RECENSION 10 / REVIEW 10

ENCYCLOPEDIA OF VERNACULAR ARCHITECTURE OF THE WORLD


Parution initiale dans L'architecture vernaculaire, tome 21, 1997

Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World, sous la direction de Paul Oliver, 3 volumes, Cambridge University Press, 1997.

Dans toute discipline nouvellement créée, il arrive un moment où la nécessité de faire le point s'impose. Dans le domaine de l'étude de l'architecture vernaculaire, constitué depuis quatre décennies déjà, l'état de la question vient d'être fait par Paul Oliver, professeur à l'Université d'Oxford et maître d'œuvre de 1' "Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World" (Encyclopédie des architectures vernaculaires du monde), vaste somme – en langue anglaise – récemment publiée aux éditions "Cambridge University Press" et aboutissement d'une dizaine d'années d'efforts.

Pour l'architecte de l'ouvrage et les participants à cette grande aventure intellectuelle de la dernière décennie du XXe siècle (en tout 750 collaborateurs appartenant à 80 nations différentes), ce temps de gestation a été une longue attente certes, mais le résultat en vaut bien la peine. Qu'on en juge : ce sont trois gros volumes, totalisant 2 500 pages et réunissant 1 700 photos noir et blanc et 1 000 dessins au trait, qui ont vu le jour.

Le premier volume passe en revue les théories, les principes et les philosophies ayant cours dans l'étude de l'architecture vemaculaire, définie comme étant l'architecture des gens, l'architecture sans architecte, faisant appel aux matériaux disponibles sur place et mettant en œuvre des techniques traditionnelles (par opposition à l'architecture pour les gens, l'architecture d'architecte). Encore n'est-il pas question des architectures vernaculaires du passé, seules sont concernées celles encore observables en ce XXe siècle.

Sont également abordés dans ce volume : l'influence des traits culturels, l'impact des milieux physiques, le rôle des matériaux et des techniques, les étapes de la construction, les détails d'aménagement, l'importance des éléments symboliques et décoratifs, les méthodes de classification typologique, la variété des usages et des fonctions, et ce à l'aide de maints exemples, dont certains fournis par des auteurs connus des lecteurs de la présente revue (Michel Rouvière : pierres millésimées et ornées (France), magnaneries (Languedoc), celliers et caves (France) – Claude Lacombe : tuiles à inscription (France) – Ada 'Acovitsioti-Hameau : glacières (France, Méditerranée), cabanes de charbonniers (France), fours à cade (Languedoc), bergeries (France), puits (Méditerranée) – Christian Lassure : voûte encorbellée, balanciers de puits, cabanes en pierres sèches (France), pauxfourches).

Les volumes 2 et 3 abordent les traditions constructives dans le cadre de grandes zones culturelles plutôt qu'au sein de contextes nationaux qu'elles transcendent bien souvent d'ailleurs.

Les architectures vemaculaires de la France sont ainsi traitées non seulement dans la zone culturelle "Gallic" (rubriques "Auvergne", "Béarn", "Breton", "Burgundian", "Champagne", "Gascon, Aquitaine", "Ile de France", "Languedoc (with Roussillon)", "Limousin", "Loire", "Lorraine", "Norman", "Pays du Centre", "Perigordian", "Picardian", "Provençal"), mais aussi dans la zone "Germanic" ("Alsace"), la zone "Alpine" ("Franche Comté"), la zone "Insular Mediterranean" ("Corsican") et la zone "Iberian Peninsula" ("Basque" et "Pyrénées" ).

La politique du maître-d'œuvre étant de confier le traitement de chaque zone culturelle à des spécialistes originaires de cette zone, la rédaction de l'introduction générale à la rubrique "Gallic" est échue à l'auteur de ces lignes, tandis que la rédaction des diverses sous-rubriques régionales était confiée principalement à des personnes dans la mouvance du "Centre d'études et de recherches sur l'architecture vernaculaire" (Marie-Paule Dupuy, Gwyn I. Meirion-Jones, Jean-Yves Chauvet, Michel Rouvière, Xavier Casanovas, outre nous-mêmes) mais aussi à des représentants de 1"'ethnologie française" (François Calame, Christian Bromberger, Georges Ravis-Giordani).

En fin du 3e volume de l'Encyclopédie sont fournis des outils linguistiques et bibhographiques :

- un glossaire anglais de 120 termes architecturaux et anthropologiques avec leur définition;

- un lexique comparatif alignant anglais, français, allemand, italien, espagnol, portugais et arabe;

- une bibliographie de 9 000 références, organisées selon la structure de l'ouvrage.

A ces outils s'ajoutent, deux index :

- l'un, des "cultures et habitats, des nations et localités",

- l'autre, général, destinés à permettre au lecteur d'accéder plus facilement et rapidement à l'information cherchée.

Tous ces éléments font de l'Encyclopédie du professeur Oliver un ouvrage de référence obligé pour un large public de spécialistes, entre autres :

- les étudiants en architecture ou en ethnologie se spécialisant dans les architectures vernaculaires;

- les archéologues cherchant dans les techniques de construction vernaculaires, des indices pour aider à la reconstitution de bâtiments anciens à partir de leurs traces au sol;

- les muséologues chargés de la constitution et de l'extension des parcs bâtis des musées de plein air;

- les amateurs, les membres de sociétés savantes s'intéressant à l'architecture vernaculaire.

Une éloquente illustration du profit pouvant être retiré de la précieuse "banque de données" que constitue l'Encyclopédie, nous a été fournie il y a peu. Un membre du CERAV, que ses occupations professionnelles retiennent en Côte-d'Ivoire, est allé visiter le Mali proche, où il s'est pris d'intérêt pour l'habitat de l'ethnie dogon et plus particulièrement pour les diverses techniques de maçonnerie employées par ces populations. A la suite d'une demande pressante de renseignements de sa part, notre réflexe a été de nous toumer vers le 3e volume de l'Encyclopédie et, en deux temps trois mouvements, nous avons envoyé à notre correspondant un facsimilé des rubriques concernant la culture dogon ainsi que quelques titres pêchés dans les listes bibliographiques. Voilà notre confrère désormais bien armé pour l'étude qu'il compte entreprendre des techniques de maçonnerie à sec en Pays dogon.

Au final, nous ne saurions trop recommander l'acquisition de l'Encyclopédie du professeur Oliver. Si son prix (695 livres) risque de décourager les particuliers, il n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des budgets des bibliothèques, centres de documentation, administrations et autres organismes officiels. Nous ignorons si l'éditeur envisage de porter l'ouvrage sur un support électronique (cédérom, dévédérom) : ce serait sans doute le meilleur moyen de toucher un plus vaste public de particuliers. Quoi qu'il en soit, souhaitons à l'Encyclopédie des éditions " Cambridge University Press" tout le succès que mérite un tel monument.

Adresse pour commander : Customer Services Department, Cambridge University Press, The Edinburgh Building, Cambridge CB2 IBR, UK.


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© CERAV

Parution initiale dans L'architecture vernaculaire, tome 21, 1997

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