ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

QUELQUES TYPES DE COUVREMENTS

 RENCONTRÉS DANS DES ÉDIFICES EN PIERRE SÈCHE EN FRANCE

A few roofing types

encountered in dry stone huts in France

 Christian Lassure


Communication faite au colloque international ProTho
à Ascoli Piceno en Italie en 1998

Quelques-uns des congressistes : Enrico Degano (veste bleue), Giovanni Lilliu (imperméable clair), Rosana Gabriele (manteau de daim), Christian Lassure (derrière), Dario Monigatti (tricot bleu), Edoardo Micati (chemise blanche), Antonio Leporini (cravate rayée) © Christian Lassure

Quelques-uns des congressistes : Enrico Degano (veste bleue), Giovanni Lilliu (imperméable clair), Rosana Gabriele (manteau de daim), Christian Lassure (derrière), Dario Monigatti (tricot bleu), Edoardo Micati (chemise blanche), Antonio Leporini (cravate rayée) © Christian Lassure.

Bonjour mesdames et messieurs. Je dirige depuis une vingtaine d'années une Association française, le « Centre d’études et de recherches sur l’architecture vernaculaire », domiciliée à Paris et se consacrant à l’étude des architectures vernaculaires, dont l’architecture de pierre sèche.

L'activité principale de notre Association est la publication d'une revue annuelle, « L’Architecture vernaculaire », et l’organisation de journées d’étude.

Première diapo : Aux temps héroïques de notre Association, en 1977, le premier volume de notre Revue; elle s’appelait alors « L'Architecture rurale en pierre sèche »; depuis, nous continuons à publier au rythme d’un volume par an. (diapo non reproduite)

Diapo 2 : Le volume publié en 1989. (diapo non reproduite)

Diapo 3 : Le dernier volume publié, celui de 1997, consacré au thème de la construction et de la restauration à pierre sèche et reprenant tous les articles publiés depuis 20 ans sur ce thème précis dans notre Revue. (diapo non reproduite)

Diapo 4 : En plus de cette publication annuelle, nous avons divers suppléments consacrés à un thème ou à une région particuliers. Voici un des derniers suppléments parus, qui traite d’édifices en pierre sèche se trouvant dans l’arrière-pays d’El-Jadida au Maroc, les « tazotas » et les « toufris ». (diapo non reproduite)

Diapo 5 : Une autre publication, qui est la bibliographie de tout ce qui a été écrit sur l’architecture de pierre sèche en France depuis le milieu du XIXe siècle. Les premières études sur l'architecture de pierre sèche en France remontent en effet à 1860;  elles continuent actuellement, au rythme de plusieurs dizaines de titres chaque année. (diapo non reproduite)

Diapo 6 : Dans le cadre de la réalisation de « L’encyclopédie de l'architecture vernaculaire dans le monde » du professeur Oliver de l’université d’Oxford, notre Association a été chargée de la partie France. Nous avons rédigé la rubrique générale France, ainsi que diverses rubriques régionales : il s'agissait en fait d'architecture vernaculaire et non pas seulement d’architecture de pierre sèche, mais nous avons rédigé plusieurs rubriques consacrées à la pierre sèche.

Publicité pour l'Encyclopédie de l'architecture vernaculaire mondiale © Photo CERAV

Mon exposé n’a d’autre but que de montrer et de décrire différents types de couvrement rencontrés sur des édifices en pierre sèche en France. Par « couvrement », il faut entendre la structure supérieure de ces édifices. Cette structure est double, comprenant intérieurement la voûte, le voûtement, et extérieurement le revêtement, la couverture, la toiture. On parle également de double « peau », la « peau » intérieure et la « peau » extérieure.

La France est un pays riche en constructions de pierre sèche, peut-être moins que l'Italie, mais présentant une très grande varieté de procédés constructifs et de formes.

Diapo 7 : Nous allons tout d’abord examiner des édifices de plan rectiligne. Nous sommes ici dans ce qu'on appelle la région des Petites Pyrénées, c'est-à-dire aux confins du département de la Haute-Garonne et de l'Espagne. Cet abri, qui est situé à l'entrée d'un champ, est intéressant parce qu’il révèle en façade la structure même de la construction. Le principe fondamental est celui de l'encorbellement des pierres, conjugué au principe de leur inclinaison ou pendage vers l’extérieur; sans cette inclinaison, la voûte ne serait pas stable. Autre point capital : les pierres sont placées avec leur longueur dans l'épaisseur de la maçonnerie, ou autrement dit avec le plus petit côté visible dans le parement; et non la partie la plus longue. On a ici deux demi-voûtes autonomes qui se rejoignent au sommet mais ne se contrebutent pas. Elles pourraient très bien être séparées l'une de l'autre en haut par un petit intervalle, par exemple un plafond de dalles, mais cela n’ajouterait pas grand chose à la stabilité de l’ensemble.

© Photo C. Lassure

Diapo 8 : Nous passons dans une région qui s'appelle le haut Quercy. Nous avons à faire à un édifice ruiné qui se trouve englobé dans un énorme tas d'épierrement. L'intérêt de cette photo, prise depuis le dessus de l’épierrement, c'est de nous montrer la technique de construction sur plan rectangulaire : on y retrouve la façon dont les pierres sont disposées en encorbellement ainsi que leur pendage prononcé vers l'extérieur de l’édifice. De même, on voit très bien que les pierres sont placées « en boutisse », c'est-à-dire avec leur plus grande dimension dans le sens de l'épaisseur de la maçonnerie, et leur plus petit côté en parement.

Diapo 9 : La même construction, vue depuis l'intérieur.

© Photo C. Lassure  © Photo C. Lassure  © Photo C. Lassure

Diapo 10 : Nous passons maintenant aux édifices de plan circulaire. Sur le plan circulaire, les choses se compliquent un peu. Le présent édifice est une chibotte«  du Velay, une région du Massif Central. Ayant été découronnée par quelque récupérateur de pierre, elle permet de se rendre compte de la structure interne d’une cabane à base cylindrique et à couvrement conique non débordant. On a tout d'abord, à l’intérieur, sur un plan concentrique, des assises de pierres trapézoïdales encorbellées et inclinées vers l'extérieur, avec le plus petit côté en parement. À l'extérieur on a, par contre, des assises de pierres triangulaires, avec le plus grand côté en parement. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les pierres de chaque assise extérieure posent sur le bout des pierres de chaque assise intérieure du niveau immédiatement inférieur. Il y a de ce fait imbrication verticale des assises.

© Photo C. Lassure

Diapo 11 : Nous passons dans une région qui s'appelle le Périgord. Ayant trouvé cette photo d’une cabane censée avoir été « restaurée », j'étais très intrigué par son couvrement en forme de cône en retrait par rapport à la base cylindrique : il faut dire qu’en Périgord les couvrements en forme de cône sont toujours débordants, avec un larmier. En fait, cette cabane n'a pas été restaurée entièrement, ce qu’on voit, c'est l’extrados de la voûte, de la « peau » intérieure. Comme la « peau » extérieure, sans doute une toiture de lauses, avait été enlevée par des récupérateurs, le restaurateur n'a pas pris conscience qu'il était confronté à un couvrement réduit à la seule voûte.

© Photo Périgord Magazine

La  diapo suivante (12) nous donne la forme originelle : toujours dans la même région, une cabane en pierre sèche, ou « chabano », ayant conservé sa couverture de lauses. Si cette « peau » extérieure était retirée, on trouverait le même profil que dans la cabane précédente.

© Photo CERAV

Diapo 13 : Nous passons en Languedoc, dans la « garrigue » de Nîmes, haut lieu de l’architecture de pierre sèche avec ses cabanes appelées « capitelles ». La tradition de ces édifices y est ancienne puisqu’elles sont mentionnées dans des archives notariées dès 1620. Nous revenons ici aux édifices de plan rectiligne, mains non intégrés à un tas d’épierrement. La cabane que nous voyons est appelée « la capitelle pointue » à cause de sa forme. En fait, l’édifice est tronqué, la pointe a disparu. Dans la partie supérieure, qui est en forme de pyramide à quatre faces rectilignes, on peut voir comment sont realisés les angles du revêtement extérieur. Les pierres sont placées alternativement en boutisse et en carreau d'une assise à l'autre, c'est-à-dire que l’on a, sur une première assise, une pierre disposée avec sa plus grande longueur en parement, et à l'assise supérieure une pierre disposée avec sa plus petite longueur en parement. Autre détail intéressant à noter : les pierres à chaque angle du couvrement pyramidal sont placées avec un pendage vers l'intérieur, conséquence logique de l’obliquité des faces de la pyramide.

© Photo B. Artigues

Diapo 14 : La même construction; on voit bien les deux techniques mises en œuvre, à savoir l'alternance des boutisses et des carreaux et l'inclinaison des pierres d’angle vers l'intérieur.

© Photo B. Artigues

Diapo 15 : Voici la voûte, avec ses quatre faces rectilignes. Le même procédé d’alternance d’une boutisse et d’un carreau est visible.

© Photo B. Artigues

Diapo 16 : Toujours dans la « garrigue » de Nîmes, non loin de la précédente, une construction identique mais qui est ruinée. Malgré le crépi appliqué sur les parements intérieurs, on peut voir la disposition des pierres.

© Photo B. Artigues

Diapo 17 :  Dans le même département, dans les environs de la ville d’Uzès, une belle construction en forme de pyramide à quatre faces non plus rectilignes mais courbes. Là encore, on voit à l'œuvre le même procédé de construction que précédemment. Cet édifice est daté par un millésime inscrit à la fois sur le linteau de l'entrée et sur la face inférieure de la dalle de couvrement, à savoir 1823-1824.

© Photo C. Lassure

Diapo 18 : Voici un dessin réalisé à partir de cet édifice. Ce type de construction se trouve dans les anciennes « olivettes », c'est-à-dire des parcelles où l'on cultivait les oliviers.

© Photo CERAV

Diapo 19 : Nous passons en Provence, dans le département de Vaucluse, avec un de plus beaux sites à cabanes de pierre sèche en France. Il s’agit d’un quartier éloigné du village de Gordes, appelé « Les Cabanes » par les habitants et rebaptisé « Le Village des Bories » par son exploitant muséologique. Nous voyons une « nef gordoise », cabane construite en opposant, deux à deux, quatre pans encorbellés, deux petits et deux grands.  L’édifice servait d'habitation temporaire et de magnanerie.

© Photo C. Lassure

Diapo 20 : L'ensemble dont il fait partie : autour d’une courette, se répartissaient l'habitation, l'étable-bergerie et le magasin-entrepôt.

© Photo C. Lassure

Diapo 21 : Le même bâtiment vu de l'arrière ; là encore, la photo nous indique clairement la façon dont est réalisé le parement extérieur : des assises horizontales dans la partie verticale (la partie de base) et des pierres placées légèrement inclinées vers l'extérieur dans la partie convexe (la partie de couvrement).

© Photo C. Lassure

Diapo 22 : Le sommet de cette même construction, réalisé avec de très belles dalles d'un seul tenant. (diapo non reproduite)

Diapo 23 : Nous revenons à la région d’Uzès, dans le département du Gard, avec une cabane sur plan circulaire, en forme de « bonnet », pour reprendre l’expression locale. L'intérêt de cette construction, c'est sa forme harmonieuse, laquelle n’est pas sans rappeler d’ailleurs celle des cabanes de la région d’Ascoli Piceno. On notera, en passant, la façon dont le linteau, qui est la partie faible du bâtiment, est déchargé par une bâtière de deux dalles.

© Photo C. Lassure

Diapo 24 : Une photo qui pourrait nous donner quelques indications sur la façon dont cet édifice « en bonnet » a été construit, mais il faudrait en fait nettoyer d'abord la ruine, enlever toutes les petites pierres pour bien faire ressortir les deux « peaux ».

© Photo C. Lassure

Diapo 25 : On voit un peu mieux ici la « peau » intérieure et la « peau » extérieure avec, entre les deux, de petites pierres qui servent de calage.

© Photo C. Lassure

Diapo 26 : Nous passons ici à un autre type de voûtement. Nous sommes sur la commune de Barjac, dans le département du Gard. Extérieurement, l’édifice présente une couverture en forme de cône surbaissé, réalisée en dalles de très belle facture, parfaitement assisées. Quand on passe à l'intérieur, on s'attend à trouver une voûte en encorbellement, mais ce n’est pas tout à fait le cas.

© Photo C. Lassure

Comme le montre la diapo suivante (27), le voûtement est un compromis entre voûte encorbellée et voûte clavée. Les pierres des dernières assises sont placées avec une inclinaison vers l'intérieur. Disons qu’à partir de la huitième assise les pierres sont nettement inclinées et sont non plus des « corbeaux » mais des « claveaux », le tout se terminant par une clé de voûte. On peut se demander comment ce voûtement peut tenir : c'est une construction bâtarde, ce n'est ni une bonne voûte encorbellée, ni une bonne voûte clavée, mais elle tient.

© Photo C. Lassure

Diapo 28 : Toujours dans le département du Gard, sur la commune de Saint-Privat-de-Champclos, une petite construction qui ne paie pas de mine. On entre à l'intérieur et qu'est-ce qu'on voit ?

© Photo C. Lassure

Diapo 29 : On voit, au centre de la voûte, un énorme bloc en forme de cône, la pointe en bas : il ne s’agit rien moins que d’une clé de voûte pendante. Là encore, un compromis a été réalisé entre voûte encorbellée et voûte clavée, avec une clé de voûte bloquant l’ensemble du voûtement.

© Photo C. Lassure

Diapo 30 : La même clé de voûte pendante; il faut dire que lorsqu’on se trouve nez à nez avec cet énorme bloc pointu suspendu comme une épée de Damoclès, on n'a guère envie de s’attarder à l’intérieur.

© Photo C. Lassure

Diapo 31: Voici un relevé de l’édifice indiquant la façon dont sont posées les pierres. Il faut bien comprendre que les paysans qui sont à l'origine de ces cabanes avaient souvent un tour de main de maçon, qu’ils savaient travailler la pierre, car il leur arrivait de travailler sur des chantiers de construction ou sur des ouvrages d’art pour compléter leurs revenus; ils connaissaient donc les technique de l’encorbellement et du clavage tout aussi bien que celles de la maçonnerie de pierre.

© Dessin C. Lassure

Diapo 32: Nous passons ici en Bretagne, dans le département du Morbihan, sur la commune de Ploërdut, avec une construction en partie enterrée, à usage de cave à cidre. Elle fait partie de quatre caves à cidre construites au siècle dernier autour de la chapelle de Notre-Dame de Crénenan, et servant à entreposer les boissons (en particulier le cidre), qui était consommées lors des fêtes religieuses  ou « pardons » qui se tenaient chaque année dans cette chapelle.

© Photo C. Lassure

Diapo 33 : Trois de ces caves ont été restaurées depuis leur étude initiale. Lors du démontage des voûtes, revêtues d’une chape de terre en guise de « peau » extérieure, on s'est aperçu qu'elles avaient un vice de construction : le pendage des pierres des encorbellements vers l'intérieur est non pas le résultat d’une intention délibérée mais la conséquence d'un basculement postérieur à l’édification, basculement qui est dû à une mauvaise exécution. Le maçon ayant placé les dalles avec leur plus grande dimension en parement (au lieu de leur plus petite), elles n'étaient donc pas assez solidement ancrées dans la maçonnerie, et, malgré l'utilisation d'un mortier de chaux, elles ont fini par basculer vers l'intérieur. Il a donc fallu refaire intégralement ces voûtes lors des restaurations.

© photo C. lassure

Diapo 34 : La même cave à cidre; on voit bien les pierres penchant vers l'intérieur.

© Photo C. Lassure

Diapo 35 : Voici le relevé du bâtiment, où j'ai reporté le léger basculement des pierres. (diapo non reproduite)

Diapo 36 : Nous passons dans le département de l'Aude, sur la commune de Fitou. Nous voyons une construction très massive, à l’entrée couverte par un arc clavé. Quand on entre à l'intérieur, voici ce qu'on trouve.

© Photo C. B.

Diapo 37 : On trouve un arceau de pierres clavées, qui sert de support à deux demi-voûtes également clavées.

© Photo C.B.

Diapo 38 : On peut trouver également ceci, non plus un arceau clavé mais trois arceaux clavés posés côte à côte, donnant une sorte de voûte en berceau.

© Photo C. B.

Diapo 39 : Une de ces constructions, qui est ruinée et laisse voir un de ces arceaux clavés encore en place.

© Photo C. B.

Diapo 40 : Les vues qui vont suivre viennent clore mon exposé. Elles concernent quatre beaux ensembles français. Le premier se trouve dans le Périgord, au Breuil, près de Saint-André-d’Allas : il s'agit d'une série de cabanes en pièrre sèche construites au siècle dernier pour servir d'ateliers à des artisans ruraux. Par la suite, ces ateliers n’étant plus utilisés, les bâtiments ont été récupérés par la ferme voisine, et aujourd'hui l'ensemble a été transformé en musée privé.

© Photo B. Artigues

Diapo 41 : En Provence, dans le département du Vaucluse, entre Cavaillon et Saint-Saturnin-d’Apt, un autre ensemble, formé d’une cabane encadrée par deux pigeonniers, construit dans la 2e moitié du XIXe siècle.

© Photo B. Artigues

Diapo 42 : Toujours en Provence, dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, sur les pelouses d’estive, un ensemble constitué par une grande bergerie, un enclos, la cabane du berger, et une citerne.

© Photo B. Artigues

Diapo 43 :  Nous revenons au Languedoc, dans la région d'Uzès, un ensemble qui vient d'être mis au jour récemment et que certains ont appelé ironiquement « le château »; en fait, on est bien loin d’un château, il s'agit de bâtiments qui ont été habités par un couple d'ouvriers agricoles au XIXe siècle. L'ensemble aujourd'hui est en train d’être mis en valeur. Des fouilles ont été faites à l'intérieur des bâtiments, livrant des tessons céramiques du XVIIIe siècle pour les plus anciens et du XIXe siècle pour les plus récents. Cette diapo termine mon exposé; je vous remercie de votre attention.

© photo C. Lassure


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© CERAV

Référence à citer / To be referenced as :

Christian Lassure
Quelques types de couvrements rencontrés dans des édifices en pierre sèche en France (A few roofing types encountered in dry stone huts in France)
Communication faite au colloque international ProTho à Ascoli Piceno en Italie en 1998
http://www.pierreseche.com/types_de_couvrements.html

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