ARCHITECTURE VERNACULAIRE

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OUVRAGES REÇUS / BOOKS SENT TO THE EDITOR

DES CABANES DE VIGNERONS (...) DE SIGOURNAIS (VENDÉE)


Jean-Marc Large, Etienne Boudaud, Des cabanes de vignerons en pierre dans la commune de Sigournais (Vendée), dans Recherches vendéennes, No 10, 2003, pp. 377-406. (compte rendu / review : Christian Lassure)

Voilà une monographie sérieuse, méthodique, fouillée et documentée, que l’on doit à l’heureuse collaboration entre un érudit local, Etienne Boudaud, retraité, détenteur d’une importante documentation sur Sigournais, son village natal, et Jean-Marc Large, enseignant et archéologue, directeur de publication du Groupe vendéen d’études préhistoriques.

Le cadre naturel de l’étude est la butte des Coudreaux à Sigournais, une de quatre buttes en calcaire de l’hettangien faisant partie de la dépression de Chantonnay dans le massif armoricain et ayant abrité un vignoble dont les origines remontent au XIIe siècle. Ce vignoble était le meilleur Vendée et la vigne y était plantée surtout en muscadet.

L’historique du vignoble vendéen est retracé par les auteurs. On apprend ainsi que sous l’Ancien Régime, un petit nombre de propriétaires se répartissait l’ensemble du vignoble mais qu’après la Révolution il y eut multiplication des propriétaires. Sur la butte des Coudreaux par exemple, on passe de 5 ou 6 fiefs à 60 parcelles cadastrales créées, chacune ayant un propriétaire peu aisé. Si les grandes maladies de la vigne (oïdium en 1879-1880, phylloxéra en 1893-1894) portèrent un coup funeste au vignoble vendéen, celui-ci toutefois se reconstitua progressivement jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, période après laquelle s’amorça un nouveau déclin. À Sigournais, l’évolution fut parallèle à celle du département. Dans les années 1980, de nombreuses vignes y étaient à l’abandon. Seuls quelques petits producteurs locaux continuaient à fabriquer un petit blanc de bonne tenue.

La genèse de l’infrastructure lithique encore visible aujourd’hui nous est dévoilée par les auteurs. C’est dans le contexte du morcellement cadastral de l’après-Révolution que s’inscrivent les modifications du paysage sur la butte des Coudreaux. Il fallut matérialiser les parcelles en créant des murets de séparation, les murzaies. Pour déposer les outils, se reposer à l’ombre, voire séjourner plusieurs jours à la vigne, il fallut des abris :
- d’une part des guérites, petits abris pour le travailleur isolé,
- d’autre part des maisonnettes, grands abris pour toute une famille,
guérites et maisonnettes étant les termes français employés localement pour désigner ces bâtisses.

Plusieurs guérites et maisonnettes font l’objet d’un relevé, d’un descriptif et même d’un historique, chaque bâtiment étant désigné sous son nom fonctionnel (guérite ou maisonnette) suivi du nom de famille du propriétaire actuel ou ancien :
- la guérite Chabiron (remise pour les objets nécessaires au travail de la vigne), la guérite Boudaud, la guérite Braud (qui servit de refuge à un villageois réfractaire au STO pendant la 2e Guerre Mondiale), la guérite Pinaud;
- la maisonnette Baudry (édifiée par les frères Baudry, de Saint-Prouant, au début du XXe siècle afin de pouvoir rester dans leur vigne plusieurs jours d’affilée), la maisonnette Souchet (à la voûte clavée en berceau), la maisonnette Devinaud (au plafond de grandes dalles).

Les auteurs s’essaient à retracer l’historique de ces constructions viticoles. Ils soulignent que les abris n’apparurent que dans la 2e moitié du XIXe siècle (après la constitution des murzaies dans un premier temps), qu’il y eut ajout de bancs et de niches à la fin de la période précitée, et qu’à partir de 1900 maçonnerie sèche et encorbellement cédèrent la place à la maçonnerie liée et à des voûtes maçonnées en terre ou à chaux et sable, voire à des charpentes de chevrons couvertes de tuiles du type « tige de botte » ou de tôle ondulée (ces nouveaux types de bâtiments sont répertoriés en annexe de l‘étude).

Le remembrement de 1996 détruisitt de nombreux murs de limite de parcelles ainsi que des édifices :
- la guérite No 1, consistant en deux encorbellements opposés et couverte par un plafond de dalles, dont une portant le millésime gravé 1873, signalant l’édifice comme étant le plus ancien;
- la guérite No 2, inscrite dans un mur, à l’embrasure en forme d’ogive, et occupée par un banc de cinq dalles débordantes, un graffiti indiquant 1902 sur une pierre du fond.

Une association locale, l’Agrap (la bien nommée), a dégagé et restauré un certain nombre de ces édifices et propose de les visiter par le biais d’un sentier de randonnée agrémenté de panneaux explicatifs.

Il était important que cette étude fût entreprise, avant que la prétendue tradition orale, qui remonte rarement au-delà de trois générations, ne s’estompe, et surtout avant que les vestiges lithiques eux-mêmes ne tombent en ruine. Leur caractère très récent a pu ainsi être mis en lumière et prouvé grâce aux témoignages recueillis auprès des descendants des vignerons. Leur lien intime avec l’histoire agraire du XIXe siècle apparaît au grand jour, obéissant à un schéma déjà constaté dans d’autres régions.

Mais surtout cette étude vient ajouter une nouvelle zone et un nouveau département – qui plus est des plus atlantiques – à la carte des départements français à cabanes de pierre sèche, faisant encore plus ressortir l’ampleur du phénomène des cabanes en pierres sèches dans notre pays.


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