L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE

 

 

ISSN  2494-2413

TOME 46-47

2022 - 2023

Christian Lassure
agrégé de l'université

L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE DES MONTAGNES DE KABYLIE (ALGÉRIE)
À TRAVERS DES CARTES POSTALES ET PHOTOGRAPHIES DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXe SIÈCLE

 

 

« Il ne reste plus guère aujourd'hui de maisons kabyles traditionnelles, trop inconfortables en regard des besoins actuels. C'est qu'elles correspondent étroitement aux anciens besoins et aux contraintes topographiques, du fait de l'espace restreint où étaient établis les villages, et aussi des servitudes techniques, des nécessités de la défense et de l'uniformité des modes de vie. » Tel est le constat que nous livre l'ethnologue Camille Lacoste-Dujardin, dans son Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie (2005).

S'il est vrai que dans les villages de montagne, depuis l'accession à l'indépendance, les anciennes maisons ont disparu au profit de pavillons et d'immeubles modernes, leur image toutefois perdure grâce notamment aux cartes postales illustrées réalisées par des photographes professionnels et dans une moindre mesure aux photographies prises par des particuliers. Ce sont soixante de ces documents photographiques, dont les plus anciens remontent aux dernières années du XIXe siècle et aux premières années du XXe siècle, que nous livrons ici à l'examen des amateurs et des curieux. Ils ont été regroupés par village chaque fois qu'une localisation précise était disponible ou déductible.

 

VILLAGES

1 - AÏT ATELLI, village de la commune de Larbaâ Nath Irathen, anciennement Fort-National, préfecture de Tizi Ouzou

AÏT ATELLI, village de la commune de Larbaâ Nath Irathen, anciennement Fort-National, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe. Vue de type nuagique et dos simple réservé  à l'adresse : la carte est donc antérieure à 1904, date à partir de laquelle le côté non illustré, jusque là réservé exclusivement à l'adresse, est divisé en deux parties, l'une à gauche  pour la correspondance, l'autre à droite pour l'adresse.
Légende : sur la face illustrée, en bas, 84 Village kabyle. Éditeur : dans l'angle inférieur gauche, J. Geiser, Alger (*). Le village représenté est Aït Atelli, qui faisait partie de la commune de Fort-National, aujourd'hui Larbaâ-Nath-Irathen.

Pressées les unes contre les autres sur leur piton, les maisons d'Aït Atelli laissent peu de place aux voies de circulation : l'entrée du village n'est guère plus large que les andrones qu'on aperçoit à droite et à gauche entre les maisons. À une exception près, les maisons sont disposées dans le sens de la pente, pignon tourné vers l'aval. Les pignons ne possèdent qu'une ouverture, une étroite aération réservée sous l'accent circonflexe formé par les rampants du toit. Celui-ci est couvert de tuiles creuses (ou demi-rondes) (elkarmoudh elakvayel), lestées de pierres le long des rampants et des rives (là où le vent a le plus de prise).

On a affaire ici non pas à un cliché pris sur le vif mais à une composition savamment orchestrée par le photographe, du moins pour ce qui est des personnages au premier plan.

(*) II s'agit de Jean Geiser (1848-1923),  photographe à Alger, devenu éditeur de cartes postales et de livres illustrés à partir des alentours de 1897. Parcourant l'Algérie dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il a gravé, sur ses plaques, villes, villages, personnages et paysages.

 

 

2 - AÏT ATELLI

Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc antérieure à 1904). Il s'agit de la même vue que la précédente mais rognée sur les deux côtés de façon à laisser la moitié droite disponible pour la correspondance écrite, celle-ci étant interdite au dos.

 

 

3 - AÏT ATELLI

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite) sous la mention « Tous les pays étrangers n'acceptent pas la correspondance au recto. Se renseigner à la Poste ». Deux tampons : un du 19-4-07 à Alger, un autre du 24 APR 07 à Oulx (ville de la province de Turin en Italie).
Légende sur la face illustrée : en haut, l'inscription centrée « 21. - KABYLIE. - Aït Atelli, Village Kabyle » ; le long du bord gauche, en haut : « J. Achard, phot., à Fort-National » (*).

La vue du village est ici prise d'un point trop éloigné ou différent de celui de la carte antérieure pour permettre des comparaisons.

(*) Installé à Fort-National, il a eu comme collaborateur puis successeur F. Chagrot (voir infra la carte postale du village de Tigzirt  marquée « Coll. Achard - F. Chagrot, Fort-National, Alger »).

 

 

4 - TAOURIRT MOKRANE, village de la commune de Larbaâ Nath Irathen, anciennement Fort-National, préfecture de Tizi Ouzou

TAOURIRT MOKRANE, village de la commune de Larbaâ Nath Irathen, anciennement Fort-National, préfecture de Tizi Ouzou

Le village photographié ici est Taourirt Amokran (orthographié Taourith-Amokran). Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc de fabrication antérieure à 1904) ayant circulé le 29 août 1909.
Légende sur la face illustrée : en bas, dans l'axe médian de l'image : « 4 Kabylie - Taourith-Amokran » ; dans l'angle inférieur gauche : « J. GEISER ALGER »
.
Inscription en anglais sur la face non illustrée : I am sending you the view of / an Arabian village. Do you not / think it is a lovely place and have / you not a mind to spend there / some time in your next travel / in Algeria. But / comfort/ must not / to be / required here./ Kindest / regards / from us / all. / A. Julienne - 29 Août 1909. Traduction : Je vous envoie la vue d'un village arabe [sic]. Ne pensez-vous pas que c'est un endroit charmant et n'avez-vous pas envie d'y passer du temps lors de votre prochain voyage en Algérie? Mais il ne faut pas compter y trouver le confort. Meilleures salutations de nous tous A. Julienne - 29 août 1907.

Les habitations se serrent sur la crête et évitent les versants, livrés aux arbres et aux cultures. On a l'impression d'une « coulée » ininterrompue de maisons depuis la crête la plus lointaine. Au centre de l'image, se dessine le pignon caractéristique d'une maison ouverte (tadjmaât), avec sa haute et large entrée axiale. C'est là que siège en audience publique le conseil des sages (la djemaâ).

Les quelques habitants debout ou assis réunis au centre de l'image ne sont pas là par hasard. Le photographe les a disposés de façon qu'ils cachent le moins possible les maisons au loin et qu'ils ne regardent pas l'objectif mais donnnent l'impression d'un conciliabule.

 

 

5 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée, en bas et centrée : « 12. - KABYLIE. - De Fort-National aux Beni-Yenni - Taourirt Amokram - Village Kabyle ». Éditeur, mentionné dans l'angle inférieur gauche : « J. Achard, phot., Fort-National ».

Cette vue prise depuis un piton plus élevé, nous fait voir la même « coulée » de maisons que la carte précédente mais surtout le massif enneigé du Djurjura barrant, au sud, l'horizon. Le pignon-façade à large entrée visible dans la partie inférieure de l'image n'est autre que celui d'une maison ouverte ou tadjmaât.

 

 

6 - TAOURIRT MOKRANE

La même, mais colorisée et affublée du numéro 11 (au lieu de 12).

 

 

7 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc de fabrication antérieure à 1904). Le dos est réservé à l'adresse (mention : « Ce côté est exclusivement réservé à l'adresse »). Un autre exemplaire de la même carte porte un cachet de la poste à la date du 12-7-04.

Le « Village Kabyle » de la légende n'est autre que Taourirt Mokrane à en juger par le minaret juché au sommet du piton. En contrebas, on distingue une maison ouverte (tadjmaât) avec sa large entrée en pignon. Le premier plan, une terrasse surplombant une ruelle, est occupé par un adolescent assis par terre à côté d'amphores à deux anses, d'une coupe et d'un pot à la lèvre abimée.  Le garçon et les poteries ont vraisemblablement été placés là par le photographe, soucieux de couleur locale et d'animation pour son cliché.

 

 

8 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale photographique éditée dans les années 1930 d'après la bordure blanche mais le cliché est plus ancien, un tirage en ayant été offert en 1892 à la Société de géographie de Paris par J. Geiser, son auteur.
Légende sur la face illustrée, en bas à gauche : «100 - KABYLIE - Village du Taourirt Amokrane » (comprendre « de » Taourirt Amokrane).

Au centre de ce paysage de maisonnettes aux toits de tuiles creuses (ou demi-rondes), on distingue, au fond de la petite place, une maison ouverte (tadjmaât), et un peu plus loin, dans le même axe, le haut de ce qui semble être une autre maison ouverte. On aperçoit, dans l'angle inférieur droit, une hutte rectangulaire au toit à deux versants. Des gaules maintiennent en place le matériau de couverture.

 

 

9 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc de fabrication antérieure à 1904).
Légende : sur la face illustrée, en bas, «165. Village Kabyle » ; le long de la bordure gauche, « Collection Idéale P. S. » (*).

Bien que cela ne soit pas indiqué, le village est Taourirt Mokrane car la maison ouverte (tadjmaât) visible au fond de la placette au premier plan, est la même que celle de la carte précédente. À droite de la maison ouverte, on remarque un bâtiment étroit, à un étage en léger encorbellement et une large entrée ouverte au rez-de-chaussée : il est issu du surhaussement du petit bâtiment sans étage visible sur la carte précédente.

(*) Cette collection (1900-1930) est l'œuvre de P. Satragno et d'E. Le Deley, éditeurs de cartes postales du genre « Scènes et types ».

 

 

10 - TAOURIRT AMRANE, village de la commune d'Aïn El Hammam, préfecture de Tizi Ouzou

TAOURIRT AMRANE, village de la commune d'Aïn El Hammam, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc des années 1900 et 1910. Dos divisé.
L'inscription portée sur la face illustrée de la carte (« 69. -Village Kabyle du Djurjura (Taourit-Amran) ») permet de localiser toutes les cartes postales affichant le même minaret carré au toit en pyramide surbaissée : il s'agit de Taourirt-Amrane (orthographié ici Taourit-Amran).

Les éléments architecturaux et paysagers habituels du village montagnard kabyle sont là : marée de toits de tuiles et de pignons aveugles, huttes végétales à toit conique servant de resserres, arbres à fourrage (frênes) (*). Dans la partie droite de l'image, on remarque sur deux pignons la présence d'une fenêtre en hauteur en plus des petits trous d'aération habituels.

(*) Les frênes-têtards étaient taillés une ou deux fois par an pour faire des fagots de feuilles destinés au bétail.

 

11 - TAOURIRT AMRANE

Carte postale noir et blanc des années 1900 et 1910. Dos divisé.
Le recto porte les mentions « 23. Village Kabyle (en haut à gauche) » et « Collection Idéale, P.[S.] » (la carte semble avoir été coupée à moins qu'il ne s'agisse d'un défaut d'impression).

Taourirt-Amrane à nouveau d'après la forme du minaret. La vue est prise d'un peu plus haut et d'un peu plus loin mais elle englobe les divers éléments signalés dans la carte précédente.

 

12 - VILLAGE DES ENVIRONS DE FORT-NATIONAL

Village non précisé - Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée : « 155 ALGÉRIE. – Village Kabyle. – LL. »

Cette photo prise en plongée a l'avantage de montrer le chemin de crête qui serpente entre les rangées de maisons. Nombre de ces maisons ont leur pignon qui donne sur le chemin mais quelques-unes ont leur gouttereau parallèle à celui-ci. L'orientation des bâtiments découle, comme on peut l'observer ici, premièrement de la position de leur pignon par rapport au chemin de crête (pignon soit parallèle soit perpendiculaire à celui-ci) et deuxièmement des circonvolutions du chemin de crête lui-même.

On note la présence, au centre de l'image, d'un bâtiment ayant une sorte d'encorbellement en bois à l'étage. Il fait un angle avec un bâtiment dont le pignon comporte une fenêtre bien insolite pour l'époque.

                                              

 

VOIES

 

13 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc de la première ou de la deuxième décennie du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée : « 3 ALGÉRIE - VILLAGE KABILE, TAOURIRT AMOKRAM ».

La pente abrupte du versant est coupée par un large chemin de terre surélevé. Les maisons en contrebas ont le haut de leur pignon qui dépasse à peine du niveau du sentier. En amont, entre deux maisons, débouche une ruelle pentue dont le sol est en gradins bordés de grosses pierres. Les murs des maisons des deux côtés du chemin sont blanchis à la chaux.

On aperçoit, à l'arrière-plan, en bas du conglomérat de maisons étagées le long de la crête, le pignon-façage à large entrée d'une maison ouverte ou tadjmaât déjà signalée

 

 

14 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale photographique, à bordure blanche, des années 1930. Dos div isé.

La vue est prise depuis le même chemin et le même emplacement que dans la carte précédente mais à une vingtaine d'années d'intervalle. De nouveaux bâtiments sont apparus ou ont été agrandis. La largeur de la ruelle sur la gauche a été réduite par la construction de hauts murs coiffés d'une rive de tuiles creuses (ou demi-rondes). Un pignon tout neuf se dresse à droite de celui de la maison déjà existante bordant le chemin de terre. Si les couvertures ondulantes de tuiles demi-creuses sont omniprésentes, on note toutefois la présence de tuiles mécaniques (elkarmoudh francis) sur l'extension en longueur du bâtiment visible dans l'angle inférieur droit. Loin d'être statique et figé, le village se modernise et se métamorphose petit à petit.

Les petits arbres aux cimes étêtées au premier plan sont des frênes (taslent) : leurs branchettes servent de fourrage.

 

 

15 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale sépia des années 1920-1930 (large bordure unie caractéristique). Dos divisé.
Légende sur la face non illustrée : dans l'angle inférieur gauche, « 446. Village Kabyle » et « COMBIER-MACON » (*) ; entre la moitié droite et la moitié gauche, l'inscription verticale « Edition d'Art MYL - Bougie ».

On retrouve ici le jeune garçon de la carte de « La place de la Djemmaa » supra, avec sa cruche à anse double en forme d'amphore. Il est assis sur un mur-bahut à l'entrée d'une rample aménagée entre deux niveaux de l'agglomération. Le personnage de droite porte une ration de feuillage pour quelque bête. La vue plonge sur quelques toits proches où les tuiles du faîtage, des rives et des rampants sont protégées du vent par des théories de petites pierres. Plus loin, on aperçoit le porche-rue de la carte au jeu de la marelle supra.

(*) Il s'agit d'un photographe puis éditeur de cartes postales semi-modernes et modernes sous la marque Cim, initiales de « Combier imprimeur Mâcon », ayant œuvré de 1935 à 1982 en Saône-et-Loire.

 

16 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée : dans l'angle inférieur droit, 159 ALGÉRIE. – Village Kabyle. – L (légende tronquée, il s'agit de LL).

L'intérêt de cette carte réside dans le spectacle qu'elle offre d'une maison ouverte, ou tadjmaât, disposée à une des entrées du village. L'édifice est reconnaissable à la large ouverture qui se découpe dans son pignon aval et au pendant de celle-ci dans son pignon amont. Devant cette porte du village, sont assis à même le sol plusieurs hommes en train de palabrer tandis qu'au premier rang, des ménagères vaquent à leur corvée d'eau.

 

 

17 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Lieu non indiqué.

Pignon à claustras d'une maison villageoise : sous la lucarne (ettaq) se dessinent deux bandes de claustras réalisées chacune à l'aide de tuiles cruses (ou demi-rondes) disposées dos à dos.

 

 

18 - TAOURIRT AMRAN€

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée : en bas, à gauche, « 83. Kabylie. Village Kabyle » et « J. Achard, phot., Fort-National » (une autre carte postale, dont la vue est à peu près la même, indique qu'il s'agit du village de Taourirt-Amran aux environs de Michelet).

Outre le spectacle pittoresque de solides ménagères occupées à la corvée d'eau et passant sous les branches de frènes à fourrage (trois portent leur cruche à eau sur la tête, la quatrième porte un bidon carré à la main), on remarque le caractère moderne de la maison blanche à l'angle d'une rue et d'une placette : façade en pignon avec porte d'entrée décalée, fenêtre à volets, murs extérieurs enduits de mortier, toit rectiligne couvert de tuiles mécaniques (elkarmoudh francis).

 

RUELLES

 

19 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée : en bas, à gauche, «161 ALGÉRIE. – Une Rue du Village Kabyle Taourirt-Amokram. – LL.».

En certains endroits, le chemin de terre s'est recreusé sous l'effet des pluies, laissant apparaître les fondations des maisons sur la droite en montant.

 

 

20 - ENVIRONS DE FORT-NATIONAL

Carte postale en noir et blanc des années 1900 et 1910. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée : en bas, centrée, l'inscription « 8. Une Rue dans un village de Kabylie », et au dessus « Collection Idéale P. S. ».

Si l'on a sous les yeux une nouvel exemple de ruelle étroite et encaissée, on note aussi la présence sur deux maisons d'éléments architecturaux non vernaculaires pour l'époque : une fenêtre à carreaux, une galerie extérieure, des loggias en encorbellement. Ce sont les mêmes maisons que celles de la carte précédente mais vues de plus près. Autre élément intéressant : l'auvent protégeant la porte d'entrée de la maison de droite.

 

 

21 - ENVIRONS DE FORT-NATIONAL

Carte postale noir et blanc des années 1900 et 1910. Dos divisé en deux parties («CORRESPONDANCE » et « ADRESSE »).
La légende sur la face illustrée (« FORT-NATIONAL. – Un village kabyle des environs » ) nous renseigne sur la localisation de celui-ci : il s'agit des environs de Larbaâ Nath Irathen, anciennement Fort-National. Comme l'on aperçoit, dans un plan intermédiaire, la maison aux loggias en encorbellement, cette localisation relative vaut aussi pour les trois vues précédentes.
Le nom du photographe se lit (en petites majuscules) dans l'angle inférieur droit : « A. JOUVE, PHOT. ALGER » (*).

Comme le terrain est en forte pente et que la ruelle court perpendiculairement au sens de la pente, les maisons sur la droite ont leur pignon avant qui se développe sur toute sa hauteur et accueille éventuellement une entrée tandis que le pignon arrière des maisons sur la gauche est à moitié enterré et aveugle. La scène est prise une dizaine de mètres plus haut que dans la vue précédente si l'on en juge d'après la position de l'entrée à auvent.

(*) Agricol Jouve (1854-1936) travailla comme photographe à Oran puis Alger ; il succéda à Jean Geiser.

 

 

22 - ENVIRONS DE FORT-NATIONAL

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée, dans l'angle supérieur droit : « Intérieur d'un Village Kabyle ».

On reconnaît, au fond de l'agglomération, les bâtiments à l'aspect moderne ou exogène des trois vues précédentes. S'y ajoute un couple de bâtiments à étage dont les pignons présentent plusieurs percements.

 

 

23 - ENVIRONS DE FORT-NATIONAL

Carte postale photographique, à bordure blanche, des années 1930.
Légende sur la face non illustrée : « FORT NATIONAL (Algérie). Rue du village kabyle ».

Le principal intérêt de cette vue pour le spécialiste d'architecture vernaculaire est la ruelle pavée de pierres qui serpente entre les hauts murs des maisons qui la bordent. C'est là une nette amélioration par rapport aux omniprésents chemins de terre des autres cartes postales.

 

 

24 - AGUEMOUN, village de la commune de Larbaâ Nath Iraten (anciennement Fort-National), préfecture de Tizi Ouzou

AGUEMOUN, village de la commune de Larbaâ Nath Iraten (anciennement Fort-National), préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée, en bas à gauche : « 8 FORT-NATIONAL.– Agmoune. – LL. Le lieu est Aguemoun, un des villages de la commune de Larbaâ Nath Iraten (anciennement Fort-National) dans la préfecture de Tizi Ouzou.

Le photographe a planté son appareil au milieu d'une ruelle au tracé en arc de cercle juste avant le débouché d'une deuxième ruelle adjacente sur la droite et le départ d'une troisième, très étroite, sur la gauche. Il nous donne un aperçu de ce à quoi ressemblait une rue villageoise avec ses succcessions de pignons aveugles de chaque côté, un lieu clos, minéral, ne servant qu'au déplacement. On distingue bien une entrée dans le mur crépi à l'extrême droite, mais elle a été murée. Pour freiner l'érosion de la ruelle centrale, quelques gros blocs ont été fichés dans la terre au départ de la ruelle en pente. Des théories de petites pierres lestent les toits de tuiles creuses (ou demi-rondes), le long du faîtage, des rives, des rampants et à la mi-versant, en guise de protection contre le vent.

 

 

25 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Sur le tampon de la poste, on peut lire 10-2-07, ce qui correspond à la date inscrite à la main en haut de la carte : 10 Février 07.
Légende sur la face illustrée, en bas : 39 ALGÉRIE. – Une Rue du Village Kabyle Taourirt-Amokram. – LL. Inscription en haut : Alger 10 Février 07.

La scène représente une étroite ruelle, encaissée entre les murs des maisons et des courettes du village de Taourirt Mokrane. Dans son axe, à l'autre bout, se dresse le pignon d'une maison ouverte ou porche-rue (tadjmaât), avec sa haute et large entrée axiale et son fenetron logé dans le triangle de maçonnerie supérieur. Le linteau de l'entrée est une longue pièce de bois équarrie. L'extrémité saillante de la panne faîtière (asalas alemmas) et des pannes latérales (isulas ederfiyen) est visible sous les rampants de la toiture. À l'arrière-plan, au plus haut de la crête, s'élève la tour carrée servant de minaret à la mosquée.

 

 

26 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale sépia des années 1920-1930 (large bordure unie caractéristique). Il se peut que l"on ait affaire ici à la réédition d'un cliché des années 1900.

Le village dont il s'agit est Taourirt Amokram, identifiable à la forme particulière du minaret qui le domine. Dans l'axe du minaret, on aperçoit le pignon-façade d'une maison ouverte ou porche-rue (tadjmaât) avec sa large entrée et son fenestron supérieur. Le photographe a planté son trépied dans un chemin sommairement dallé. Un villageois et son âne bâté posent pour l'occasion tandis que des habitantes passent la tête dans l'embrasure d'une entrée au chambranle en bois.

 

 

27 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc de type nuagique. Lieu non précisé. Dos non divisé, réservé à l'adresse (sous l'inscription « CARTE POSTALE », on peut lire « Ce côté est exclusivement réservé à l'adresse »), caractéristique des CPA antérieures à 1904.
D'autres éditions de la même vue ont leur dos divisé en « Correspondance » et « Adresse », agencement imposé à partir de cette année-là.
Légende sur la face illustrée : en bas, 172. Village Kabyle – Une Rue ; le long du bord gauche : « Collection Idéale P.S. » et plus loin « Hélio. E. Le Deley, Paris ».

Cette vue d'une ruelle étroite que gravit un animal bâté comporte plusieurs éléments ou détails constructifs susceptibles d'intéresser le spécialiste de la maison montagnarde kabyle. Il y a, sur la gauche, une maison dont l'étage s'avance sur la rue, porté par cinq solides rondins. La face avant de l'encorbellement est percé de trois fentes, et le côté visible d'une seule fente. Autre détail : sur la droite, la rangée de dalles rectangulaires placées en débord en haut d'un mur de façon à recevoir les tuiles creuses (ou demi-rondes).

 

 

28 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Lieu non précisé.
Légende : en haut, au centre : 16 KABYLIE – Maison Kabyle.

On note la présence d'un pavage de grosses dalles devant l'entrée de la maison à gauche ainsi que d'une épaisse dalle plantée de chant devant le seuil (amnar), sans doute pour empêcher les eaux de ruissellement de pénétrer à l'intérieur de la maison.

 

 

29 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale photographique (vers 1950 ?). Dos divisé.
Légendage au dos : en haut, dans la partie gauche : « KABYLIE - Intérieur d'un Village de la / Montagne - Dans le fond, Fort-National / et le Djurjura » ; par le milieu, verticalement : PHOTO COMBIER MACON (S.-et-L.). En travers de la carte, une main a jété l'inscription misérabiliste : «Tu peux juger par cette / maison la pauvreté de la Kabylie / les ressources sont les figues et un peu l'élevage ».
Dans l'angle inférieur gauche du recto, on note, sous forme de signature, la marque de fabrique « Cim ».

Cette vue appelle plusieurs remarques :
- les tuiles canal de la toiture, faute d'être scellées au mortier, sont grevées de pierres qui les protègent du soulèvement par des coups de vent ;
- il n'y a pas de gouttière courant sous la rive ni de descente et, partant, de réupération de l'eau de pluie ;
- les murets en pierre sèche délimitant la courette au fond et à droite sont un agencement minutieux mais périlleux de petites pierres et de cales.

Quant à la petite scène qui se déroule dans ce cadre minéral, elle n'a rien de spontané, l'instigateur, ou faut-il dire le metteur en scène, en étant  vraisemblablement le photographe lui-même.

 

 

30 - VILLAGE SUR LA ROUTE DE FORT-NATIONAL

Carte postale noir et blanc, à bordure blanche, des années 1930. Village non précisé mais situé sur la route de Fort-National (aujourd'hui Larbaâ Nath Irathen).
Légende : sur la face illustrée, TIZI-OUZOU – Route de FORT-NATIONAL – Village Kabyle.

L'intérêt de cette carte vient de la présence de deux maisons modernes qui tranchent avec les maisons anciennes : élévation géométrique, étage, versants rectilignes, couverture de tuiles mécaniques, gouttières et tuyau de descente, enduit à la chaux sur crépi. Une nouvelle norme vernaculaire s'affiche sur le versant de la colline.

 

 

31 - AïT-MIMOUN (Aït Aïssa Mimoun, commune de la préfecture de Tizi Ouzou)

AïT-MIMOUN (Aït Aïssa Mimoun, commune de la préfecture de Tizi Ouzou)

Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc de fabrication antérieure à 1904).
Sur la face illustrée, les légendes suivantes : en bas, No 43 KABYLIE - AIT-MIMOUN, A 5 KILOMÈTRES DE FORT-NATIONAL / SUR LA ROUTE DE MICHELET ; dans la bordure de gauche, verticalement : COLLECTION LUGON-MOULIN (*).

On aperçoit deux petits villages reliés par un chemin de crête. Les maisons sont bâties sur le même modèle : deux gouttereaux, deux pignons, un toit de tuiles à deux versants, pas d'étage. Quasiment toutes regardent la pente. À l'arrière-plan, la montagne du Djurjura est fantomatique.

(*) L'auteur en est Arnold Vollenweider (1865-1937). Avec son frère Paul (1859-1912), Arnold Vollenweider fut le créateur d'un atelier de photographie et d'édition de cartes postales à Alger.

 

 

32 - AïT-MIMOUN

Carte postale noir et blanc du début de la décennie 1900.
Le nom du photographe et éditeur indiqué en bas à gauche : J. Boussuge, phot., à Fort-National (*).

À nouveau, le village d'Aït-Mimoun, mais vu de plus loin et d'un piton plus élevé, d'où une largeur de champ plus étendue et la présence, au premier plan, du toit d'une hutte cylindro-conique. La photo semble avoir été prise par un beau soleil, les cimes blanches du Djurjura se distinguent assez bien à l'horizon.

(*) Il s'agit de Joseph Boussuge, photographe professionnel à Fort-National (Algérie) puis à Tanger et enfin Casablanca (Maroc). Il éditait ses clichés sous forme de carte postale.

 

33 - TIGZIRT, village de la commune d'Aït Yenni , préfecture de Tizi Ouzou

TIGZIRT, village de la commune d'Aït Yenni , préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc de fabrication antérieure à 1904) (un autre spécimen de cette carte a circulé le 17 avril 1903).
Légende sur la face illustrée, en bas : « No 4. - Kabylie. - VILLAGE KABYLEDE TIGRIRT (BENI-YENNI) ».

Le photographe a sans doute été saisi à la vue de cette succession de maisons dévalant le versant, avec leur pignon avant tourné dans la même direction. La partie du village qui s'avance consiste en deux files parallèles de trois maisons chacune, se faisant face de part et d'autre d'une cour ou impasse, un haut mur de clôture fermant le tout en aval.

 

 

34 - TIGZIRT

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée, en bas à gauche : « 5. KABYLIE –TIGZIRT village kabyle des Beni Yenni », sous l'indication de l'éditeur : Coll. Achard - F. Chagrot, Fort-National, Alger.

Vue saisissante que cette carte du village de Tigrirt (orthographié ici Tigzirt), accroché sur un versant, au tournant du XXe siècle. Quasiment toutes les maisons ont leur pignon tourné vers l'aval et baigné de soleil. Elles sont couvertes de tuiles cruses (ou demi-rondes) et, pour la plupart, ont leur pignon percé, sous les rampants, de trois ouvertures étroites, celle du centre étant la plus large. Quelques pignons n'ont qu'une ou deux fentes. L'homogénéité de ces maisons est, pour le spécialiste d'architecture vernaculaire, le signe de leur appartenance à un mouvement de construction ou de reconstruction lié à une période économique faste.

 

TOITS DE TERRE

 

35 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc des années 1900. Lieu non précisé.
Légende sur la face illustrée : en haut à gauche, Kabylie - Les Chenechas / Village du DJURDJURA. L'éditeur est mentionné en bas à droite : EDIT. F. CHAGROT.

En contrebas de la falaise, se pressent des maisons paysannes caractérisées par un large pignon et une toiture de terre en forme d'accent circonflexe ou légèrement bombée. Apparemment, on peut marcher sans difficulté sur ces toits. Il servaient aussi au séchage des olives et des figues.

 

 

36 - AGOUNI GUEHRANE, village de la commune du même nom, préfecture de Tizi Ouzou

Cliché Piquet, archives T.C.F. Source : Georges Rozet, Tourisme algérien : la Grande Kabylie, dans La revue du Touring Club de France, mars 1934, Nº 472, pp. 79-89, en part. p. 81.

Village d'Agouni Guehrane, dans le sud-ouest de la commune de Beni-Yenni : maisons à toiture de terre débordante en forme d'accent circonflexe (il ne s'agit pas de « terrasses » à proprement parler) ; des pierres blanches bien plates bordent le pourtour des toits, sans doute pour protéger rives et rampants de la pluie. Des portes en bois ouvragées sont visibles au  pignon des maisons bordant la voie de circulation. Celle-ci est rétrécie par divers dépôts de pierres et de bois. Le piton à l'arrière-plan est le pic du Corbeau.

 

 

37 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Photographie albuminée de la fin du XIXe siècle. Auteur : J. Khun. Village non identifié. Au loin, le massif du Djurdjura.

Plusieurs détails de cette photo sont de nature à retenir l'attention du spécialiste d'architecture paysanne :
- au cœur du village, les maisons à toit de terre caractérisées par une très grande largeur et la présence de trois orifices d'aération en pignon ;
- au premier plan, à gauche, un hangar ouvert sur tout un côté, formé de deux murs parallèles d'inégale hauteur portant une toiture en terre, à un seul versant, faiblement incliné ;
- au centre, une galerie ménagée sur le côté d'une longère à l'aide d'au moins trois poteaux fourchus portant la panne sablière courant sous la rive de la toiture (voir agrandissement ci-après).

 

 

Agrandissement  de la maison à galerie présente dans la carte précédente.

En plan, la longère est non pas parallèle au sens de la pente comme les autres longères mais perpendiculaire à celui-ci, ce qui permet à la galerie ménagée sous le versant de toiture d'être pleinement visible à un observateur en contrebas. L'entrée de la maison s'ouvre dans le mur séparant la galerie de l'habitation.

 

 

38 - AÏT-TOUDERT, village de la commune du même nom, préfecture de Tizi Ouzou

AÏT-TOUDERT, village de la commune du même nom, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc de type nuagique (donc antérieure à 1904), sans division au dos, lequel est réservé à l'adresse (mention : « Ce côté est exclusivement réservé à l'adresse ») et au timbre (emplacement en pointillé, barré de «TIMBRE » en majuscules). Le long de la bordure de gauche, on lit, verticalement : «ARNOLD VOLLENWEIDER. Photograveur / 4, rue du Divan, Alger ». Légende sur la face illustrée : en bas, No 2. - KABYLIE - VILLAGE KABYLE D'AÏT-TOUDERT (TRIBU DES CHENACHAS).

Étonnante vue que ces maisons s'étageant sur un même versant et regardant dans la même direction en aval. Si celles en haut de la crête ont leurs deux pignons d'égale hauteur, celles de la pente voient leur pignon arrière rapetisser et leur pignon avant se rehausser peu à peu, jusqu'à la rangée la plus basse où l'arrière du bâtiment est excavé dans le sol. Les toits sont en terre battue et à peine bombés.

 

 

39 - AïT BERDJEL, village de la commune des Ouadhias, préfecture de Tizi Ouzou

AïT BERDJEL, village de la commune des Ouadhias, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite). Éditeur : non indiqué.
Légende sur la face illustrée : KABYLIE. - Village des Beni Berjel (Ouadhias) (le village d'Aït Berdjel se trouve sur la commune des Ouadhias ou d'Ouadhia, laquelle fait partie aujourd'hui de la wilaya de Tizi Ouzou).

Photo prise en contrebas des maisons édifiées le long de la crête occupée par le village. Les maisons ont leur pignon côté aval très élevé en raison de la forte pente. Ce pignon est aveugle à l'exception d'une petite ouverture au carré sous la pointe, accotée d'un ou de deux orifices plus petits sous les rampants de la toiture. Le toit des maisons est en terre dammée reposant sur une charpente de pannes et de chevrons, ce qui explique l'inclinaison à peine marquée des versants.

 

 

40 - VILLAGE NON PRÉCISÉ, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale dite semi-moderne datant des années 1950 (d'après les bords chantournés). Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite). Lieu non précisé.
Sur la face illustrée, la signature de l'éditeur : Jomone (*). Légendage : sur la face non illustrée, en haut à gauche : « 194 - LA KABYLIE - Village de Montagne » ; par le mileu, au niveau de la subdivision : « Edition JOMONE 2, rue Levacher – ALGER / Véritable Photo au Bromure - Reprod. Interdite ». Pour obtenir une meilleure lisibilité, la colorisation a été retirée par nos soins à l'aide du progiciel Photoshop (de fait, il existe des exemplaires non colorisés de cette carte).

Étant l'une des quatre vues – « Café Maure en Montagne, cimetière au pied d'un Village Kabyle, Kabyle centenaire se rendant au marché et Village de montagne en Kabylie » – composant une carte postale multivue noir et blanc légendée « Souvenir de Tizi-Ouzou », il se peut que le village représenté soit de cette région.

Le premier plan de l'image est occupé par un bâtiment rectangulaire dont la toiture à deux versants est couverte non point de tuiles creuses mais d'une couche de terre tassée sur une sorte de treillis. Son gouttereau, au milieu duquel s'ouvre une large entrée, est enduit de mortier si bien que l'on ne saurait dire si le bâtiment est en pierre ou en pisé. L'entrée comporte un rudimentaire chambranle en bois auquel s'articule la porte. D'autres bâtiments en longueur à couverture de terre sont visibles dans le plan intermédiaire et au-delà, sur le sommet, se mêlant à des bâtiments modernes à toit de tuiles, dont un comporte une véritable fenêtre en pignon.

Le dos comporte le texte d'un soldat à sa famille en métropole : Mes chers petits enfants / Pour Noël - Je pense / pouvoir vous mettre une carte / de la région où je me trouve. / C'est ici un tout petit village / de montagne. Il est perché sur / la crête comme tous les villages / kabyles - Ceux qui ont un peu / d'argent s'offrent de belles / tuiles rouges sur le toit. / J'espère que les notes de fin / de trimestre n'ont pas été trop / mauvaises – Et que vous / profitez bien de vos vacances – / Passez joyeusement ces quelques / jours avec votre maman et / vos grands parents. – Les jours / passent rapidement – Et votre / papa viendra bientôt vous / revoir – en attendant il vous / embrasse de tout cœur. / Papa.

(*) Il s'agit du photographe algérois Georges Pitsch, éditeur de cartes postales photographiques monochromes ou colorisées dans les années 1950.

 

 

MAISONS

 

 

41 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Photo noir et blanc de la fin du XIXe siècle. « Intérieur de maison kabyle », par Eugénie Michel, c. 1890-1895.
Lieu inconnu.

Charpente d'une maison rectangulaire au toit à deux versants. Le pignon aval a disparu, on dirait que la maison a été tranchée dans le sens de sa largeur. La faîtière est soutenue par un poteau de fond tandis qu'un poteau plus mince soutient la panne du versant de gauche (par rapport à l'observateur). Le versant de droite, étant moins large, ne semble pas avoir de panne. Les pannes portent des chevrons, lesquels portent des branches puis un revêtement gondolé de plaques de liège ou autres écorces.

Au fond, on distingue les ouvertures de l'étable-écurie (adaynim) et la soupente au-dessus où trône une énorme jarre décorée. Le sol est grossièrement dallé. Des enfants sont perchés sur la toiture, ce qui donne à penser que l'habitation s'enfonce dans le talus à l'arrière.

Le dallage sert, pour l'occasion, d'emplacement pour le tamisage de l'orge.

 

 

42 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Photo privée de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe ayant pour titre « Maison kabyle frène à fourrage ». Lieu non précisé.

La partie avant de la maison retient l'attention par ses claustras en tuiles creuses (ou demi-rondes) ménagés au-dessus de l'entrée : un claustra en imposte, formé de deux rangées de tuiles creuses posées dos à dos, et trois petits opercules ronds, occupés chacun par quatre tuiles creuses formant un trèfle à quatre feuilles. On remarque également la présence de pierres plates jetées devant l'entrée et formant comme un pavage rudimentaire : sans doute ce dispositif évitait-il aux habitants de piétiner dans la boue du chemin.

 

 

43 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Photographie noir et blanc de la 1re moitié du XXe siècle. Lieu non précisé.

Longère au toit de tuiles creuses (ou demi-rondes), construite parallèlement à la pente. Les fluctuations de la ligne de faîtage et de la rive du versant trahissent la présence de pièces de bois brutes, non sciées, plus ou moins rectilignes. Contre le pignon aval et en contrebas de celui-ci, s'appuie une autre longère également à toiture de tuiles.

 

 

44 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte noir et blanc du début du XXe siècle faisant partie de la collection Idéale P.S. (comme mentionné dans l'angle inférieur gauche du recto) des éditons P. Satragno et E. Le Dely dans la période 1900 à 1930. Le nom du village n'est pas indiqué, l'éditeur s'est contenté d'un laconique « KABYLIE».

Devant l'entrée d'une maison d'aspect bourgeois plutôt que paysan – façade crépie et blanchie, arc en plein cintre à l'entrée, persienne à la fenêtre sous la rive, gouttière et tuyau de descente –, le photographe a fait poser une ménagère portant un porte-fruits renversé sur la tête. Pieds nus, elle s'avance sur un caladage de petites pierres posées sur la tranche, là où tombe l'eau de pluie  d'une rive de toiture. On remarque un début de voirie : un caniveau en V, fait de gros pavés, occupe le milieu de la ruelle.

 

 

LIEUX D'ASSEMBLÉE

 

 

45 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle.
Légende sur la face illustrée : en haut, sur la gauche, « 20. – Kabylie – La djemmâ de Taourirt » (comprendre Taourirt Mokrane) ; en bas, sur la gauche : « Edit. G. L. Série I ».

Cette carte postale nous fait découvrir une structure peu commune : une djemmaâ, ou lieu d'assemblée, en plein air. Un coin de l'esplanade est occupé par un pentagone surélevé et entouré d'un mur bas maçonné, avec deux accès opposés, l'un à la rencontre de deux côtés, l'autre au milieu du côté opposé. Le sol du pentagone est apparemment dallé. La base du mur d'enceinte est en voie de déchaussement en raison de l'érosion subie par le sol en terre de la place.

 

 

46 - TAOURIRT MOKRANE

Taourirt Mokrane (orthographié ici Taourirth-Amokran). Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle.
Légende sur la face illustrée : en bas, à gauche, « 4 Taourirth-Amokran. – près Fort-National » ; en bas, à droite : « J. Geiser, phot. – Alger ».

L'enclos pentagonal surélevé servant de lieu d'assemblée villageoise est ici libre de toute présence humaine et laisse voir pleinement sa forme remarquable.

 

 

47 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale sépia, au ciel colorisé en bleu, des années 1920-1930. Dos divisé (une seule inscription : CARTE POSTALE).

On retrouve ici l'enclos pentagonal affecté à un emploi vraisemblablement non prévu par ses constructeurs, celui de séchoir en plein air : des couvertures ou des tapis sont mis à sécher sur les murs-bahuts faisant face au soleil (d'après la direction des ombres portées). Un des enfants en train de jouer devant le photographe, a posé à terre la cruche à deux anses dont il a la charge.

 

 

MAISONS OUVERTES

 

 

48 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale noir et blanc des années 1910. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée : en bas à droite : Phot Combier Macon ; en bas à gauche : R. Prouho  (*); en haut , sur la gauche : 18: TAOURIRT AMOKRANE – Le jeu de la Marelle.

La vue est prise à Taourir Mokrane sur la place s'étendant devant un porche-rue (tadjmaât), bâtiment reconnaissable à sa large entrée en pignon. Des enfants pieds nus (sauf la petite fille) jouent à la marelle mais l'un d'eux rit littéralement sous cape en imitant le photographe qui met sa tête sous un voile pour prendre son cliché. La marelle est tracée dans la terre le long du mur formé par le pignon d'une maison basse et le mur de la courette attenante. La porte en bois de l'entrée de la cour est à deux vantaux décorés d'incisions verticales.

(*) Photographe ayant œuvré pour l'éditeur Combier Imp. Mâcon (Cim) dans le cadre de la collection artistique «L'AFRIQUE ».

 

 

49 - IGHIL-IMOULA, village de la commune de Tizi N'Tleta, préfecture de Tizi Ouzou

IGHIL-IMOULA, village de la commune de Tizi N'Tleta, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale à bordure, de teinte sépia, des années 1920-1930. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite). Éditeur SPGA.
Légende sur la face non illustrée : « 48/19. - KABYLIE. - Irile - Imoula » (il s'agit du village d'Ighil-Imoula, dans la commune de Tizi N'Tleta).

Intérieur de la maison ouverte (la tadjmaât) à l'entrée du village. À intervalles, des poteaux de fond soutiennent les cours de pannes de la charpente. Sur la gauche, il y a de rudimentaires banquettes de pierre.

 

 

50 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Photo privée des alentours de 1900. Lieu non précisé.

Ce lieu de convivialité fréquenté par quelques vieillards et désœuvrés est un tajmaât (pl. tijemmouyâ), agora servant de porte au village. Sur la gauche, on observe un bâtiment dont le bas reste ouvert sur l'extérieur par de larges porches. Ce rez-de-chaussée est bordé de bancs rudimentaires formés par des empilements de pierres recouverts d'une grande dalle brute. À ces bancs répondent des structures identiques bâties contre le mur à l'opposé du bâtiment.

 

 

FENILS

 

51 - AÏT-SIDI-SAÏD, village de la commune d'Aïn El Hammam, préfecture de Tizi Ouzou

AÏT-SIDI-SAÏD, village de la commune d'Aïn El Hammam, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc des années 1900 (au dos divisé, donc postérieure à 1903).
Lieu : Aït-Sidi-Saïd (localité de la commune actuelle de Beni Amrane), près de Michelet (aujourd'hui Aïn El-Hammam).

La vue est prise depuis l'intérieur d'un groupement de huttes végétales servant de fenils aux villageois. On aperçoit les branches plus ou moins droites qui forment les parois du corps cylindrique de chaque hutte, ainsi que les couches successives de diss (une espèce de graminée) qui en forment la couverture. Au fond, on aperçoit le squelette d'une hutte.

 

 

52 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc des années 1900. Lieu non précisé.
Légendage sur la face illustrée : en haut, l'inscription centrée « 7. Habitations Kabyles dans le Djurdjura » ; dans l'angle inférieur gauche : « Collection Idéale P. S. ».

Depuis la pente où le photographe a installé son appareil, la vue plonge, tout d'abord sur les enfants du village prenant la pose au milieu de quelques chèvres et moutons, puis sur une quinzaine de huttes de branchages agglutinées, où les habitants serrent le foin, et enfin, en contrebas, sur les toits couverts de tuiles de maisons villageoises. Le regard remonte ensuite pour embrasser une succession de versants jusqu'au spectacle des pentes et cimes du massif du Djurjura.

 

 

53 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc de la première décennie du XXe siècle. Lieu non précisé.
Légende sur la face illustrée : en bas, vers le centre, « No 168. Huttes Kabyles » ; contre le bord gauche, « Collection Idéale P. S.».

Le photographe a pris pour sujet un groupement de huttes végétales de plan circulaire à usage de fenils, édifié sur un versant en dehors du village. La la base cylindrique de chaque cabane est faite d'une paroi de branches mortes fichées dans le sol et enchevêtrées. Le toit est en forme de chapeau chinois (ou cône surbaissé) largement débordant, réalisé selon le même principe et recouvert de diss. Sur la couverture de diss sont disposées horizontalement et obliquement de petites gaules formant une sorte de toile d'araignée plus ou moins régulère. Un capuchon de diss en forme de téton coiffe la pointe de chaque toiture.

 

 

54 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc des années 1900 (existe aussi sous forme nuagique – antérieure à 1904 – avec dos non divisé réservé uniquement à l'adresse d'envoi). Lieu non précisé.
Légende sur la face illustrée : en haut, centrée, l'inscription « 54 Village Kabyle ».

Cete carte retient l'attention par un détail qu'on ne rencontre pas ailleurs : l'armature, mise à nu, du toit conique d'une hutte de branchages servant de fenil. De longues perches, qui rayonnent depuis le sommet (à l'instar des baleines d'un parapluie), forment avec d'autres perches, disposées plus ou moins horizontalement, un invraisemblable enchevêtrement. Le reste de l'image est occupé par de petites maisons en dur, bâties sur le même modèle : base parallélépipédique en pierres maçonnées au mortier et blanchies à la chaux, toit à deux versants, couverture de tuiles creuses (ou demi-rondes), large entrée en gouttereau, murs quasiment aveugles, orientation dans le sens de la pente (pignon bas en amont, pignon haut en aval).

 

 

HABITANTS

 

 

55 - AZAZGA, village de la commune du même nom, préfecture de Tizi Ouzou

AZAZGA, village de la commune du même nom, préfecture de Tizi Ouzou

Carte postale noir et blanc des années 1900. Dos divisé.
Légende sur la face illustrée, en bas : au centre : « AZAZGA. - Entrée d'un Village Kabyle », à droite : Edition Montcalvel, Azazga.

L'éditeur n'a pas jugé utile de préciser le nom du village, on sait seulement qu'il se trouve sur la commune d'Azazga dans la préfecture de Tizi Ouzou. Du village lui-même, on ne voit pas grand chose : un bout de bâtiment en haut de la carte et un fenil à l'extrême gauche. Ce qui a manifestement retenu l'attention du photographe, c'est le chapelet de porteuses d'eau débouchant sur la grand'route depuis un chemin creux. Si les trois dernières (sur la gauche) courbent l'échine sous le poids de la cruche à anse double traditionnelle, les trois premières (sur la droite) font de même mais sous ce qui ressemble à un bidon métallique plus léger. Le progrès avance...

 

 

56 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc de la première moitié du XXe siècle (large bordure blanche en haut et en bas, bordure plus mince à droite et à gauche). Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée : dans la bordure basse, l'inscription centrée « 137. Kabylie – Femme Kabyle allant à la fontaine ».
Inscription sur la face non illustrée : « Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique / Saint-Charles Birmandreis (Alger) » (*).

Nous ferons abstraction de la porteuse d'eau pour nous focaliser sur le mur extérieur du bâtiment devant lequel la jeune femme prend la pose à la demande du photographe. La maçonnerie est apparemment en petites pierres schisteuses plutôt plates, prises dans du mortier. Les interstices entre les pierres laissent voir un mortier abondant, sans qu'il soit possible de déterminer s'il comporte du sable et un liant. Les pierres sont disposées de façon à présenter en parement une face plane. On remarque, sous la rive de tuiles creuses (ou demi-rondes) en haut du mur, une assise de pierres bien plates sur laquelle posent ces tuiles.

(*) Les sœurs blanches et leurs pendants masculins, les pères blancs (ainsi niommés en raison de la couleur de leur habit), relevaient de l'ordre des missionnaires d'Afrique fondé par le cardinal Lavigerie en 1868-1869. Succédant aux premiers missionnaires jésuites, Ils créèrent, à partir de 1873,  des écoles, des orphelinats, des organismes d'aide médicale ainsi que des ouvroirs (pour les filles) et éditèrent, jusque dans les années 1970, une revue scientifique, le Fichier de documentation berbère, mine de documentation linguistique et socio-culturelle sans égale.

 

 

57 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée : MISSIONS D'AFRIQUE - Un Intérieur Kabyle. Légende au dos (le long du bord gauche) : « Sœurs Missionnaires de N. D. d'Afrique, Pirmandreis (Alger) ».

Cette mise en scène nous fait découvrir un type de maçonnerie en usage dans les montagnes de Kabylie : le parement du mur devant lequel posent les membres d'une famille au grand complet, est constitué de files approximatives de petites pierres noyées dans du mortier de terre. Il s'agit vraisemblablement d'un mur extérieur auquel on a accroché quelques plats et ustensiles pour faire croire à un mur intérieur. Du fait de l'absence de fenêtres, la maison montagnarde de l'époque, plongée dans l'obscurité, se prêtait mal au travail du photographe.

 

 

58 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc du début du XXe siècle. Dos divisé en une partie Correspondance (à gauche) et une partie Adresse (à droite).
Légende sur la face illustrée : en haut à droite « MISSIONS D'AFRIQUE », en bas au centre « Intérieur kabyle ». Légende sur la face non illustrée (le long du bord gauche) : « Sœurs Missionnaires de N. D. d'Afrique, Birmandreis (Alger) / Sœurs blanches du Cardinal Lavigerie ».

On a là une autre scène prétendument d'un « intérieur kabyle », éditée par les Missions d'Afrique : le photographe a disposé toute une famille devant un mur de pierres sèches, simplement empilées les unes sur les autres : rien qui ressemble aux parois enduites d'un intérieur kabyle. À droite du personnage tout en blanc, on aperçoit une fourche métallique à quatre dents. La mère actionne une meule à bras (tisirt), formée de deux pierres, celle du dessus tournant sur celle du dessous (le blé ou le seigle, versé dans le trou au centre de la pierre du dessus sort sous forme de farine entre les deux pierres).

 

 

 

59 - VILLAGE NON PRÉCISÉ

Carte postale noir et blanc de type nuagique du tournant du XXe siècle (donc antérieure à 1904).
Légende sur la face illustrée : 18 Kabylie - Intérieur kabyle. Éditeur : J. Geiser - Alger.

Intérieur d'une habitation. L'emplacement du foyer à même le sol est indiqué par le triangle de suie qui noircit la paroi au-dessus d'un couscoussier. Sur la gauche, on reconnaît le mur bas, percé de grandes ouvertures, qui sépare la salle commune (takaât) de l'étable-écurie (adaynim). Sur la droite, dans l'angle, une banquette haute sert de rangement à une cruche en forme d'amphore et à un plat. Curieusement, on ne voit aucune décoration peinte sur les murs.

 

 

CIMETIÈRE

 

60 - TAOURIRT AMRANE

Photo en noir et blanc repésentant, à l'arrière-plan, le village de Taourirt Amrane (dans la commune d'Aïn El Hammam, préfecture de Tizi Ouzou), et, au premier plan, un cimetière kabyle.

 

Les tombes sont marquées par un quadrilatère de dalles schisteuses posées sur la tranche avec à l'intérieur une dalle pointue fichée de bout.

 

 

FONTAINE

 

61 - LIEU NON PRECISÉ

Recadrage de l'image de type nuagique d'une carte postale de la fin du XIXe siècle, sans doute de J. Geyser.

Cette fontaine, où deux femmes prennent de l'eau et font la lessive, relève d'une architecture plus élaborée que la maison paysanne. Faute de renseignements sur .l'origine de la construction, nous noterons que la moitié de l'arcade de gauche a été arrachée, vraisemblablement sous la poussée de la terre du talus contre lequel l'édifice a été construit. On s'est contenté de remonter un simple mur en pierre sèche contre le talus

 

 

DU GROS BOURG À LA PETITE VILLE

 

 

62 - TAOURIRT MOKRANE

Carte postale en couleur des années 1980 ou 1990. Dos divisé. L'image a été redressée pour les besoins de la présente étude.
Légendage sur la face non illustrée :
- en haut à gauche : N° 115 - Kabylie : Village Taourirt-Mokrane / - Algérie
- en bas, à gauche : Imp. La Quadrie
- à cheval sur le filet vertical séparant la partie Correspondance de la partie Adresse : M. IDIR - Cartes / Rue Colonel Amirouche - A.E.H. / Tizi Ouzou - Algérie.

Du Taourirt Mokrane des années 1900, il ne reste, près d'un siècle plus tard, que l'implantation des bâtiments sur la crête et sur les versants les moins abrupts. Les maisonnettes basses construites sur le même gabarit et  serrées les unes contre les autres, ont cédé la place à un enchevêtrement de pavillons à étage et de petits immeubles de deux à cinq étages de style européen, certains plus hauts que le minaret de la vieille mosquée. Il ne semble pas y avoir eu de réflexion urbanistique. Le spectacle qui s'offre à la vue est celui de la nouvelle architecture vernaculaire villageoise (ou faut-il dire urbaine ?) de la Kabylie montagneuse.

 

 

 

 

ANNEXES

TEXTES SUR LES VILLAGES ET MAISONS DISPARUS DE LA MONTAGNE KABYLE (1847, 1858, 1887, 1904, 1933)

 

L'observation des cartes et photos anciennes peut se compléter utilement par la lecture de divers récits laissés par des explorateurs, voyageurs, militaires, missionnaires et savants français entre le milieu du XIXe siècle el le début des années 1930. À cet effet, nous publions ci-dessous des extraits d'auteurs qu'il nous a été donné de lire : Daumas et Faber (1847), Émile Carrey (1857), Francis Drouet (1887), Henry Auxcouteaux de Conty (1904) et Martial Rémond (1933). On accordera peu d'attention à l'expression éventuelle, chez ces descripteurs, d'avis critiques et de préjugés propres à leurs époques respectives, seule importe la description objective des réalités matérielles observées.
 

1 - M. Daumas et M. Faber,
La Grande Kabylie. Études historiques, Paris, L. Hachette et Cie, 1847, 488 pages

p. 21-22 : L'Arabe vit sous la tente ; il est nomade sur un territoire limité. Le Kabyle habite la maison ; il est fixé au sol. Sa maison est construite en pierres sèches ou en briques non cuites, qu'il superpose de façon assez grossière. Le toit est couvert en chaume, en tuiles chez les riches. Cette espèce de cabane s'appelle tezaka [salle commune]. Elle se compose d'une ou de deux chambres.

Le père, la mère et les enfants occupent une moitié du bâtiment, à droite de la porte d'entrée. Ce logement de la famille se nomme ânounès. L'autre partie de la maison, que l'on appelle ädaïn [étable], située à gauche, sert d'étable, d'écurie pour le bétail et les chevaux. Si l'un des fils de la maison se marie et doit vivre en ménage, on lui bâtit un logement au-dessus.

 

2 - Émile Carrey,
Récits de Kabylie – Campagne de 1857 –
, Paris
/ Alger, Michel Lévy Frères, 1858, 327 p.

p. 161-162 : Comme tous villages ou hameaux kabyles, Ait-el-Hassem, Ait-el-Arba et Taourirt-Mimoun s'élèvent perchés en nids d'aigles sur trois pitons escarpés : chacun d'eux est entouré de précipices ou e pents abruptes, d'accès difficile : on n'y peut arriver de plain-pied que par un seul côté, par un chemin sans arbres, découvert et placé sous le feu plongeant du village. Une muraille de défense, haute de quinze à vingt pieds, irrégulière, mal construite, épaisse et droite, entoure le bourg par tous côtés.

Des maisons sont situées sur ces murs et les composent en partie, inégales, bâties selon le besoin de chaque habitant, mais n'ayant pour ouvertures extérieures que des meurtrières. Il n'y a, pour tout le village, qu'une porte étroite, voûtée, massive, faite pour être fermée toujours : porte de forteresse, qu'une catapulte n'ébranlerait pas. Villages, murs, maisons, portes, tout est construit en vue du siège et de la défense ; on sent que la guerre, la lutte incessante, la vie de surprises, d'attaques, de refuges subits, est la vie des habitants de ces forteresses.

Dans les villages, c'est le moyen âge encore : on ne trouve que ruelles étroites, enchevêtrées les unes dans les autres, sans prévision; sans règle, sans motif, selon le hasard et le besoin de chacun; que maisons uniformes, enfumées, basses, aux toits chargés de tuiles massives ; que portes difficiles et ouvertures étroites, inégales, haut percées, comme jalouses, craignant le regard, le coup de feu ou l'invasion armée du voisin.

Les seuls monuments publics de chaque village sont la mosquée et la djemma ou hôtel de ville.

La mosquée ressemble, au dedans comme au dehors, à une grange de moyenne dimension, surmontée d'un pigeonnier carré. Mais, quelle qu'elle soit, la maison du Seigneur est toujours la plus vaste de la bourgade et la seule qui ait droit à un étage complet au-dessus des autres. Ainsi le veulent les mours et l'antique loi kabyles. [...] [p. 163] Solitaires et respectées de par la religion, les mœurs et la loi, les mosquées kabyles dominent invariablement chaque village.

La djemma ou mairie, la chambre des représentants, la salle des comices, l'hôtel de ville enfin, se compose d'une grande pièce, généralement située sous le porche même de la porte du village. Des dalles en pierres taillées, maçonnées sur le sol, à trois pieds de hauteur, garnissent tous les côtés de la salle et font office à la fois de tables et de sièges pour les assemblées. C'est là que les Kabyles viennent discuter toutes les questions de politique qui concernent leur race, leur tribu, ou plus souvent leur village, élire leurs maires ou amins, plaider leurs procès, vivre en un mot, toute leur vie nationale de misère, de querelle et de guerres – mais de liberté. La salle est nue... [...].

Il n'y a place, ni banc privilégié meilleur ou plus élevé, pour personne. Orateur, amin, président d'âge ou de choix, citoyens, tous égaux, tous se tiennent là pêle-même, assis sans ordre. Les dalles des bancs sont polies par l'usage et marquées en tous sens d'incisions au couteau [...]. A regarder un instant cette salle, et surtout ces pierres nues, usées, vieillies en leur place, comme des marches d'église, on devine que des générations ont dû [p. 164] venir là l'une après l'autre, avec mêmes moeurs, s'assembler, s'asseoir, discuter et se remplacer sans changements. [...].

A part la mosquée et la djemma, on ne trouve dans les villages kabyles ni monuments, ni promenades, ni jardins, ni maisons de plaisirs communs. La vie de famille a seule, avec la réunion religieuse ou politique, droit d'asile dans les murailles de la bourgade.

A l'intérieur, la plupart des maisons ont un aspect général uniforme, qui, sauf les étages et l'ameublement, rappelle quelque peu les vieilles maisons des vieux bourgs d'Europe. Sur une cour commune, étroite et irrégulière, fermée par une porte commune, sont installées trois ou quatre bâtisses distinctes, appartenant à plusieurs familles ou aux différentes branches d'une même famille. Chaque maison a devant elle le tas de fumier de ses bestiaux et les gros outils de son travail quotidien. Chacune d'elles n'a qu'une porte ou deux à peine, et pour fenêtres des ouvertures étroites, qui ne laissent entrer que l'air, sans pluie ni soleil, et permettent de voir au dehors sans être vu. Selon le goût de ses habitants divers, la cour commune abrite des poules (dont on ne voit que les traces), des abeilles ruchées dans des troncs d'arbres creux, des légumes et même des fleurs. Souvent un noyer, des [p. 165] amandiers, dont les troncs et les branches sont enlacés par des vignes sans fin, étendent leurs libres rameaux jusque sur les toits voisins. Dans un coin de la cour, des pots de terre ou des caisses en bois sont rangés côte à côte, remplis de fleurs, comme s'ils ornaient le balcon célibataire d'un rentier du Marais ou de Rouen [...].

Les penetralia de chaque demeure varient selon la richesse, les besoins, le nombre, ou plutôt la profession particulière des demeurants.

Le Yenni agriculteur a dans la maison, et le plus souvent dans la chambre même qu'il habite, ses bestiaux, son grain et son huile.

L'huile est dans des vases en terre scellés à la muraille, qui garnissent la maison de tous côtés, comme des buffets.

Le grain est à terre, dans un coin, ou dans une pièce séparée, plus rarement dans un grenier.

Les bestiaux se tiennent sous leurs maîtres ; sur la moitié ou le tiers de la pièce principale règne une sorte d'appentis, une table immense, élevée de quatre pieds environ au-dessus du plancher, scellées dans les murailles par trois côtés, supportée sur le devant par des poutres maçonnées, [p. 166] formant ainsi comme un immense coffre ouvert par un côté. Sur ce coffre dorment des hommes, tout habillés, et généralement garnis des divers multipèdes blancs ou bruns, sautant ou marchant, capillaires ou sanguinaites, qui se font une loi de pulluler dans les pays chauds. Dans ce coffre ruminent les bestiaux, taureaux, vaches, mulets, ânes, etc. ; la large ouverture pratiquée sur le devant de cet asile permet aux animaux d'entrer et de sortir librement dans la chambre commune, tandis qu'au-dessus de cette ouverture une sorte d'escalier-échelle, formant voûte, sert aux Kabyles pour monter sur leur lit de camp. Les avantages de ces dispositions locatives, communes dans le fond, sinon dans la forme, à beaucoup de peuples primitifs, sont que les hommes et les animaux ont plus chaud, n'ont pas besoin de bâtiments séparés et sont plus à portée de leurs besoins réciproques. La mansuétude remarquable des animaux domestiques de la haute Kabylie provient, selon toute apparence, de cette existence patriarcale, qui laisse douter de la sensibilité berbère, quant aux sens du toucher, de l'ouie et surtout de l'odorat.

Au-dessus de ces deux étages superposés d'êtres animés, dans une chambre particulière et mansardée, grouillent, sur le sol, les femmes et les enfants. Une entrée, donnant sur le plancher-dortoir des hommes, permet seule de monter à ce réduit. Grâce à c ette disposition, la jalousie orientale, paternelle, fraternelle ou conjugale, veille incessante à la porte du gynécée. [...]

p. 167 : Telle sont les dispositions principales de chaque demeure : une ou plusieurs pièces, selon la richesse du propriétaire et l'importance de sa maison, complètent l'appartement, et servent de chambre des hôtes, de logement exceptionnel pour l'un des maîtres du logis, de resserre particulière pour les bestiaux, ou pour les outils, le grain, etc.

Des bahuts, des bancs, des coffres, des escabeaux en bois, des poteries de toutes formes en terre et rougeâtres, des moulins en pierre pour écraser le grain, des pressoirs à huile, des charrues au soc étroit et fermé comme un sabot, quelques instruments aratoires, des vêtements de laine et de coton, presque tous blancs – d'origine, servent d'ameublement général. Les murs de quelques demeures luxueuses sont couverts de dessins et de fresques grossiers, représentant des losanges, des carrés, etc. mais jamais de figures humaines : le Coran défend à ses adeptes la reproduction de leurs images. D'autres maisons sont blanchies à la chaux, selon la coutume mauresque. La plupart sont crépies avec une sorte de ciment de sable et de chaux.

p. 168 : Ces dispositions et cet ameublement sont ceux de la plupart des maisons kabyles chez les Raten, Fraoucen, Yenni, etc. Presque tous les Berbers de l'Algérie ayant, pour seul gagne-pain, l'agriculture, cette profession primordiale des nations, presque tous mènent une même existence d'agriculteurs, avec les dissemblances légères du plus ou moins d'argent et de terres possédés par chacun : leurs meubles, conformes à la profession qu'ils exercent d'une manière exclusive ou concurremment à l'agriculture. Alors, dans la même cour expliquée précédemment, se trouve en surplus une demeure généralement séparée, qui conrient, soit des forges avec des soufflets, des étaux, du charbon de bois, et tout ce qui constitue l'atelier d'un forgeron ; soit un établi, des limes, des scies, des ciseaux, du fer, du bois, de la corne, de l'ivoire, de l'argent travaillé, le mobilier d'un ébéniste à la fois armurier, joaillier et fondeur ; soit un métier, des peignes, des cardes à tisser la laine, les outils d'un tisserand ; soit enfin de la terre à poterie, des couleurs, des vases de toutes formes, les attributs d'un potier.

 

3 - Francis Drouet,
Grande-Kabylie. Excursion chez les Beni Yenni, Société normande de géographie, bulletin de l'année 1887, t. IX, pp. 212-240.

p. 214 : Sur le sommet d'un contrefort, on remarque le village kabyle de Tamazirt qui, à cette distance, produit l'effet d'un immense tas de cailloux blancs et noirs. Les maisons, composées d'un rez-de-chaussée sans fenêtres, sont blanchies à la chaux et couvertes en tuiles de couleur foncée, ce qui explique la comparaison.

p. 219 : [L'oued Djemâa] Actuellement, il y a peu d'eau et sa largeur n'excède pas cinq mètres. Dans la rivière et sur ses bords, les lauriers roses croissent abondamment et les indigènes y cultivent des roseaux dont ils se servent pour la toiture de leurs maisons.

p. 221 : Le territoire [de la tribu] se divise en cinq villages excessivement rapprochés. Ce sont : Ait Lhassen, Ait Larbâa, Taourirt Mimoun, Taourirt el Hadjhadj et Tigzirt. On compte comme mode d'habitation neuf cent trois maisonnettes en pierre, couvertes en tuiles, et quatre cent soixante-treize gourbis. Le gourbi est une sorte d'abri construit en branchages sur lesqels sont posées des mottes de terre.

Les animaux s'élèvent, au total, à deux mille deux cents têtes, partagées entre mulet, ânes, bœufs, moutons et chèvres.

Treize moulins à farine, dix-neuf moulins à huile et un four à chaux sont établis dans la tribu.

p. 222 : Tous les villages kabyles habités par des indigènes de race berbère sont placés sur des crêtes ou des points culminants.

Le village kabyle se nomme tadert et se subdivise en quartiers formés par la réunion de plusieurs familles ayant le même ancêtre et [qui] sont désignés sous le nom de kharoubas.

Le touriste, pendant son excursion, remarquera des groupes de maisons au fond des vallées où à mi-côte. Ce sont des kharoubas occupées par des familles maraboutiques. Ces familles ne sont pas d'origine kabyle.

p. 223 : Chaque tadert possède une djemâa (maison) où le conseil se réunit. L'on peut s'y reposer et les étrangers y reçoivent l'hospitalité. Un détail à noter : cette maison n'a point de porte.

La djemâa (conseil), telle qu'elle existe actuellement, n'a plus aucun pouvoir. Elle représente simplement les intérêts des habitants [...].

p. 229 : D'une manière générale, les maisons kabyles sont petites, basses, composées d'un rez-de-chaussée unique ou composé de plusieurs pièces.

p. 230 : Les pierres, la chaux et le sable de la contrée servent à l'édification et la couverture se fait en tuiles. Point de fenêtres, une porte, et comme plancher, le sol battu. Toutes les maisons se touchent et les rangées se trouvent séparées par de petites rues sans désignation où les immondices fleurissent en abondance.

p. 231 : Dans les tribus, les femmes tissent tous les vêtements nécessaires à la famille.

p. 234 : La maison dans laquelle nous sommes introduits est celle de l'amin, [...]; c'est dire qu'elle peut servir de type et que les autres lui ressemblent, mais en moins bien. Elle se compose d'une pièce assez élevée, sans aucune autre baie que la porte par où la lumière arrive. Le sol battu tient lieu de plancher ou de pavé.

p. 235-236  : Dans le sol de la pièce, un trou conique reçoit le feu domestique sur lequel les aliments cuisent et qui réchauffe en même temps les membres de la famille. La fumée s'échappe par la porte, quand le courant d'air l'y conduit. De la toiture tombe une corde dont l'extrémité soutient un berceau d'enfant affectant la forme d'une écaille de tortue inversée.

Contre la muraille du fond, je remarque un cylindre en bois adapté à deux portants et actionné par une manivelle. Sur ce cylindre s'enroule un frach ou tapis de haute laine. L'heure du repos arrivée, ce tapis est déroulé, couvre le sol, et toute la famille s'y étend à l'aise. Le matin venu, le frach est remis en place, pour convertir la chambre à coucher en pièce universelle. Tout à côté se dresse un grand et beau coffre sculpté, renfermant ce que la famille a de plus précieux.

A gauche, dans toute la largeur, la terre a été enlevée sur une assez forte profondeur pour donner de la place aux animaux et aux bestiaux qui vivent là en famille et répandent une odeur sui-generis, sans omettre les vapeurs ammoniacales qui se dégagent de l'écurie et sont fort préjudiciables à la santé.

Au-dessus, existe une soupente que l'on convertit en magasin et où l'on place la provende. Un peu à droite et à gauche sont les ustensiles de ménage en terre, en bois ou en fer, et contre la muraille sont alignées quelques grandes jarres faites en terre amalgamée avec de la paille et de la bouse de vache. Ces récipients contiennent des grains et de l'huile. Pour s'éclairer, les Kabyles ont une lampe en terre de forme antique, où une mèche brûle baignant dans l'huile.

Voilà un aperçu d'un intérieur aisé. [...]

Nous quittons le villege de Taourirt Mimoun pour nous transporter à celui d'Ait-Larbâa, situé à quelques centaines de mètres. Des indigènes nous voyant arriver se groupent autour de leur amin et nous reçoivent à l'entrée d'une voûte qui semble être une des portes de leur village.

Un marché a lieu le mardi sur le lieu dit Tarsaut el Djemâa, et les principaux produits mis en vente sont le blé, l'orge, les figues et l'huile.

 

4 - Henry Auxcouteaux de Conty,
Guide pratique du cyclo-touriste et de l'automobiliste en Algérie. Le Sahel d'Alger, la Kabylie et les Massifs du Petit Atlas et du Djurdjura
, Guide Conty, publié sous le patronage du Touring-Club de France, 1904, 72 pages.

p. 39 : Les Kabyles sont : maçons, charpentiers, armuriers, orfèvres et bons jardiniers ; ils construisent des moulins à huile, liquide indispensable à leur nourriture et fabriquent eux-mêmes les tuiles et briques nécessaires pour la construction de leurs maisons.

p. 56 : Dans certaines tribus les villages ont conservé ce caractère de forteresse que leur donne leur position. Toutes les constructions extérieures sont réunies par des murs qui constituent une enceinte au village, les entrées sont peu nombreuses, deux, trois au plus et encore sont-elles protégées par des espèces de poternes à l'ouverture si basse qu'un cavalier à mulet ne peut passer sans se baisser. Les rues des villages forment un dédale de voies étroites et tortueuses, le long desquelles les maisons sont continues.

L'habitation kabyle se compose généralement de deux bâtiments, séparés par une cour fermée ; les constructions sont en maçonnerie grossière, blanchies extérieurement à la chaux et couvertes de tuiles. Une pièce est toujours réservée aux étrangers ou aux hommes de la famille ; elle est ordinairement divisée en trois compartiments ; au milieu un terre-plein entouré sur les deux côtés de deux banquettes massives, maçonnées ; au centre, une cavité sert de foyer ; la fumée s'échappe par l'unique porte ou par les fentes du toit. Deux ou trois grandes jarres de 1 m 50 de hauteur sont placées dans les angles, elles renfement les provisions de blé, d'orge, de caroubes et de figues ; une ouverture dans le bas permet d'en sortir les provisions. Les deux autres compartiments, en contrebas des premiers et séparés de celui-ci seulement par les poutres qui soutiennent la construction, servent d'étables pour les moutons, les vaches, les mulets et les chèvres.

La chambre de famille, où se tiennent les femmes et les enfants, et qui sert aussi de cuisine, se trouve généralement dans le deuxième corps de bâtiment, de l'autre côté de la cour. Chaque village a sa mosquée qui est une construction peu remarquable. Dans certains villages, un minaret assez élevé sert de mirador pour explorer l'horizon.

 

5 - Martial Rémond,
Au cœur du Pays Kabyle
, Alger, Éditions Hélio, Bacconnier frères, préface d'Augustin Bernard, 1933, 197 pages.

p. 34 : Il n'y a pas longtemps encore, toutes ces agglomérations avaient gardé leur aspect séculaire de calotte coiffant un mamelon, avec des masures basses et uniformes, à les croire faites au gabarit.

Depuis une dizaine d'années, partout surgissent des constructions à l'européenne, avec terrasses, balustrades ou balcons. De la masse sombre des gourbis d'autrefois, écrasés sous le poids d'une tenace hérédité, se détache, de ci de là, le panache clair d'une maison neuve, à étage. Les tuiles plates, d'un rouge vif, tranchent sur le vert éteint de leurs aînées.

La lourde chape qui pesait sur les villages kabyles commence à craquer de toutes parts.

p. 47 : La maison kabyle traditionnelle est d'une grande simplicité : donnant sur une cour fermée par un portail bas et à deux battants, elle comporte une seule pièce, d'environ 4 m sur 7, divisée en trois compartiments plus théoriques que réels ; le plus vaste est pour les gens ; un autre, un peu en contre-bas, abrite le bétail ; le dernier, en soupente au-dessus du second, est une resserre à provisions.

Une murette basse percée de vides servant de mangeoires au bétail, limite les deux premiers compartiments ; elle est surmontée de grands récipients à grains ou à figues. Les Kabyles les nomment « akoufi ». Ils sont faits par les femmes, sur place, avec de la glaise mélangée de paille fine ; presque toujours, ils sont ornés de moulures en relief, d'un bel effet décoratif.

La toiture est en tuiles creuses, posées sur un lattis de roseaux et une légère couche de terre. La charpente, grossière, est soutenue par des étais mal équarris.

p. 48 : Ni plafond, ni cheminée ; le feu se fait dans un trou creusé à même le sol, la fumée se diffuse au travers de la toiture.

Pas de fenêtre non plus ; un étroit lucarneau dans le pignon éclaire la soupente et assure une précaire aération.

Une seule porte d'entrée, à peine haute de 1 m 60, sous laquelle on passe en se courbant ; elle est toujours à deux battants. Souvent, des amulettes porte-bonheur y sont suspendues : éclats de poteries, raquettes de cactus ou lambeaux de cuir.

Face à cette unique ouverture, le métier à tisser tendu verticalement sur deux perches. Assise le dos au mur, la femme passe, à la main, les brins de laine entre les fils de la chaîne et les tasse avec un lourd peigne de fer. Travail de fourmi. Des semaines sont nécessaires pour tisser un burnous ou une couverture dont la valeur ne sera guère supérieure à celle de la laine.

Pour tout mobilier, un coffre en bois, le plus souvent sans décor, quelques jarres, marmites en terre ou amphores ornées de très jolis dessins.

p. 49-50 : Ni tables, ni chaises, ni lits ; on mange assis par terre autour d'un plat unique ; le chef de famille est toujours servi le premier et à part.

On dort sur des couvertures posées à même le sol, les tout jeunes enfants ont des berceaux rustiques, suspendus aux poutres du toit.

Autrefois, le moulin de maison jouait un rôle important dans l'économie domestique kabyle ; depuis que, l'aisance aidant, on ne mange plus guère d'orge et que l'on peut facilement acheter au détail de la semoule à bon prix, on ne s'en sert plus guère. Les anciens le regrettent et prétendent que son produit, toujours frais, était bien meilleur que celaui des minoteries.

Ainsi donc, tout est d'une simplicité biblique dans la maison kabyle. La porte fermée, le chef de famille peut, d'un seul regard, contempler et surveiller tout son avoir.

La demeure des gens aisés sera plus vaste peut-être, les akoufis plus grands et mieux décorés, la maçonnerie et la charpente plus solides. À ces quelques détails près, c'est la même uniforme simplicité, la même médiocrité, le même manque de confort, la même apparence de négligé, de malpropreté et d'inachevé.

Parfois, cependant, des soubassements de couleur, comportant des dessins linéaires naïfs, des encadrements de niches aménagées dans les murs égayent un peu ces sombres intérieurs ; d'ailleurs, c'est toujours l'œuvre des femmes.

p. 51 : Maigres rayons de soleil venant jeter un peu de lumière et de gaieté dans ces réduits aussi obscurs que des cachots !

D'autres musulmans, des citadins surtout, ornent leurs demeures et les rendent agréables, sinon confortables. Le Kabyle, lui, paraît s'en désintéresser complètement : c'est le domaine exclusif des femmes ; elles seules s'en occupent, l'approvisionnant en eau ou en bois et le débarrassent du fumier, si rapide à l'envahir.

Pour un peu, c'est la femme qui devrait bâtir sa maison, si elle le pouvait. Sans doute le gros œuvre de maçonnerie et de charpent est le travail des hommes ; mais, que feraient-ils sans l'aide des femmes, pour le transport des matériaux, de la pierre, du sable, de l'eau ou des tuiles ?

Misérables gourbis kabyles, symbole de tout l'arriéré qui pèse encore sur la montagne, d'aucuns regretteront votre archaïsme qui donne une note si particulière à toute une région. Qu'importe ! Il vous faut disparaître, pour le plus grand bien de vos occupants, et [p. 52] surtout, pour supprimer cette promiscuité si répugnante des gens et des bêtes.

p. 52 : Aux abords des villages, des rangées de huttes circulaires faites de branchages et recouvertes de chaume de diss ; ce sont des fenils.

Faute de place et par crainte des incendies, on les a prudemment éloignées des agglomérations.

p. 128 : Pour entrer au village d'Aït Larbaä, il vous faudra passer par une sorte de porche-rue qui est le lieu de réunion des hommes du village, « la tadjemaït ».

C'est une construction à peine plus haute que ses voisines, au même toit de tuiles creuses ; on croirait un poste de garde. De chaque côté de cet étroit passage, des banquettes de pierres disjointes s'encastrent dans la muraille.

C'est là que, de tout temps, se sont tenues les assises de la communauté. Les hommes du village viennent y passer leurs loisirs et c'est bien souvent, semble-t-il.

p. 129 : Aucune armoire, ni penderie dans les rustiques demeures de la montagne.

p. 131 : AÏT LHACENE. – Un peu plus loin vous trouverez le gros bourg d'Aït Lhacène. En parcourant ses ruelles tortueuses, vous ne pourrez vous défendre, sans doute, d'une double impression de vide et de médiocrité.

La malpropreté du village kabyle est légendaire, et pourtant, les épidémies y sont rares.

p. 152 : TAGUEMOUNT EL DJEDID. – Naguère, toutes les habitations de Taguemount avaient des toits en terre, comme les tribus installées sur les pentes immédiates du Djurjura.

Depuis quelques années, les tuiles ont fait leur apparition ; signe d'aisance peut-être, mais le paysage n'y gagne pas en beauté.

p. 154 : [Marché des Ouadhia]. Ce sont des commerçants ; quatre d'entre-eux sont installés avec leurs familles dans des maisons à la française ; d'autres suivront sous peu.

Formule heureuse de transformation de l'habitat indigène !

p. 161 : AGOUNI GUEHRANE. – LES HABITATIONS À TOIT DE TERRE.

Nous voici dans la zone des habitations à toit de terre ; ils sont formés d'une couche de 25 à 30 centimètres de schiste, tassée sur une lourde armature de poutres et de rondins à peine équarris, en olivier ou en frêne. Le bois de chêne, plus cassant et rapidement rongé par les vers, n'est guère employé.

p. 162 : Chaque habitation comprend ordinairement deux bâtiments parallèles, réunis plutôt que séparés, par une cour couverte prenant jour au moyen d'un panneau d'aération.

Il arrive que tout un pâté de maisons compose un large parterre de toits entre lesquels les ruelles creusent des fossés qu'on traverse par de petites passerelles.

La parenté de ces toitures avec les terrasses du Sud paraît certaine ; cependant, il faut noter qu'ici, il s'agit moins d'un terre-plein que d'une couverture à deux pentes, légère et débordantes.

Il n'y a pas de murettes formant étage, comme dans les oasis ; on ne couche pas sur ces plateformes ; on n'y vit pas ; à peine y fait-on sécher de temps à autre des olives ou des figues.

Plus que partout ailleurs, les logis ont ici des allures de cavernes ; la disposition générale des intérieurs est la même que celle de toutes les demeures kabyles, avec cette différence pourtant, que la soupente, plus dégagée, sert d'asile au métier à tisser [p. 163] : Pour ce motif, sans doute, la lucarne qui éclaire est plus large que dans les autres régions.

Malgré leur archaïsme quasi biblique ces misérables gourbis, sans air ni lumière, ne sont pourtant pas sans quelque manifestation d'art, primitif et touchant.

Outre l'ornementation des « akoufis » ou des poteries et le lissage du sol avec des mélanges d'argile et de chaux de couleur jaune clair, on trouve de nombreuses décorations murales en soubassement : lignes, parallèles et losanges, formant des ensembles naïfs et plaisants.

Sans compter aussi les rangées de plats décorés s'alignant sur de rustiques vaisseliers.

p. 165 : Mais tout finit par évoluer, les maisons nouvelles ont des tuiles, et des tuiles plates, le plus souvent. Encore un peu de pittoresque qui s'en va.

 

LIENS INTERNES ET EXTERNES

Fatiha Bennacer, Villages et maisons des Beni-Yenni en Grande Kabylie (Algérie) : une architecture vernaculaire chasse l'autre, L'Architecture vernaculaire, tome 42-43 (2018-2019), http://www.pierreseche.com/AV_2019_fatiha_bennacer.htm, 1er avril 2019

Cartes postales anciennes, Algérie, Tunisie, Maroc : http://maghrebcartespostales.e-monsite.com/pages/courriers-analyse-liens/les-editeurs.html


 

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© CERAV

Référence à citer / To be referenced as :
Christian Lassure
L'architecture vernaculaire des montagnes de Kabylie (Algérie) à travers des cartes postales et photographies de la première moitié du XXe siècle (The vernacular architecture of the mountains of Kabylia (Algeria) through postcards and photographs of the first half of the twentieth century)
L'Architecture vernaculaire, tome 46-47 (2022-2023)
http://www.pierreseche.com/cartes_postales_de_kabylie_1900-1950.htm
8 août 2022 / August 8th, 2022

L’auteur :

Christian Lassure est agrégé de l'université, professeur honoraire, fondateur du Centre d'études et de recherches sur l'architecture vernaculaire

 

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