ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

RECENSION 8 / REVIEW 8

RECENSEMENT DES CONSTRUCTIONS À PIERRE SÈCHE DE DAGLAN (DORDOGNE)


Parution initiale dans L'architecture vernaculaire, tome 18, 1994

Jean-Marc Caron, Recensement des constructions à pierre sèche sur la commune de Daglan, tomes 1 et 2, coll. Recueil d'architecture rurale, CAUE du Périgord, s. d. (1994), non paginé (compte rendu : Christian Lassure).

La commune de Daglan en Dordogne est bien connue des spécialistes régionaux de la pierre sèche. Les vestiges lithiques de l'ancien vignoble y ont été étudiés dans le passé par MM. Lachastre et Poujardieu (cf. notre Bibliographie de l'architecture rurale en pierre sèche du Quercy et du Périgord) (1). L'étude est reprise, avec des moyens financiers et statistiques ad hoc, par M. Jean-Marc Caron et le CAUE de Dordogne. Ces deux volumes d'une collection destinée à consigner le souvenir d'éléments architecturaux en voie de disparition, sont le premier résultat tangible d'une entreprise qui doit être étendue à l'ensemble du département.

L'auteur explique successivement la méthode employée pour l'inventaire ainsi que la terminologie adoptée. Il nous livre ensuite l'étude statistique à base de tableaux et de constats. Viennent enfin les fiches descriptives et les relevés de quelque 171 cabanes, présentées zone après zone. L'ensemble s'inspire avec bonheur de la démarche préconisée par le CERAV.

Un certain nombre d'éléments ressortent de l'étude statistique, entre autres :

- sur les 171 constructions, 138 sont des cabanes, 30 des guérites, 3 ne sont pas identifiables;

- 164 constructions sont en pierre sèche et 7 bâties avec liant;

- 12 constructions sont implantées sur des versants orientés au nord, ce qui montre que les versants nord, contrairement à une idée reçue, furent exploités;

- la majeure partie des constructions se situent dans la partie supérieure du relief de la commune, ce qui se comprend puisqu'on a affaire à des cabanes liées à la viticulture;

- l'aménagement le plus notable est la citerne, dont l'intérieur est enduit d'un mortier de ciment où est parfois gravé une date (1914, 1922) attestant que certains édifices étaient encore en usage dans le 1er quart du XXe siècle;

- si 68 constructions sont encore en bon état, 31 présentent des détériorations légères, 36 autres des détériorations importantes et 36 sont ruinées (chiffres qui augurent mal, à notre avis, de leur pérennité);

- seuls 41 édifices ont une superficie au sol notable : 15 ont entre 3 et 4 m2  de superficie, 15 autres entre 4 et 5m2 et 11 entre 10 et 15 m2;

- Le linteau en pierre est le plus courant (109 cas, contre 37 en bois), encore ne s'agit-il que de dalles calcaires;

- le plan intérieur rectangulaire est représenté par 74 constructions, le plan carré par 9, le plan trapézoïdal par 12; 51 constructions sont circulaires, 6 semi-circulaires, 11 ovales; le plan rectangulaire ou carré au sol n'entraîne pas automatiquement un plan similaire pour la voûte;

- une hauteur sous voûte comprise entre 1 et 2 m est le lot de 68 constructions; 46 ont entre 2 et 3 m, 9 entre 3 et 4 m, 9 encore entre 4 et 5 m; seules 4 constructions dépassent les 5 m;

- enfin, il n'existe pas de rapport entre la hauteur sous voûte et celle du départ de l'encorbellement.

Peut-être aurait-il fallu, en ce qui concerne le calcul de la surface intérieure et de la hauteur sous voûte les plus courantes, dissocier statistiquement cabanes et guérites, que leurs dimensions séparent trop.

M. Caron émaille ses "constats" d'observations judicieuses et de notations de bon sens :

- que les poulaillers existent partout (versants, plateaux, vallées) mais que la cabane de vigne se cantonne aux hauteurs;

- que les fenêtres sont faites pour éclairer l'intérieur et qu'elles se prêtent mal, vu leur étroitesse, au tir au fusil par les chasseurs;

- qu'il est toujours nécessaire de se baisser pour accéder à l'intérieur d'une construction;

- que la majeure partie des édifices étaient bâtis sans plan ni préparatifs exagérés;

- que la largeur de l'entrée est adaptée au linteau trouvé ou choisi en cours de construction, et non pas l'inverse;

- que les plans ne sont jamais vraiment rectangulaires ou carrés ou circulaires;

- qu'il n'existe pas de véritable rapport entre le plan au sol et la forme de la voûte;

- que l'usage d'un mât central avec cordeau est une fable, comme le montre l'absence de plan parfaitement circulaire.

En consultant les relevés, nous sommes tombé sur ce curieux poulailler au lieu dit Château de Paulhiac, dans lequel la couverture de lauses fines et retouchées repose non pas sur l'extrados d'une voûte encorbellée mais sur une charpente à poinçon avec lattis de châtaignier. Il serait intéressant de connaître les raisons pour lesquelles cette coûteuse solution a été employée. Un autre couvrement remarquable est celui d'une cabane double au lieu dit Galibert, dont les pièces sont couvertes d'un plafond de grandes dalles.

Une belle cabane à usage viticole, au lieu dit Bel Air, comporte quatre millésimes inscrits sur une grande dalle au-dessus d'une niche : 1810, 1813, 1925, 1965. Là aussi, il serait intéressant de savoir à quoi correspondent ces dates. La première est en tout cas un indice sûr de datation : la cabane ne saurait avoir été construite après 1810. La même remarque vaut pour une guérite au lieu dit Le Pech Carrefour, qui comporte les inscriptions : 1928 - 2 Aout 1869 - Le 21 Aout 1896 je pioche la terre Laetitia 12 ans. Outre le témoignage qu'elles offrent du travail des enfants, ces inscriptions disent que la cabane existe au moins depuis 1869.

On regrettera que la reproduction par photocopie de la maquette de l'ouvrage ait donné un résultat décevant quant aux photos. Dans le cas des constructions ruinées ou ensevelies sous la végétation, un simple relevé aurait d'ailleurs suffi. Sans doute la coupe verticale de la voûte gagnerait-elle à être dissociée de l'élévation de façade (n'étant pas dans le même plan vertical).

Ceci dit, les deux volumes de M. Caron témoignent d'un effort systématique, mené à bien, de consigner, avant qu'ils ne s'estompent, les vestiges de l'histoire économique rurale de la commune de Daglan.

(1) Christian et Jean-Michel Lassure, Bibliographie de l'architecture rurale en pierre sèche du Quercy et du Périgord, revue analytique et critique; suivi de Les vestiges lithiques de l'ancien vignoble cadurcien, résumé synthétique de deux monographies parues en 1973-1974, les auteurs, Panassac, 1976, 117 p.; Christian Lassure, avec le concours de Pierre Haasé, Bibliographie analytique et critique de l'architecture rurale en pierre sèche du Périgord (suite), dans L'Architecture rurale en pierre sèche, t. 2, 1978, pp. 210-225.


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Parution initiale dans L'architecture vernaculaire, tome 18, 1994

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