ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

MURAILLEURS DE PÈRE EN FILS AU XIXe SIÈCLE :

LES LONG À OLLIOULES (VAR)

Documents : Raoul Décugis, présentation : Christian Lassure


En 1928, paraissait dans le bulletin de la Société des amis du vieux Toulon, sous la plume du Dr. J. Rit, une « Notice sur les restanques provençales ». Tous les spécialistes français des terrasses de culture connaissent l'existence de cet article, quand ils ne l'ont pas lu, car il s'agit de la première source bibliographique ayant pour sujet précis les murs de soutènement en pierre sèche des terrasses de culture provençales.

Qu'est-ce qui a bien pu pousser le docteur Rit à s'intéresser, vers la fin des années 1920, à des structures qui ne devaient devenir à la mode qu'à la fin des années 1970 ? Tout simplement la présence, sur sa propriété d'Ollioules, dans le Var, où il avait pris sa retraite, de remarquables murs de retenue en pierres sèches – restanques en français local – dont la construction était attribuée à des membres d'une famille ollioulaise, les Long, murailleurs de père en fils. Ce sont les œuvres de cette famille qui forment l'essentiel de la notice du Dr. Rit, frappé par leur taille imposante et leur qualité d'exécution.

Huit décennies plus tard, à l'occasion des manifestations du Xe anniversaire de son existence, une association d'Ollioules, « Les Chemins du Patrimoine » (1), a tiré à nouveau de l'oubli les restanques ollioulaises. Son président, Raoul Décugis, a bien voulu communiquer au CERAV non seulement des photos de murailles édifiées par les Long dans la propriété de l'Isnarde, mais aussi un arbre généalogique de cette famille, en cours d'établissement grâce à la conservatrice des archives communales d'Ollioules, Mme Odette Quéré. Ce sont ces documents (extrait de la notice de Rit et arbre généalogique des Long) que nous publions ci-dessous.

(1) Les Chemins du Patrimoine, 348,  chemin des Gais Coteaux,  Résidence les 3 Pins,  Bât. I  - 83190 OLLIOULES. Tél. : 04 94 63 16 93 - Président : Raoul Décugis.

Extrait de « Notice sur les restanques provençales »

[L'Isnarde]

La villa l’Isnarde (au quartier de Faveyrolles), où s’écoulent mes vieux jours, est située à 98 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Au sud de la maison d’habitation il existe une série de sept restanques dont les murs, en pierres sèches, datent de 1718, époque des anciens registres terriens. Avec le temps et par suite du peu de solidité avec lequel ils avaient été construits primitivement, ces murs ne tardèrent pas à menacer ruine et même à s’écrouler ( Jacurdos).

Bastide l'Isnarde à Ollioules : mur de soutènement en pierres calcaires polygonales.© Raoul Décugis.

En 1848, les murs en question, ont été reconstruits dans de meilleures condition de solidité par une vieille famille Long d’Ollioules, qui, de père en fils, s’est distinguée dans ce genre d’ouvrage. Les pierres, dont ils ont fait usage, sont calcaires et proviennent de trois carrières que possède la propriété. Elles sont taillées au marteau en forme polygonale. La première assise, construite avec de gros blocs, est enfouie dans la terre, dans une certaine profondeur, pour y prendre un bon joint d’appui. Les assises supérieures sont montées de telle façon que les angles saillants des pierres s’encastrent dans les angles rentrants. En outre, les assises sont disposées en forme de voûtes, d’arcades, dont la convexité est en haut, et cela dans le but de donner plus de solidité au mur. De plus, le mur, au lieu d’être droit, est incliné en dedans, vers la restanque, afin d’augmenter la solidité de la base. Ce qu’il y a encore à remarquer dans la construction de ces murs, c’est la disposition de leur faîte, autrement dit la clé du mur, le cordon de pierres qui termine la muraille, et en est l’ornement. Ces pierres, taillées en pierre vive avec le marteau, sont en forme de coins, placées de champ et serrées étroitement l’une contre l’autre.

Bastide l'Isnarde à Ollioules : escalier d'accès à la terrasse supérieure réservé dans le mur de soutènement. © Raoul Décugis.

Les restanques situées au sud de l’Isnarde sont au nombre de sept. Les murs ont une hauteur qui varie de 1 m. 90 à 2 m. 10. Ces restanques sont reliées entr’elles par des escaliers ménagés dans l’épaisseur des murs. Les marches de ces escaliers sont d’une seule pierre pour en assurer l’assiette. Cette pierre a ordinairement 0,35 centimètres de long sur 0,35 de large.

Bastide l'Isnarde à Ollioules : millésime 1846 gravé en creux au-dessus du patronyme Long sur la pace vue d'une pierre de l'arase finale. © Raoul Décugis.

Nous avons dit plus haut que les Long d’Ollioules furent de remarquables muraillaires. Toutes les restanques qu’ils ont montées dans le terroir d’Ollioules portent le cachet de leur travail, comme leur signature. À l’Isnarde, aux deux extrémités de la première muraille, le nom de Long a été buriné en creux dans le pierre vive de la clé, avec le millésime 1846.

[Château l'Infernet]

Château Infernet à Ollioules : mur de soutènement en pierres basaltiques, avec escalier réservé. © Raoul Décugis.

Dans une autre partie de l’Isnarde, il existe un grand mur de soutènement d’une longueur de cent mètres environ, d’une hauteur de huit mètres, robute comme un rempart de deux à trois mètres d’épaisseur, et sur le sommet duquel on peut se promener, comme sur une large et solide chaussée. La construction de ce grand mur date de 1846 : elle est dûe aussi aux Long d’Ollioules. C’est un véritable chef-d’œuvre qui mérite d’être cité. Si l’on se place à l’une des extrémités de cette longue façade et qu’on la regarde de profil : pas un renflement, pas une pierre qui dépasse. On constate une inclinaison du mur en dedans, ainsi qu’une légère incurvation, dans la partie moyenne, destinées à la solidité de la muraille.

Château Infernet à Ollioules. © Raoul Décugis.

Si on la regarde, ensuite, de face, à n’importe quel endroit que l’on se trouve, les assises du mur sont superposées en formant des courbes concentriques d’une voûte, tournées en haut, de façon à consolider la muraille. En outre, le cordon de pierres faîtières qui termine la muraille, en est l’ornement le plus admirable. La vue de cette grande muraille de soutènement ne peut qu’éveiller celle des murailles des fameux jardins suspendus de Babylone.

Château Infernet à Ollioules : mur bas. © Raoul Décugis.

L'arbre généalogique de la famille Long, murailleurs à Ollioules

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 Jean, Bruno né le 8 octobre 1826, marié le 16 avril 1849 avec Reine, Lucie Castellan, est le fils de Ferdinand, Jean, André, cultivateur à Ollioules, et de Marie, Magdeleine Danisse, native de Toulon. Il est paveur, murailleur, cultivateur et maçon en pierres sèches !

Louis, Michel, frère de Jean, Bruno est inscrit comme murailleur. Il n’a pas d’enfant né à Ollioules.

Ferdinand, Pierre, fils de Jean, Bruno, marié le 30 juillet 1878 à Rosalie, Philomène Daumas, native d’Ollioules. Au mariage, profession : paveur. Plusieurs factures à la commune au titre de murailleur.

Henri, Marie, fils de Charles Philémon, marié le 23 avril 1890 avec Nazarine, Julie Davin, est dit murailleur sur tous les actes.

Tous les Long recensés sont inscrits comme murailleurs, paveurs, maçons en pierres sèches ou tailleurs de pierre. De nombreuses factures ou devis se trouvent aux archives communales d’Ollioules.

Document dressé le 15 avril 2010 par Odette Quéré et Raoul Décugis.


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© CERAV
Le 14 juin 2010 / June 14th, 2010

Références à citer / To be referenced as :

Raoul Décugis (documents), Christian Lassure (présentation)
Murailleurs de père en fils au XIXe siècle : les Long à Ollioules (Var) (Dry stone walling, a family tradition with the Longs at Ollioules, Var, in the 19th-century)
http://www.pierreseche.com/famille_de_murailleurs.htm
14 juin 2010

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