d’appareillages ; au Sud, le mur installant la grande pièce ; au Nord, le parement extérieur de la pièce 2.

 

Fig. 12 - Plan des zones de lacunes.

Fig. 13 à 16 : sur les quatre photos l’étoile * bleue repère l’une des pierres tenant la charge du voûtement issu de la lacune.
 

Fig.13 - Vue depuis l’intérieur de la lacune.

 

Fig. 14 - Le travail de restauration.

 

Fig. 15 - Vue de la coupe du mur au niveau de la lacune.

 

Fig. 16 - Vue de l’extérieur de la cabane lors de la reconstruction du mur (appareillage C).

5 - Les objets trouvés, les usages anciens

Une petite quarantaine d’objets ont été trouvés dans les zones restaurées (cf. annexe 1), aux niveaux des sols d’usage ou dans les appareillages démontés. Ils sont le témoignage des « usages » du lieu. Outre des tessons de poteries et de verre, les découvertes les plus parlantes sur le site sont un dispositif de piquets métalliques avec fils de clôture électrique [7] (fig. 24 et 25, n° 22 sur la fig. 18), un silex taillé qui semble être une pierre à fusil [8] (fig. 26 à 28) (récolté sur le sentier qui longe la parcelle de la cabane), une bassine en métal (fig. 31 n° 37 sur la fig. 18) et plusieurs autres palets en pierre.

Les restes d’un foyer sont encore bien observables au niveau des dalles (fig. 18, n°s 11 et 12), ainsi qu’un dispositif permettant de s’assoir. Il est remarquable d’observer qu’un palet [9] est toujours posé entre deux pierres à portée de main lorsque l’on est assis face au foyer. On peut s’en saisir et le reposer sur l’accident dans le parement du mur qui lui sert d’étagère (fig. 19 à 23 et n° 42 sur fig. 18). Cette assise obtenue par dépassement de la roche hors du mur (nommée banc sur la fig. 18) jouxte le renfoncement dans l’appareillage qui s’apparente à une niche (n° 35 sur la fig.18). Nous avons là suffisamment d’éléments pour poser l’hypothèse de l’organisation historique de cet espace de la cabane dans une forme « contemporaine » [10] autour du foyer.

[7] La présidente de notre association se souvient d’être venue enfant dans les années 1970 dans cette zone de garrigues avec sa grand-mère qui y faisait pâturer ses chèvres.

[8] Schleicher Ch., « Une Industrie qui disparaît. La Taille des silex modernes. (Pierres à fusil et à briquet) », Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 24, n °10, 1927. pp. 367-369.

[9] Le palet permet de broyer ou de casser, il est taillé pour tenir en main cf. fig. 21 Demians d’Archimbaud, Gabrielle, Les fouilles de Rougiers (Var), Contribution à l’archéologie de l’habitat médiéval en pays méditerranéen, Édition du CNRS, Paris, 1980.

[10] Contemporaine étant entendu ici comme la dernière période d’utilisation de la cabane dans le cadre de parcours pour lesquels elle est un habitat passager. Nous disons ultime pour les utilisations postérieures de ce même espace devenu abri d’occasion.

 

Fig. 17 - Le foyer (l’étoile rouge est un repère reporté fig. 32 sur la vue de l’espace avant travaux).

Ces traces d’organisation ont été préservées par le recouvrement des aménagements installés pour les usages ultérieurs de la cabane. Ces aménagements ultimes, que l’on a observés à l’ouverture de l’action (fig. 32), sont ceux témoignant justement de l’abandon et de l’état de friche du quartier. Ils ont la particularité de faire fi de l’entretien du bâti lui-même. Chasseurs et autres promeneurs y aménageant avec les moyens du bord des dispositifs « immédiats ». Ces derniers aménagements témoignent de la diversité des nouveaux usagers, mais aussi du statut de ruine de la cabane : il y a perte de valeur du bâti, en témoigne le démontage des appareillages des murs pour une action de chasse. Il y a aussi, pour d’autres, ignorance de son système de construction, en témoigne l’utilisation d’une pièce structurelle de l’ouvrage, le piédroit de la porte, pour un usage immédiat et non essentiel comme table de pique-nique.

 

Fig. 18 - Localisation des artéfacts repérés sur le site.

Les objets ont été localisés sur un plan de la cabane avec indication altimétrique, puis photographiés avant éventuel prélèvement. Les objets prélevés sont réservés dans les locaux de l’association. Les photographies des objets, en situation et pris individuellement avec piges, sont conservées dans un dossier électronique nommé « 20-09-archéo-t2479-upsla-l-cagin ». À l’écriture de ce compte rendu, ils n’ont pas fait l’objet d’analyse et de datation.
 

01 - tesson de céramique vernissée : sol d’usage actuel [11]

02 - silex noir : sol d’usage actuel

03 - bris de tuile : sol d’usage actuel

04 - tesson de céramique vernissée : sol d’usage actuel

05 - bris de tuile : sol d’usage actuel

06 - bris de verre : sol d’usage actuel

07 - bout de fer : dans l’appareillage du banc [12]

09 - douille de cartouche : sol d’usage historique [13]

10 - bris de verre mauve : sol d’usage historique

11 - récolte échantillon de charbons de bois : entre dalles et roche géologique [14]

12- récolte échantillon de cendres du foyer : sol d’usage historique

13 - bris d’assiette : placés dans l’appareillage(+0.95 m)

14 - bris de parefeuille : dans l’appareillage (+0.72 m)

15 - céramique vernissée : entre dalles et roche géologique

16 - bois charbonné : entre dalles et roche géologique

17 - bris de parefeuille : effondrement de l’encorbellement

18 - bris de verre : sol d’usage historique, joint entre dalles

19 - bris de verre vert : effondrement

20 - briquette sous tuile : niveau ?

21 - échantillon de matière humifère : entre sol historique et éboulement

22 - piquets et fil clôture électrique : cachés dans l’appareillage (hauteur du banc)

24 - galet de pierre : sol d’usage historique

25 - bris de verre : niveau non interprétable éboulis.

26 - coquille escargot : dans l’appareillage (ne peut être venu seul) (+0.5 m)

27 - bris de céramique vernissée : placé dans appareillage (+0.80 m)

28 - bris de céramique vernissée : sol du sentier

29 - bris de céramique vernissée : placé dans l’appareillage (+ ? m)

30 - pierre en corbeau : intention d’appareillage

31 - pierre en corbeau : intention d’appareillage

32 - dispositif d’attache en pierre : intention d’appareillage (+1.10 m)

33 - bris de céramique vernissée : sol du sentier

34 - col de bouteille (non récolté) : clapier-effondrement

35 - lacune à possible usage de niche : intention d’appareillage ? (+ 0.10 m)

36 - silex taillé : sol du sentier

37 - bassine en métal (non récoltée) : sol d’usage historique

38 - bris de tuile : entre dalles et roche géologique

39 - palet cassé : dans appareillage porte

40 - palet : dans appareillage, calage pour les lauzes

41 - bouchon ? : dans appareillage calage pour les lauzes

42 - palet rangé au mur (non récolté) : rangement en parement d’appareillage (+1.20 m)

43 - graffiti ou trait géologique, croix de Lorraine : sur face de parement appareillage

44 - pierre en corbeau, étagère : intention d’appareillage

[11] Nous avons défini le sol « d’usage actuel » comme le niveau de sol de la cabane à notre arrivée et avant intervention, ce sol se distinguait clairement des autres par la couche épaisse de feuilles et de végétaux humifiées qui en composait la surface.

[12] Nous distinguons les objets pour lesquels il y a évidence de rangement (placés dans l’appareillage), d’appareillage pour un usage particulier (intention d’appareillage) et ceux qui s’y trouvent sans intention ou geste de rangement particulier, traités comme un autre matériau, cale ou pierre (dans l’appareillage).

[13] Nous avons défini le sol d’usage historique comme le sol atteint une fois la couche de feuille et de matière organique humifère enlevée. Il s’agit des objets trouvés sur le niveau en usage du sol dallé ou dans les joints entre les dalles.

[14] Nous avons distingué les objets trouvés sous le niveau des dalles. Nous ne sommes pas intervenu sur le dallage, ces éléments correspondent à ceux récoltés dans la coupe de sol-frassin décaissée par l’usage historique du lieu (cf. cercle rouge, fig. 18). Nous indiquons cette désignation quand il nous a semblé ne pas y avoir de doute lors la récolte.

Fig. 19 à 23, ci-dessous : le palet rangé, prêt à être utilisé (n° 42 en fig. 18).

 

Fig. 19.

 

Fig. 20.

 

Fig. 21

 

Fig. 22

 

Fig. 23

Fig. 24 et 25, ci-dessous : le dispositif électrique caché dans l’appareillage de la zone fragilisée par la lacune (n° 22 en fig. 18).

 

Fig. 24.

 

Fig. 25.

Fig. 26 à 28 : Silex taillé, moderne et ressemblant à une pierre à fusil (hors de la zone représentée en fig. 18).

 

Fig. 26

 

Fig. 27.

 

 

Fig. 28.

 

Fig. 29 - Niche et banc à l’occasion du coup de sabre entre A2 et E2.

 

Fig. 30 - Bris d’assiette inséré dans les joints de l’appareillage (n° 13 sur la fig. 18).

 

Fig. 31 - Bassine (n° 37 sur la fig. 18).

 

Fig. 32 - Vue de l’espace avant intervention (étoile rouge repère dalle, à comparer avec la même étoile reportée sur la fig. 17 illustrant le foyer).

Nous n’avons pas repéré de graffitis dans la cabane. Une pierre cependant est gravée d’une croix de lorraine (fig. 33, n° 43 sur la fig. 18). De nombreux traits marquant naturellement les surfaces des pierres (fig. 34 et 35), nous ne sommes pas en mesure de déterminer s’il s’agit d’un accident géologique. Seule une analyse géologique ou graphologique sérieuse permettrait de se prononcer.

 

Fig. 33 - Croix de Lorraine sur la face de parement d’une pierre de l’appareillage C.

Fig. 34 et 35 : à droite, traces géologiques à la surface des pierres ; à gauche dans l’appareillage B ; à droite sur le piédroit de l’encadrement de porte.
 

Fig 34.

 

Fig. 35.

L’appareillage de la partie A1 contient un dispositif intéressant. Un accident dans la forme géologique des pierres a été mis à profit pour l’installer. Il pourrait s’agir d’une attache. Il est notable qu’une reprise de parement a été effectuée ultérieurement afin de la renforcer.

Ce dispositif se trouve en parement de la zone d’appareillage A1. Il pourrait témoigner d’une entrée d’ancienne cabane. Y installer une attache pour tenir un animal semble donc une hypothèse plausible.

Fig 36 et 37 : l’attache (n°32 sur la fig. 18).

 

Fig. 36.

 

Fig. 37.

 

Fig. 38 - Le renforcement de l’attache.
 

Le puits-citerne

Un puits-citerne est localisé au Sud-Est de la parcelle. Il est creusé dans la roche à l’endroit où la végétation arbustive indique la présence d’un passage d’eau (peupliers, ormeaux). Sa proximité avec la cabane ne fait pas de doute sur une relation d’usage entre les deux aménagements (fig. 6 et 7). Il est aujourd’hui comblé par des pierres afin d’éviter les accidents. Nous ne sommes pas intervenus sur cet ouvrage et en avons juste fait un relevé ainsi qu’une récolte malacologique [15].

[15] Depuis la publication du présent article, le puits a été restauré ; le compte rendu est consultable ici.

 

Fig. 39 - Le puits dans son état actuel.

Les travaux de mise en sécurité

L’ouverture d’un parcours de santé dans ce quartier de garrigues a amené la commune de Taulignan, propriétaire des lieux, à une action de protection et de sécurisation des deux cabanes présentes sur le site. Cette action était d’autant plus impérative qu’elles devenaient les objets thématiques d’un des sentiers de promenade ouverts, dit « sentier des bories ». Malgré les appels à la responsabilité de chacun, il était également nécessaire de les restaurer.

 

Fig. 40 - Intervention sur l’encorbellement de la pièce 2 (photo © Anne-Lore Mesnage).

Notre travail a consisté à mettre en sécurité la cabane la plus abimée, celle concernée par cette étude. Pour cela nous l’avons confortée en réappareillant les lacunes et zones dégradées qui mettaient en danger ses murs, en refermant les encorbellements effondrés et en reprenant le recouvrement de lauzes.

La cabane vue Sud

 

Fig. 41 - Avant.

 

Fig. 42 - Après.

La cabane vue Nord

 

Fig. 43 - Avant.

 

Fig. 44 - Après.

La cabane vue Est

 

Fig. 45 - Avant.

 

Fig. 46 - après.

La cabane vue Ouest

 

Fig. 47 - Avant.

 

Fig. 48 - Après.

La lacune dans l’appareillage C

Fig. 49 à 51 ci-dessous : la lacune menace l’équilibre général, elle est purgée, un appareillage double face vient remettre l’ouvrage en charge.
 

Fig. 49.

 

Fig. 50.

 

Fig. 51.

Fig. 52 et 53 ci-dessous : pour atteindre la fondation de la structure nous avons purgé le clapier. Puis nous l’avons remis en place.
 

Fig. 52.

 

Fig. 53.

Reprise de la porte d’entrée, des lauzes et des appareillages alentour

Fig. 54 à 62 : état initial, puis purge des appareillages et remise en place du piédroit de la porte. Reprise des lacunes de la façade Ouest et replacement des lauzes de la pièce principale. Cette purge a permis de découvrir l’affaissement de la première pierre d’encorbellement au niveau du linteau. Sa remise en place nécessiterait la reprise de presque deux tiers de l’encorbellement. Nous avons donc étayé à l’intérieur pour éviter qu’elle ne puisse basculer davantage. Revenir sur ce désordre demandera une action de restauration ultérieure de la même envergure que celle dont nous rendons compte ici. La pierre « fautive » est indiquée par le signe « * » en orange sur les figures 61 et 62.

 

Fig. 54.

 

Fig. 55.

 

Fig. 56.

 

Fig. 57.

 

Fig. 58.

 

Fig. 59.

 

Fig. 60.

 

Fig. 61.

 

Fig. 62.

Reprise des appareillages et couverture de la deuxième pièce

Fig. 63 à 66 : état initial de la petite pièce.
 

Fig. 63.

 

Fig. 64.

 

Fig. 65.

 

Fig. 66.

Fig. 67 : reprise de l’encorbellement.

 

Fig. 67.

Conclusion

« La » cabane, cette cabane, en tant qu’objet construit et trace patrimoniale, se doit d’être comprise dans un grand écart prenant appui d’une part dans une perspective historique complexe et d’autre part dans des expressions momentanées et ponctuelles d’occupation diverses liées aux parcours humains sur le site. Elle se définit par la précarité ou l’intermittence des présences qui s’y succèdent. Chacune concrétise un temps d’occupation immédiat ou saisonnier, dans un statut et pour une raison particulière, sans qu’il y ait forcément rapport avec les autres occupations historiques précédentes ou à venir. Le lieu reste marqué par la fonction d’abri, voire de refuge. Il sert à tout et tous, les aménagements y évoluent sans cesse jusque dans l’abandon. La structure s’effondre et se reconstruit. La cabane n’est pas conçue et faite pour durer dans un sens patrimonial [16] du terme. C’est d’ailleurs ce qui explique ses fragilités. Dans le processus même de ruine, elle reste un abri.

Nous sommes intervenus ici sur un bâti inscrit dans un processus de ruine, nous y avons observé un usage de visite qui aménageait l’intérieur sans respect d’entretien et de pérennité pour la structure. Le nettoyage de ces aménagements ultimes de la cabane pour permettre notre intervention nous a permis d’observer un usage plus ancien, correspondant à une utilisation plus respectueuse, ordonnée du bâtiment. Un temps de non-ruine, mais qui inscrit lui-même son équilibre passager sur de nombreux processus de ruines antérieurs.

Il va de soi que notre recherche sur site reste une pure observation du bâti issue des travaux effectués sur celui-ci, elle ne prétend en aucun cas contextualiser les conclusions des observations qui ont été développées au cours de cet article. Cette contextualisation ne pourra débuter qu’à l’issue d’un travail de recherche mettant en relations sources et archives. Nous espérons que cet article sera une des sources exploitables pour cet éventuel travail.

[16] C’est-à-dire d’une génération à l’autre. 

 

Annexe : Coupes

 

Fig. 74 - Coupe sud-nord.

 

Fig. 75 - Plan avec indication des coupes.

 

Fig. 76 - Coupe ouest-est.

Bibliographie

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FABRE, Éric, La vie rurale en Haute-Provence ; de la fin du XVIIe au milieu du XXe, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains, 2016.

LASSURE, Christian, Une notion à manier avec précaution : les « styles locaux » de cabanes en pierre sèche, CERAV (article repris de l'éditorial du tome XIX, 1995, de la revue L'Architecture vernaculaire).
http://www.pierreseche.com/mythes_styles.html

LASSURE, Christian, Paysages et vestiges lithiques, CERAV, non daté
http://www.pierreseche.com/definition_lithiques.html.

LASSURE, Christian, « L'architecture rurale en pierre sèche face à l'imposture : le mythe desaullien de la borie celtique », L'Architecture vernaculaire rurale, suppl. N° 2, 1980, p. 68-79.
http://www.pierreseche.com/mythe_Desaulle.html

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MISTRAL, Frédéric, Lou Tresor dóu Felibrige, Imprimerie Remondet-Aubin, Aix-en Provence, 1886.

SCHLEICHER, Ch., « Une Industrie qui disparaît. La Taille des silex modernes. (Pierres à fusil et à briquet) », Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 24, n° 10, 1927, pp. 367-369


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© CERAV
 

Référence à citer / To be referenced as :

Louis Cagin
Étude d'une cabane en pierre sèche à Taulignan (Drôme) (Study of a dry stone hut located at Taulignan, Drôme)
http://www.pierrreseche.com/cabane_de_taulignan.htm
2 avril 2021

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