ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

OUVRAGES REÇUS / BOOKS SENT TO THE EDITOR

Des murs pour la vie,
dans La Salamandre, La revue des curieux de nature,
août-septembre 2007, No 181, pp. 20-45

 

Compte rendu : Christian Lassure

La Salamandre est une revue naturaliste de grande vulgarisation mais de haute tenue éditée en Suisse et en France (1). À l'initiative de Mme Aino Adriaens, rédactrice-en-chef adjointe, la revue est allée à la rencontre des murs de pierre sèche, leur consacrant un dossier de 24 pages, articulé autour de quatre régions : le parc jurassien vaudois, le Valais, la Franche-Comté, l'Hérault. L'objectif de ce dossier est de présenter l'intérêt de ces constructions pour la nature (reptiles, plantes, invertébrés, etc.) mais aussi de parler de leur valeur historique, patrimoniale, paysagère.

Un dossier sur les murs en pierre sèche

Le premier article (Des limites si claires) présente les murets de pierre des « montagnes à vaches » du massif jurassien, murets que les paysans du XIXe siècle furent encouragés à construire pour marquer les limites entre les pâturages possédés par les communes. On sollicitait des murailleurs bourguignons, remplacés par la suite par des saisonniers italiens. Le spécialiste a du mal, toutefois, à souscrire à l'origine médiévale (XIIe siècle !) du mouvement de construction, fable faisant intervenir – de façon très classique – les moines défricheurs des abbayes des basses vallées proches. Certains murs, construits autour de citernes calfatées avec de la marne, servaient à protéger ces structures des incursions du bétail. Dans le Jura vaudois, les « muretiers » prélevaient leur matériau surtout à proximité du chantier, dans les affleurements rocheux ou les éboulis (il s'agit de calcaire principalement). Plus au nord, dans les Franches-Montagnes, les murs sont bâtis en dalle nacrée, roche riche en cristaux de calcite et plus résistante au gel, que  les paysans allaient chercher dans des carrières communales. Aujourd'hui, les murs que l'exode rural a laissés sans but ni entretien, sont restaurés par les communes adhérant au Parc jurassien vaudois, à l'aide d'un seul et unique muretier, originaire du Portugal. Ce dernier, au rythme de 2 à 3 mètres linéaires par jour, et par tous les temps, abat sa besogne dans des conditions que nous n'hésiterons pas à qualifier de « monacales ». La relève des moines bâtisseurs est assurée !

Dans l'article associé (Conquérir le minéral), on apprend que les murs jurassiens sont colonisés par des lichens, dont l'un affectionne les «couvertes », ces grosses pierres qui couronnent le mur, fertilisées par les fientes d'oiseau et les particules azotées d'origine bovine véhiculées par le vent ! Ou encore que l'hermine et le renard usent des couloirs de pierre pour traverser les pâturages à l'abri des regards ou du vent.

Le deuxième article (Soutenir les vignes) a pour sujet les murs de soutènement du vignoble de Clavau, au-dessus de la ville de Sion dans les Alpes valaisannes. Le rocher schisteux a été rompu à la fin du XIXe siècle pour fabriquer un vignoble de rapport, rendu possible par l'arrivée du chemin de fer. Certains murs atteignent 16 mètres de haut ! Les plus grosses pierres ont servi d'assise au mur, les plus petites à son élévation. Les espaces entre les murs ont été comblés de terre végétale et de menue pierraille, appelée « brisé », qui favorise la croissance de la vigne et la maturation du raisin. De larges pierres plates imbriquées en escalier permettent de passer d'une terrasse à l'autre.

L'infrastructure lithique abrite des plantes et des animaux, soit spécialistes, soit opportunistes, capables de survivre des des conditions extrêmes (suite Princesse des rocailles).

Le troisième article (Passer la rivière) traite des petits ponts de pierre de la Haute-Seille dans le cirque de Baume-les-Messieurs en Franche-Comté. Il ne s'agit pas ici de constructions à pierre sèche à proprement parler : la pierre, non contente d'être tailléee, est liée par un mortier de chaux. Les seuls éléments en pierre sèche sont les murets et enrochements construits le long des berges.

Ici encore, la faune et la flore qui hantent les arches des ponts font l'objet de toute l'attention dans une suite intulée Pont d'or, où le murin de Daubenton, une chauve-souris, tient la vedette.

Le quatrième article (A l'abri des cabanes), s'attache à décrire les grandes cabanes en pierre sèche du plateau de l'Auverne, au-dessus du Lac de Salagou, naguère recensées et étudiées par Jean-Pol Nicol et qui mériteraient d'être protégées.

Un mot est dit sur la variété des appellations locales des cabanes en pierre sèche, inspiré du recensement publié par l'auteur de ces lignes.

Photo Gilbert Hayoz

Aujourd'hui abandonnés par l'agriculture, les lieux sont le repaire du lézard de muraille et de la couleuvre de Montpellier (suite intitulée La belle de Montpellier).

Pour clore le dossier, Mme Aino Adriaen évoque les menaces qui pèsent sur la survie des murs en pierre sèche (Déclin programmé) mais aussi les actions d'étude et de sauvegarde menées par des associations ou des municipalités (Relève bienvenue).

Enfin, quatre pages pratiques indiquent, cartes à l'appui, comment se rendre sur chaque site et quel parcours suivre.

Mais ce n'est pas tout, quelques pages plus loin, on est ravi de découvrir un portrait et un entretien de Francine Beuret (La Voix des pierres), ancienne artiste lyrique devenue défenseur des murs jurassiens à la tête de l'Association pour la sauvegarde des murs de pierre sèche (ASMPS). « La préservation des murs de pierres sèches au travers des siècles est un bel exemple de développement durable. De plus, ils sont aussi le miroir culturel de toute une région ». De fortes paroles, écologiques et identitaires, bien dans l'air du temps...

On imagine la somme de temps et de labeur qu'il a fallu à Mme Adriaen pour échafauder et construire ce dossier instructif, passionnant, remarquablement bien servi par les photos de Gilbert Hayoz. Après l'avoir lu, on ne regarde plus les murs à pierre sèche de la même façon.

(1) La Salamandre, BP 275 - 25304 Pontarlier Cedex - info[at]salamandre.net. Abonnement annuel : 33 euros (6 numéros par an) - site Internet : www.salamandre.net.


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Le 27 septembre2007 / September 27th, 2007

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