ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

RECENSION 17 / REVIEW 17

MAZETS EN UZÈGE


Nicole Jourdan, Paulette Carrique, Christiane Chabert (aidée de Marie Baron), Mazets en Uzège (Le patrimoine des hommes du terroir), cahier No 1 de Histoire et civilisation de l'Uzège, 2007, 48 p. (Compte rendu : Christian Lassure).

Cette brochure est le premier résultat tangible d’une étude des masets (ou mazets, pour reprendre l'orthographe du titre) de l’Uzège, menée par la section « Petit patrimoine » de l’association « Histoire et civilisation de l’Uzège » (« HCU »).

Par maset, il faut entendre ce petit bâtiment qui au XIXe siècle était l’ « auxiliaire indispensable du travail agricole » dans les zones d’habitat groupé (les villages) mais aussi – du moins pour l’Uzège, cette région du département du Gard – dans celles d’habitat dispersé (les mas). Les parcelles cultivées éloignées justifiaient la présence d’un maset pour ranger les outils, abriter les hommes et bêtes en cas d’orage, serrer provisoirement la récolte.

Après avoir défini ce qu’était le maset (*), les auteurs signalent les limites de leur étude : elle ne porte que sur 70 bâtiments, soit une petite partie du parc ayant survécu jusqu'à aujourd’hui. Les raisons expliquant l’impossibilité d’un inventaire exhaustif sont clairement identifiées :
- trop de masets sont inclus dans des propriétés qui sont fermées la majeure partie de l’année ;
- trop de masets ont été transformés en résidences secondaires, devenant illisibles en tant que masets (sauf exception) ;
- mais surtout, depuis une dizaine d’années, trop de masets ont été entièrement démontés pour approvisionner des bâtiments neufs.

Il y avait donc péril en la demeure (en l’occurrence le maset), et urgence à faire l’étude de celui-ci non seulement au plan architectural (ce que fait le présent cahier) mais aussi aux plan socio-économique et ethnologique (ce que fera un prochain cahier, à partir de recherches d’archives et de propos recueillis auprès des derniers masetiers ou de leurs descendants).

Dans cette première étude, sont passés en revue les points suivants : les formes (comprendre les plans), les dimensions, la toiture, dont la charpente, les tuiles canal et la génoise, les murs, les ouvertures, les inscriptions, l’eau, l’aménagement intérieur (niches, cheminée, etc.).

À la suite de chaque chapitre ou dans le corps même des chapitres, les auteurs ont inséré des monographies de bâtiments en guise d’exemples.

Une abondante illustration photographique en couleur accompagne le texte des différents chapitres et les descriptions de masets.

Une annexe consacrée à la rénovation de masets – de notre point de vue la partie la moins intéressante de l’ouvrage – clôt ce dernier.

(*) Ce terme, aujourd'hui figé dans la littérature touristique ou immobilière languedocienne dans l'acception de maisonnette champêtre à pièce unique en maçonnerie liée et à toiture de tuiles, a eu jadis un emploi plus lâche : il était employé pour désigner la cabane de pierre sèche à La Vacquerie dans l'Hérault, une façon de dire que la cabane est, tout comme le maset, une habitation temporaire ou saisonnière.

Étude architecturale des masets

Les formes

La plupart des masets rencontrés sont des bâtiments à pièce unique, de plan rectangulaire ou carré.

Certaines bâtisses comportent un étage avec plancher.

La toiture est souvent à deux pentes, mais il existe des toitures à une pente, voire, plus rarement, à quatre pentes.

Les ouvertures sont l’entrée (munie d’une porte cloutée, en larges planches) et les fenestrons. Elles regardent principalement le sud, Il n’y a pas d’ouverture au nord à cause du vent. Les ouvertures peuvent se trouver aussi bien en pignon qu’en gouttereau, en fonction de la situation de l’édifice par rapport au terrain et au sud.

Les dimensions

Elles varient d’un maset à l’autre.

Les dimensions au sol sont de 3 m 50 sur 3 m 75 pour les plus petits et 5 m sur 6 m pour les plus grands, avec une hauteur estimée variant entre 3 m 50 et 6 m 50.

Les auteurs soulignent que la taille réduite d’un maset n’est pas synonyme d’un style fruste : de petits masets peuvent fort bien comporter des détails architecturaux dignes d’une maison de maître.

Les toitures

La majeure partie des masets inventoriés ont leur toiture recouverte de tuiles canal. Quelques masets ont un toit de tuiles mécaniques.

La toiture est le plus souvent à deux pans inégaux : c’est qu’un pan a été prolongé à l’occasion d’un agrandissement de l’édifice.

Les auteurs n’ont trouvé que de très rares masets à la toiture à quatre pans (ou en pavillon), dans le style de certains bastidons provençaux.

Dans la plupart des cas, les tuiles sont posées sur des chevrons rapprochés. Quelquefois, des voliges s’interposent entre chevrons et tuiles pour assurer l’étanchéité à la poussière. Très rarement, des carreaux de terre cuites (ou parefeuilles) jouent ce même rôle.

Les auteurs ont remarqué que tous les toits sont munis de grosses pierres réparties tout au long des rives et des rampants, en guise de protection contre le Mistral, cet arracheur de tuiles.

Pour protéger les rampants des pignons, les couvreurs font déborder légèrement la rangée de tuiles canal qui les borde.

Signe du rang social et économique du propriétaire, une génoise de deux ou trois rangs de tuiles canal vient orner le haut des gouttereaux (voir aussi des pignons dans de rares cas) de certains masets. Les auteurs soulignent l’utilité de ce dispositif pour assurer l’étanchéité contre la pluie, la neige et le vent entre le haut du mur et les tuiles canal.

Les charpentes

Sur les masets à toiture à deux pentes, la charpente se réduit à une panne faîtière et, si la profondeur l’exige, à deux pannes intermédiaires en plus de la panne faîtière (la présence de pannes sablières n'est pas évoquée).

Les murs

Le matériau des murs est constitué par des moellons calcaires d’extraction locale : calcaire dur blanc ou gris, calcaire coquillier et calcaire gréseux.

La pierre de taille est réservée aux encadrements de baies et aux chaînages d’angle.

Sur quelques masets, les parois extérieures sont enduites d’un mortier de chaux puis d’une couche de chaux bien lissée.

Les ouvertures

Portes et fenêtre sont réparties sur le mur regardant le sud, qu’il soit pignon ou gouttereau.

Quelques fenestrons éclairent les autres murs, à l’est ou à l’ouest mais jamais au nord en raison du vent froid. On trouve cependant, dans le mur nord, au niveau du grenier, des couvertures rectangulaires très étroites (pour observer les grives, la question reste posée).

Les encadrements des couvertures sont en pierres de taille.

Le linteau de l’entrée ou des fenestrons peut être protégé par une grande pierre plate ou plusieurs placées côte à côte, en avancée sur le mur, en guise de larmier.

Les inscriptions

Les pierres des encadrements de baies (linteaux, piédroits) portent de nombreuses inscriptions (initiales de noms, dates).

L’ensemble des dates désigne la deuxième moitié du XIXe siècle comme l’âge d’or des masets : l’agriculture uzégeoise est alors prospère et le propriétaire de parcelles est alors en mesure de faire la dépense, soit des matériaux dans le cas d’une auto-construction, soit des services d’un maçon dans le cas d’un prix-fait.

Le millésime 1745 rencontré sur le piédroit d'une entrée est à prendre avec des pincettes, car il y a toujours le risque du remploi, au XIXe siècle, d'une ancienne entrée de maison villageoise.

A l’intérieur de certains masets, des inscriptions indiquent parfois l’état de la récolte d’olives.

L’eau

Les masets étaient voués à la culture de la vigne et de l’olivier.

Pour la culture de la vigne, l’eau est indispensable : elle sert à faire la bouillie bordelaise pour le sulfatage. D’où les nombreux puits, bassins, citernes rencontrés à l’extérieur, voire à l’intérieur des masets.

Les puits proches du maset ou accolés à celui-ci ont un couvrement voûté en pierre. Ils sont les plus nombreux là où la nappe phréatique est à 5-6 m de profondeur.

Là où l’eau est moins présente, on rencontre des citernes alimentées par de petits caniveaux en pierre.

L’aménagement intérieur

Sommaire, il consiste en niches murales, assez souvent une cheminée dans un angle de la pièce unique, un râtelier pour le foin de la jument ou de l’âne, parfois un évier (dit pile).

La cheminée d’angle a son âtre surélevé par quelques rangées de pierres et son manteau constitué d’une grosse pierre ou d’une poutre ancrée dans les murs.

Le devenir des masets

L’étude architecturale proprement dite se termine par une note pessimiste sur le sort des masets, depuis longtemps remplacés par des hangars métalliques et désormais rattrapés par la garrigue ou les constructions neuves. Au moins l’étude de l’association HCU prolongera-t-elle leur souvenir.

Nous ne nous attarderons pas sur l’annexe No 2, due à la plume de Jean-Claude Poinsignon et Serge Urbain Maurin et consacrée à la rénovation des masets, envisagée par le biais d’un exemple de « restauration » puis par celui d’un maset à « restaurer ». Mais peut-on qualifier de « restauration » l’interpolation d’une ouverture à la mode Renaissance sous la rive d’un gouttereau pour éclairer une chambre aménagée dans l’ancien grenier ? « Rénovation » peut-être, « restauration » au sens véritable du terme, c'est-à-dire remise en l'état d'origine, certainement pas !

En dehors de l’inventaire systématique, du relevé architectural, et de la conservation stricte de quelques exemplaires en tant que témoins dans un musée de plein air ou sur place, on voit mal ce qui pourrait assurer la perdurance dans la mémoire des hommes d’un élément qui est d'une part si caractéristique d’une société et d’une économie rurales désormais abolies, et d'autre part le dépositaire du savoir-faire des artisans ruraux de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Annexe : Bibliographie du maset

Nous avons extrait du présent site les références d'ouvrages ou d'articles traitant du maset/mazet languedocien (liste non exhaustive).

Emile Causse, Physiologie du mazet ou aperçu du mazet au point de vue philosophique, Clavel-Ballivet, Nîmes, 1862, 24 p.

Ernest Sarran d'Allard, Les mazets nîmois, dans Revue du Midi, t. 13, 1898, No 4, pp. 314-334, No 5, pp. 382-399, No 6, pp. 484-512

Jules Igolen, Nîmes, la garrigue et les mazets, les sept collines, les anciennes fortifications, Chastanier, Nîmes, 1936, 163 p.

Monique Bernat, Un maset en pierre sèche dans la garrigue nîmoise, dans Connaissance du pays d'oc, No 41, janvier-février 1980, pp. 62-66 (C. R. de Pierre Haasé dans L'A.V.R., t. 4, 1980, pp. 114-115)

Josette Jardin, Les capitelles et masets du quartier de Villeverte III sont sauvés !, dans Maisons paysannes de France, 1980, No 2, pp. 18-20 (C. R. de Christian Lassure dans L'A.V.R. , t. 4, 1980, p. 156)

Michel Rouvière, Les masets, petites constructions rurales, dans Revue de la Société des enfants et amis de Villeneuve-de-Berg, 53e année, n.s., 1992, No 49, pp. 31-38


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Le 11 juin 2007 / June 10th, 2007

Christian Lassure est agrégé d'anglais. Il détient également une licence en archéologie médiévale (Université de Paris I - Sorbonne) et un DEA d'ethnologie (EHESS, Paris). Il est directeur de la revue "L'architecture rurale" et a participé à la rédaction de l' "Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World".

Christian Lassure is professeur agrégé d'anglais. He also holds a degree in medieval archaeology from the Paris I-Sorbonne University and a DEA in ethnology from the EHESS in Paris. He is director of the journal "L'architecture vernaculaire" and a contributor to the "Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World".

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