ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

LES CABANES EN PIERRE SÈCHE : DÉFINITION

Christian Lassure

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L'histoire économique de la France rurale, à partir du XVIIe siècle mais surtout au XIXe, a été marquée par l'extension des terres cultivées aux dépens des marges des terroirs villageois et par l'accession à la propriété des couches les plus humbles de la paysannerie. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer les cabanes en pierre sèche visibles dans une quarantaine de départements situés dans les deux tiers sud du pays. D'après le recensement des millésimes gravés rencontrés sur ces constructions, elles furent édifiées, pour les plus anciennes conservées, sous le règne de Louis XIV, et pour les plus récentes, sous la 3e République, par les paysans eux-mêmes ou par des maçons spécialistes, employant le matériau pierreux livré par la mise en culture de nouvelles parcelles. Ces cabanes ne sont rien d'autre que des dépendances plus ou moins éloignées de la ferme, utilisées de façon occasionnelle, temporaire ou saisonnière.

Ménerbes (Vaucluse) : nef gordoise avec contrefort latéral. © Dominique Repérant

 

Saignon (Vaucluse) : cabanon avec abri à charrette et son puits. © Dominique Repérant

Leur appellation générique est le terme français « cabane » ou ses équivalents dans les parlers vernaculaires (par exemple chabano en Dordogne, cabano en Vaucluse, etc.). Parallèlement, il existe une myriade de dénominations soit générales (barraca dans les Pyrénées-Orientales, cazourne en Haute-Loire, caboto/chaboto dans la Drome, etc.), soit fonctionnelles (garioto, c'est-à-dire guérite, dans le Lot, jasso, c'est-à-dire bergerie, dans les Alpes-de-Haute-Provence, granjoun, c'est-à-dire grenier, dans le Vaucluse, etc.). Les études conduites sur les cabanes depuis un siècle et demi ont propagé des termes savants qui tendent à supplanter les termes vernaculaires. L'exemple le plus marquant est celui de « bori », terme provençal désignant une masure (et non pas spécifiquement une cabane en pierre sèche) et dont s'est emparé une littérature celtomane qui voit dans les cabanes des habitations celtiques, gauloises ou ligures.

Comme l'indique l'expression « en pierre sèche », les cabanes ont pour matériau d'élection la pierre – sous forme de moellons, de plaquettes, de blocs, de dalles, bruts ou ébauchés – tirée du sol à l'occasion des activités agricoles, et pour technique de mise en œuvre la maçonnerie à sec, c'est-à-dire sans mortier susceptible de faire prise. Le matériau employé est fonction de la nature géologique du lieu d'implantation : le calcaire gélifracté sous ses différents faciès est le matériau le plus représenté, mais on trouve aussi le grès, le granit, le schiste, la brèche basaltique, la ponce volcanique.

L'originalité architecturale des cabanes est d'associer à la maçonnerie à sec, deux systèmes de couvrement bien déterminés :
- la voûte de pierres encorbellées et inclinées extérieurement,
- la voûte de pierres clavées,
elles-mêmes revêtues d'une couverture de dalles, de lauses, voire de tuiles ou de terre, selon la technique dite de la « double peau ».

La voûte de pierres encorbellées et inclinées à sec repose sur deux principes :
- celui de l'encorbellement, qui consiste à disposer les pierres de chaque assise en surplomb par rapport à celle de l'assise inférieure,
- celui de l'inclinaison, qui consiste à imprimer aux pierres de chaque assise une inclinaison de l'ordre de 15° vers l'extérieur.

 

Sur plan de base circulaire ou quadrangulaire, les assises successives vont en se rejoignant, la dernière étant coiffée soit d'une dalle terminale, soit d'un plafond de dalles. Le résultat est une voûte équilibrée n'ayant nécessité aucun cintre.

Moins courante, la voûte de pierres clavées à sec est une voûte clavée classique, en forme de coupole ou de berceau, mais dont les éléments sont des plaquettes ou des moellons grossièrement ébauchés et appareillés, disposés sur un cintre provisoire.

Au plan fonctionnel, la cabane constitue l'abri universel pour les animaux (poulailler, bergerie, etc.), pour les humains (cabane de vigneron, loge de cantonnier, etc.), pour les outils (remise-à-outils, cuvier, etc.), pour les réserves (grangette, citerne couverte, etc.). Dans certains cas, on a affaire à des habitations d'indigents ou de marginaux.

Plus généralement, les cabanes s'inscrivent dans un paysage rural « construit », structuré par une foule d'aménagements fonctionnels en pierre sèche : murs de clôture, de soutènement, de voies de cheminement, entrées de champ, escaliers, rampes, canalisations, citernes, sources couvertes, ruchers, tertres de signalisation, et surtout tas d'épierrement.

En dehors de la France, les cabanes en pierre sèche sont présentes dans divers pays du nord et de l'est du pourtour de la Méditerranée (Espagne, Portugal, Italie, ex-Yougoslavie, Malte, Grèce, Cisjordanie) mais aussi dans certains pays ou  régions du nord-ouest et de l'ouest de l'Europe (Islande, Irlande, pays de Galles, Écosse, Angleterre, Suède, Allemagne, Suisse) (liste non exhaustive).

BIBLIOGRAPHIE

Christian Lassure, 1978, Une architecture populaire et anonyme : l'architecture rurale en pierre sèche de la France, in Maisons paysannes de France, No 50, pp. 12-16 (Paris : MPF)

Christian Lassure, 1981, La tradition des bâtisseurs à pierre sèche, Etudes et recherches d'architecture vernaculaire, No 1 (Paris : CERAV)

Christian Lassure, 1985, Eléments pour servir à la datation des constructions en pierre sèche, Etudes et recherches d'architecture vernaculaire, No 5 (Paris : CERAV)


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© CERAV

Référence à citer :

Christian Lassure
Les cabanes en pierre sèche : définition
http://www.pierreseche.com/definition_cabanes.html

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