ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

ÊTRE MAÇON À PIERRE SÈCHE EN CUMBRIE (ANGLETERRE)

Entretien avec Richard Staley


Entretien avec le maçon à pierre sèche Richard Staley, réalisé par la société d'édition Nicheworks, de Ravenstonedale, dans la région de Cumbrie (nord-ouest de l'Angleterre), et publié sur le site de Ravenstonedale (www.ravenstonedale.org).
Adresse de Richard Staley : Bolt Hole, Ravenstonedale, Kirkby Stephen, Cumbria CA17 4NQ - courriel : richard[at]drystonewall.biz
Ravenstonedale est le centre d'un petit pays situé entre le Lake District et le Yorkshire Dales National Park.

Avez-vous jamais cherché à savoir qui remonte, répare et entretient ces murs de pierre qui sillonnent votre commune sur des kilomètres et des kilomètres ? De nombreux agriculteurs sont plus que compétents pour le faire eux-mêmes (ils le font d'ailleurs depuis des générations) mais pour Richard Staley et son père, c'est devenu un gagne-pain. Couvrant un territoire qui s'étend d'Alston au nord, jusqu'à Kendal à l'Ouest et Kirkby Lonsdale, Dentdale, Garsdale, Swaledale et Arkengarthdale au sud, les Staley ont du pain sur la planche d'un bout à l'autre de l'année.

C'est un métier qui requiert beaucoup d'endurance physique et de discipline - les heures de travail peuvent ne pas paraître d'une quantité excessive comparé aux longues heures qui sont la norme en agriculture mais elles sont tout aussi exigeantes physiquement sinon plus. On quitte la maison à 7 h 30 du matin, pour rentrer à 5 heures le soir, et ce généralement quel que soit le temps, après avoir passé la journée dans les collines, à manier des outils élémentaires tels que la pince, la bêche et le cordeau. Pour atteindre certains secteurs éloignés, Richard peut être amené à  louer une moto 4 roues ou, plus simplement, à marcher des kilomètres durant.

Il arrive que des murs s'effondent, leurs fondations s'étant enfoncées dans le sol humide, ou que le poids de la neige fasse s'écrouler tout un tronçon, ou encore qu'un mur devienne vétuste avec l'âge. Il est désormais courant de reconstruire un mur sur toute sa longueur (par exemple 200 à 300 mètres), même s'il n'y a qu'une portion d'effondrée. Le mur est reconstruit avec les pierres existantes mais sans mortier.

Le grand-père de Richard était murailleur et agriculteur, son père murailleur et agriculteur, toutes choses qui incitèrent notre homme à préparer un diplôme d'architecture à Carlisle, dans l'intention de faire carrière dans l'industrie du bâtiment. Cependant, après avoir fait six mois dans un cabinet d'architecture à Kendal, Richard décida de devenir murailleur, travaillant au départ pour son père. Etabli à son compte depuis 1990, il trouve une bonne partie de son travail grâce au bouche-à-oreille et nombre de ses clients sont des agriculteurs.

Quand il débuta il y a quinze ans, les agriculteurs pouvaient demander de petites subventions au Ministère de l'Agriculture, mais même à l'époque jusqu'à 60-70% des travaux n'étaient pas subventionnés. Les agriculteurs devaient simplement entretenir les murs tout seuls, quand et comme ils le pouvaient. Maintenant, grâce aux programmes environnementaux comme l'ESA et le Country Stewardship Scheme, qui incitent les agriculteurs à profiter des subventions disponibles pour entretenir les vieux bâtiments de ferme et les vieux murs et éviter le surpâturage, les Staley font très rarement des travaux qui ne soient pas subventionnés.

Les agriculteurs n'ont tout simplement pas les moyens d'entreprendre de tels travaux. Cependant, si ces programmes sont l'assurance que notre paysage gardera son caractère traditionnel si apprécié de tous, ils n'en retirent pas moins aux agriculteurs une bonne partie de la maîtrise qu'ils exerçaient sur leurs propres terres. C'est un cercle vicieux : sans subsides, il n'y aurait pas de murs car les agriculteurs n'ont plus d'argent. Avec des subsides, les murs et les granges seront entretenus, mais qui sera alors le véritable propriétaire et gestionnaire de nos campagnes ?

Les programmes sont liés à la terre elle-même et non à la personne qui la possède ou l'exploite - et les contraintes dont ils sont assortis doivent être acceptés. Quand on lui donne un ouvrage à faire, Richard reçoit un cahier des charges et l'ESA lui indique les règles essentielles à respecter et vérifie la qualité de son travail. Il doit s'inspirer de ce qui se trouve déjà sur place et se conformer à des règles strictes s'il veut faire venir des pierres d'ailleurs pour obtenir un mur qui résiste au bétail. Priorité est donnée à la sauvegarde plutôt qu'aux besoins de l'exploitant. Une fois l'ouvrage terminé, l'exploitant peut demander à être payé  par l'ESA, dont un représentant viendra effectuer des vérifications ponctuelles avant d'accorder la rémunération.

Pour en venir à des notations plus personnelles, Richard décrit ainsi ce qu'il ressent quant à son art : "Sous la pluie, on doit se mettre en pilotage automatique; choisir les pierres devient comme une seconde nature et on peut laisser son esprit vagabonder. Je parle souvent tout seul, pendant que mes mains et mon corps sont occupés".

La maçonnerie à pierres sèches est un art rural qui mérite d'être reconnu. C'est un savoir-faire qui se transmet de père en fils et qui, malgré les difficultés actuelles des agriculteurs, défie le passage du temps. Tant que la terre sera là, les murs et les bâtiments auront besoin d'être entretenus et tant que le mot à la mode sera la sauvegarde du patrimoine, l'argent sera donné par le gouvernement.

Pour ce qui est de l'avenir, Richard reconnaît qu'il lui faut trouver de nouveaux créneaux. Il aime faire de la maçonnerie chez les particuliers et un peu de paysagisme. Cela le change agréablement et ce n'est pas aussi exténuant physiquement. Il a également envisagé la possibilité d'organiser des journées d'initiation à la pierre sèche par le bais des offices de tourisme, à raison d'un ou deux jours par semaine.

Un de ses passe-temps préférés - du moins quand la maçonnerie, le théâtre amateur dans une troupe locale et les joies de la famille lui en laissent le temps, c'est de faire de petits murs miniature en pierre, qui sont très appréciés des touristes comme des gens du cru.

Traduit de l'anglais par Christian Lassure

Page originelle en anglais :
www.ravenstonedale.org/general/features/interviews/drystone/index.htm


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Le 18 juin 2005 / June 18th, 2005 - Mis à jour le 14 septembre 2010 / Updated on September 14th, 2010

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