L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE

 

     

 

ISSN 2494-2413

TOME 40- 41

2016 - 2017

Jean-Yves Dufour

OBSERVATIONS DU BÂTI DE LA GRANGE DE LA FERME DU BOIS BRIARD

À COURCOURONNES (ESSONNE)
 

 

Résumé

La ferme du Bois Briard à Courcouronnes (Essonne) se présente comme une vaste maison paysanne à cour fermée. Elle tient son nom de ses possesseurs au XIIe siècle. Les observations du bâti ont été menées sur un cellier à vin, une grange de 13 travées et les vestiges d’une tour. Le cellier est mentionné dans l’aveu du début du XVIIIe siècle retranscrit pour cette étude. L’aménagement observé pour la conservation du vin semble toutefois dater de la première moitié du XIXe siècle. La longue grange a été construite d’un seul tenant en 1717, en témoigne la grande homogénéité des datations dendrochronologiques effectuées sur les puissants entraits de sa charpente. Les deux linteaux testés s’avèrent des réemplois issus d’un édifice médiéval. Une activité industrielle est développée dans une partie de la grange au XIXe siècle.

Dans l’angle est de la ferme, les vestiges d’une tour restent indatés : la tour peut résulter d’une demeure médiévale démolie, ou simplement d’une volonté de marquer la ferme moderne d’une construction symbolisant son pouvoir seigneurial.
 

Abstract

The Bois Briard farmstead at Courcouronnes, Essonne, is a large farm of the closed-courtyard type. Its name is derived from its 12th-century possessors. The buildings investigated are a wine cellar, a 13-bay barn and the vestiges of a tower. The cellar is mentioned in an early 18th-century written recognition (aveu) of which a transcription has been made available for this article. However, the existing wine-preserving installation appears to date from the first half of the 19th century. The overlong barn was built in a single block in 1717 as evinced by the highly homogeneous dendrochronological datings carried out on the massive tie-beams of its trusses. Two lintels that were examined turned out to be reused material from a mediaeval edifice. Part of the barn was converted into an industrial workshop in the 19th century.

The tower found in the eastern corner of the courtyard remains undated: it may be left over from a demolished mediaeval residence or simply be a manifestation of the will to adorn the new farm with a building symbolizing seigneurial authority.

 

 

introduction

La ferme de Bois-Briard se trouve dans la commune de Courcouronnes, dans le nord-est du département de l’Essonne. Le port de Corbeil-Essonnes, situé 4 km à l’est, reliait Courcouronnes à Paris via la Seine.

De nos jours totalement intégrée dans l’agglomération parisienne, la ferme était jusqu’au milieu du XXe siècle isolée à quelque 800 m au nord-est du village. L’autoroute A6 la borde aujourd’hui (fig. 1).

Fig. 1 - Localisation de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne, sur le fond de carte au 1/25000e de l’IGN (Mehdi Belarbi, Inrap).

Géomorphologiquement, le site est implanté sur un plateau à l’ouest de la vallée de la Seine, plateau composé par les couches du calcaire de Brie surmonté d’argile à meulière. Nous sommes en limite est du Hurepoix, région naturelle au sol marneux, sablonneux et argileux, supportant bois et friches sur ses parties sèches, grande culture ailleurs [1].

La ferme du Bois-Briard se présente comme une vaste maison paysanne à cour fermée (fig. 2), selon la typologie de l’école de géographie rurale française. Le logis du maître et une remise occupent le pan ouest de ce quadrilatère. Les côtés nord, est et sud étaient occupés par les bâtiments d’exploitation et des logements pour ouvriers agricoles.

Fig.2 - Vue de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne Google Earth.

Seul le côté nord de la ferme est menacé de destruction par le projet d’aménagement, aussi notre étude ne porte-t-elle que sur les trois bâtiments anciens qui le composent : un cellier, une grande grange et les vestiges d’une tour dans l’angle nord-est.

Cette série de bâtiments anciens est enserrée par de nombreux appentis qui, faute de temps, n’ont pas été retenus pour notre étude d’architecture vernaculaire.

Historiquement, Courcouronnes est mentionné pour la première fois dans un acte du Xe siècle. Thion 1er y aurait une demeure. Au XIe siècle, la lignée Briardus aurait possédé le fief et donné son nom au lieu actuellement nommé Bois-Briard (Lebeuf, 1757, p. 244).

Début XIIIe siècle, la cure de Courcouronnes est attribuée à l’abbaye Saint Victor de Paris. Des actes du XVe siècle la dénomment « Ecclesia parochialis St Guinaili de Corcorona ». Le lieu-dit Saint Guenault est voisin et distant de seulement 400 m au nord de la ferme du Bois Briard.

Les aveux et dénombrements permettent de suivre la transmission du fief du Bois Briard jusque 1598, date à laquelle Nicolas le Bailleul l’aîné, décrit « le fief, terre et seigneurie de Boisbriard et Courcouronne autrement dit le Plessis Briard à cause du chasteau de Corbeil, scis en la chastellenie dudit Corbeil, lequel fief consiste en un chastel qui est de present en ruine et en maisons, granges, estables, coulombier, cour et jardin contenant deux arpens de terre ou environ avec haulte, moyenne et basse justice. »

Sous le règne de Louis XIII, Charles de Bailleul, Grand Louvetier de France, jouit de ce fief. Nicolas de Bailleul, revêtu du même office sous Louis XIV, lui succéda et mourut en 1683 (Lebeuf 1757, p. 245).

La Communauté d’agglomération Évry Centre Essonne, propriétaire de la ferme du Bois-Briard, souhaitant procéder à la démolition du pan nord de la ferme, en vue de l’aménagement d’une salle culturelle et de la réfection de la cour intérieure de la ferme, la DRAC Île-de-France a prescrit une opération d’étude du bâti des édifices voués à la destruction, ainsi que des sondages archéologiques au sol dans la cour de la ferme et dans les jardins jointifs au nord, sur une surface de plus d’un hectare.

Cette mission de diagnostic fut confiée et exécutée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives, fin novembre et décembre 2013.

Des observations du bâti ont pu être menées sur environ 450 m2 de bâtiments. Seuls les résultats liés aux bâtiments en élévation font l’objet de cet article.

 

I - LE CELLIER (fig. 3 et 4)

Fig. 3 - Plan et coupe du cellier disposé dans l’angle nord de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne (relevés Mehdi Belarbi et Arnaud Prié, Inrap).

 

Fig. 4 - Le cellier de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

Description

On accède à la ferme par son angle nord. Un petit bâtiment d’habitation en pierre et plâtre jouxte le côté est de cette entrée. Axé sud-ouest / nord-est, ce bâtiment de 13 x 4 m dans œuvre montre un entresol à usage d’habitation. Ce logement ayant récemment été refait à neuf, nous n’avons pas souhaité le dégarnir pour l’étudier.

Seule la cave entresolée a fait l’objet d’observations et d’un sondage archéologique.

Un escalier rentrant droit, composé de 4 marches, permet d’accéder au cellier depuis le côté cour. Le cellier est donc ouvert côté sud-ouest. Trois des quatre marches sont faites de grandes dalles de grès équarries [2], assisées sur 10 cm de pierres liées au plâtre. Un ciment gris forme ou recouvre la marche la plus au sud. Une porte composée de deux volets de bois de chêne protège l’ouverture haute de 180 cm et large de 110 cm. Les deux premiers tiers du cellier sont reliés au derniers tiers par un passage au travers d’un important mur porteur.

Le premier cellier (longueur 805 x largeur 345 cm dans-œuvre) présente un sol sableux à l’altitude de 79,25 m NGF, soit 60 cm plus bas que le niveau de la cour. Cette faible profondeur définit un cellier plus qu’une véritable cave.

Les murs latéraux sont hauts de 120 cm, composés de 7-8 assises de moellons de grès équarris et de meulière, liés par un mortier sableux jaune. Aucun enduit n’est noté. Le mur ouest [3] mesure 1 m d’épaisseur. L’angle sud-ouest de la cave est fortement raboté, sans doute pour moins gêner le passage des engins agricoles à leur entrée dans la ferme.

Une voûte en anse de panier repose sur les murs latéraux. Elle est construite de petits moellons (meulière, calcaire, grès) noyés dans un mortier jaune clair. Le même mortier semble avoir servi d’enduit. La hauteur sous voûte est de 190 cm.

Deux aménagements particuliers sont visibles dans le premier cellier.

À 25 cm de chaque mur latéral, le sol du cellier est garni d’une paire de « rails » maçonnés (F. 28), composés de grandes dalles de grès scellées de champ. Au sein de chaque paire, 25 cm d’intervalle sépare les deux rangs de dalles. Les dalles monolithiques en grès ont une longueur de 60, 80, plus fréquemment 100 cm, au maximum 125 cm, pour une largeur de 35 cm et une épaisseur de 12 à 20 cm. Un liant de plâtre blanc les lie par leurs petits côtés. Le côté supérieur de ces dalles est plus haut de 20 cm que le sol du cellier.

Le sol de ce cellier (F. 29) a fait l’objet d’un sondage manuel (fig. 4). Au centre de chaque paire de dalles, des moellons de grès enfoncés dans le sol, participent au calage des dalles fichées de champ. Le substrat de limon argilo-sableux enrichi de cailloutis siliceux est atteint dès 20 cm de profondeur. Sur celui-ci, reposent divers sols et surfaces de circulation, contenant des fragments de plâtre, du sable, de la houille, des éclats de grès … Quelques artefacts sont issus de ces sols, piégés derrière ou entre les rangs de dalles en grès : nombreux fragments de bouteilles en verre, un fragment de sinot en grès brun du Bessin, un fragment de tasse en porcelaine opaque moulée et un fragment de poêlon à glaçure marron. Une datation du XIXe siècle est avancée pour ces éléments.

La paroi ouest du premier cellier est également équipée d’un porte-bouteille, long de 5 m.

Cet aménagement domestique large de 75 cm, est composé de trois planches [4] multi perforées tous les 5 cm, de trous de 4,25 cm de diamètre. Ces planches sont posées sur des fers plats scellés dans les murs à 1 m au dessus du sol, et suspendus à la voûte par des tiges en fer avec boulons et écrous.

Un épais mur (largeur 150 cm) construit de moellons (20-40 cm) de grès et meulières liés par un mortier de chaux jaune, sépare ce premier grand cellier, du second cellier construit dans son alignement nord-est. Une porte (93 x 200 cm) permet d’accéder au travers de ce mur à un second espace de stockage.

Le second cellier (fig. 3) mesure 305 x 380 cm dans-œuvre. Ses parois et sa voûte sont identiques à celles du premier cellier. Son sol est bétonné. Le côté nord-est de ce cellier est équipé d’un jour (91 x 52 cm) positionné à 103 cm au dessus du sol actuel. Une étagère métallique est également disposée à 100 cm de hauteur sur ce petit côté nord-est.

Interprétation

La faible profondeur de ces deux espaces de stockage définit un cellier, plutôt qu’une véritable cave.

« Cellier, lieu où l’on serre les provisions, sur-tout pendant les grandes chaleurs. On le fait un peu plus bas que le rez de chaussée, en quoi il diffère de la cave. Il y a des celliers voûtés, ce qu’on y met se conserve bien mieux : la porte du cellier doit être tournée s’il se peut au Nord ou au Couchant, afin que durant les grandes chaleurs il y entre toujours un air frais qui conserve ce qu’on y met. » (Aubert de la Chesnaye des Bois 1751, tome 1, p. 201)

« Dans les localités trop basses ou trop humides, le cellier sert de cave ; on tache seulement qu’il soit enfoncé autant que possible, bien voûté, ou au moins à l’abri de la gelée ; alors on pourrait élever un bâtiment au dessus pour magasin ou grenier. » (De Fontenay Royer, 1836, p. 105).

De fait, nous n’avons personnellement jamais observé de caves, dans les grandes fermes que nous avons étudiées dans la Brie : la ferme Sassinot à Roissy-en-Brie, la ferme des Copeaux à Combs-la-Ville, la ferme de la Haute Maison à Champs-sur-Marne, … (Dufour 2015).

Le sol de cette partie du Hurepoix, composé de marnes à meulière rapidement atteint, ne se prête vraisemblablement pas non plus à de bonnes caves pour la conservation du vin [5].

Tous les auteurs anciens recommandent une ouverture au nord pour les lieux de stockage des denrées alimentaires : greniers, chambres à légumes, caves et celliers doivent s’y plier, car le froid est favorable à la préservation des denrées alimentaires, tandis qu’une ouverture au midi favorise la fermentation et la multiplication des insectes destructeurs.

Il faut bien avouer que l’ouverture au sud-ouest du cellier de la ferme du Bois briard, n’est, selon les auteurs anciens, guère favorable à la préservation des vins. Seule la préservation de l’huile (Vitruve, Livre VII, chap. IX) et celle des légumes-racines (De Roville 1834, p. 327) nécessite une ouverture préférentielle au sud.

Et pourtant… les aménagements observés dans le premier cellier sont caractéristiques des lieux destinés à la conservation du vin. En témoigne, l’ouvrage « La Maison rustique des dames » [6], de Cora Millet-Robinet :

« Le sol des caves doit être propre, uni et sablé, s’il est possible… . Les caves doivent aussi être munies de planches à bouteilles percées de trous.

Il faut organiser dans la cave un chantier pour ranger les barriques ; ce chantier se compose de deux madriers posés bien d’aplomb, à la distance de 50 cm l’un de l’autre. S’ils n’étaient pas assez épais pour permettre de placer une bouteille devant la barrique lorsqu’on tire le vin, on les exhausserait au moyen de pierres de taille ou de morceaux de soliveaux. Ainsi disposées, les barriques sont dans la meilleure condition pour leur conservation.

…Il est convenable de diviser la cave en deux parties : l’un des côtés est réservé aux vins fins, l’autre aux vins d’ordinaire et aux autres objets qu’on dépose dans la cave. Ces deux parties doivent être fermées à clef.»

(Cora Millet-Robinet, 1857 – La Maison rustique des dames. Tome 1, p. 122 et suiv.)

Les deux paires de dalles de grès disposées le long des parois du premier cellier correspondent au chantier destiné à surélever et manipuler plus aisément les barriques (fig. 5).

Fig. 5 - Intérieur d’une cave avec son installation complète. Extrait du « Plan de Paris & de l’exposition Beaux-Arts-Industrie » par Agnus Ainé, 1878.

Nous avons pu observer en août 2013, des barriques surélevées de la même façon, dans les caves du bistrot Marlinge [7], établissement traditionnel situé au 5, boulevard Victor Hugo à Clichy-la-Garenne.

Si communes que soient ces installations dans le grand sud-ouest de la France, elles ont très largement disparu en Île-de-France, autrefois premier vignoble du royaume, c’est pourquoi nous les décrivons.

La division de l’espace en deux celliers fermant à clef, les aménagements du premier cellier, la nature sableuse du sol rapporté et la présence de nombreux fragments de bouteilles le long des parois du premier cellier nous permettent avec facilité d’interpréter ces lieux comme celliers à vin. L’ouverture au sud-ouest étant défavorable à ce type de stockage, peut être ce lieu réutilise-t-il une ancienne cave à légumes ?

Dans les maçonneries et les équipements de ces celliers, l’emploi plus fréquent de mesures appartenant au système métrique, qu’à celui de l’Ancien régime, suggère une datation contemporaine de ces celliers à vin, peut être vers le milieu du XIXe siècle.

Le bâtiment hébergeant les celliers est logiquement plus ancien.

 

II - LA GRANGE (fig. 6)

Fig. 6 - Plan détaillé de la grange de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne. © Mehdi Belarbi et Jean-Yves Dufour, Inrap.

Le pan nord de la ferme du Bois Briard est principalement occupé par une grande grange de 13 travées. Des bâtiments en appentis sont par ailleurs venus s’appuyer aussi bien sur la façade coté cour de la grange, que sur toute la longueur extérieure nord de la grange.

Le temps nous étant compté, nous avons choisi de délaisser les appentis pour nous concentrer sur la grange, bâtiment le plus nécessaire et emblématique de l’économie céréalière.

Description générale

La grange a une longueur maximale de 42,8 m dans-œuvre, c'est-à-dire 22 toises. La mesure hors-œuvre de 43,6 m (soit 134 pieds) est plus incertaine car l’épaisseur réelle des murs pignons nous échappe. Dans le tiers ouest, où elle semble la moins remaniée, la grange mesure 7,1 - 7,2 m de largeur dans-œuvre, soit 22 pieds.

En son état de fin 2013, le sol de la grange est intégralement bétonné. La charpente à fermes repose sur des entraits positionnés à 4,8 m de hauteur (mesure sous entrait).

Une forte occupation industrielle a largement dénaturé maints pans de ses murs, les baies sont multipliées et la lecture de cet édifice en est complexifiée.

Plutôt que de retranscrire nos observations faites au détail sur chaque segment de mur, nous choisissons ici de synthétiser ce que nous avons perçu de l’évolution de cet édifice.

II. 1 - La grange d’origine

Le bâtiment a été construit d’un seul tenant, en témoigne la datation dendrochronologique homogène des dates d’abattage des dix entraits datés. Les entraits ont un espacement régulier de 3,25-3,3 m (10 pieds), sauf les deux entraits appuyés sur la tour circulaire positionnée dans l’angle est de la ferme, entraits séparés seulement de 2,7 m. L’ancienne tour est donc intégrée au bâtiment de stockage, dès la conception de celui-ci, et non par un ajout postérieur, comme le plan le laissait suggérer.

Les murs de la grange sont composés de moellons de grès (20-40 cm) et meulière (10-20 cm), liés par un mortier sableux jaune (maçonneries H et 2G, fig. 6). Ces murs étaient logiquement tendus par des jambes harpées espacées de 290 cm (9 pieds), larges de 60 cm, composées d’assises de gros carreaux (55 x 20 à 34 cm) de grès disposés en carreaux et boutisses, avec blocage de petits moellons de meulière liés au mortier de chaux sableux jaune (maçonnerie 2G). Ces jambes pouvaient se prolonger à l’extérieur de la grange sous forme de contreforts [8].

La grande longueur du bâtiment, nécessitait l’usage d’au moins deux, si ce n’étaient trois portes charretières.

Une seule porte est encore reconnaissable (fig. 7). La quatrième travée (à partir de l’ouest) a en effet conservé trois des quatre piédroits nécessaires à sa stabilisation (les jambes L, K et Q, visibles sur la figure 6).

Fig. 7 - Un des accès à la grange du XVIIIe siècle (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

La porte d’accès côte cour est large de 290 cm. Un linteau est conservé à 490 cm de hauteur (15 pieds). Face à cette porte d’entrée dans la grange depuis la cour, une baie marque le mur nord.

Cette porte (maçonnerie M) est large de 320 cm. Un linteau d’un pied de section est positionné à 280 cm de hauteur. Cette hauteur moindre est dans la norme pour une porte de sortie (d’un attelage déchargé de ses gerbes). La datation dendrochronologique précoce [9] de ce linteau indique, qu’il s’agit d’une pièce de récupération issue d’un édifice médiéval.

Tout le long du mur gouttereau sud très remanié, plusieurs travées présentent les vestiges d’une éventuelle autre porte charretière. Le mur des travées 9 et 10 est composé de la maçonnerie d’origine liée au mortier sableux jaune, aussi ne retenons-nous pas l’hypothèse d’un emplacement d’une ancienne porte, malgré la présence de jambes harpées débordant à l’extérieur sous forme de contrefort (fig. 6).

Deux jambes harpées encadrent le mur gouttereau sud de la huitième travée. La jambe la plus à l’ouest (maçonnerie 2J, fig. 6) est remaniée sur 3 m de hauteur, mais bien conservée au dessus. L’extrémité supérieure de ce pilier est chanfreinée. Entre ces deux jambes, la maçonnerie (2K) liée au plâtre blanc ne semble pas d’origine.

La septième travée (maçonneries T, 2I et 2J, fig. 6) est totalement remaniée.

Les ouvertures d’un bâtiment étant les points de construction les plus fragiles et les plus remaniés, on peut supposer qu’une deuxième porte charretière permettait l’accès depuis la cour au travers de la septième ou de la huitième travée. Nous n’avons toutefois pas plus d’arguments.

L’étude cartographique des plans anciens permet de distinguer la grange de l’aile nord de la ferme par la largeur du bâtiment figuré. Les plans ne sont toutefois pas suffisamment précis pour figurer les ouvertures.

Et pour cause… un aveu et dénombrement du XVIIIe siècle [10] nous indique que les granges à bleds et avoine sont dès le XVIIIe siècle supports de petits bâtiments d’élevage disposés en appentis.

A costé sont les granges de la ferme au long desquelles sont plusieurs petites estables, toits à porcqs, poullailliers et au-dessus une petite volliere bastarde

Autrement dit, les appentis transformés en logements à l’époque contemporaine, sont bien présents avec une fonction agricole, sans doute dès l’origine de la grange. La carte postale illustrant partiellement les pans ouest et nord de la ferme du Bois Briard, montre une grange dans un état finalement très proche de celui du début du XVIIIe siècle (fig. 8).

Fig. 8 - Mise en perspective du pan nord-est de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne. © Cliché Jean-Yves Dufour, plan Mehdi Belarbi, Inrap et carte postale phototypie Combier - Mâcon.

Calculs de production

Une grange est proportionnée aux grains qu’on récolte, donc à l’étendue de son domaine agricole.

Dans son état ancien, la grange est longue de 13 travées. Si l’on déduit deux travées utilisées pour la circulation et le battage du grain, alors 11 travées sont disponibles pour le stockage des gerbes. Ces 11 travées donnent un volume de 1237 m3 disponibles [11].

Selon l’étude de métrologie réalisée sur les granges en France (Brunet et Dionnet 1986), la grange de la ferme du Bois Briard permettrait le stockage des gerbes produites sur un domaine agricole estimé entre 124 et 155 ha.

Selon le Cours complet d’agriculture (1805), chaque travée de grange permet le stockage de 8000 gerbes, soit la production de 13 ha. Les onze travées correspondraient effectivement à un domaine agricole de 143 ha.

L’important espace sous comble [12] permet toujours le stockage d’un important surplus de 411 m3.

Un aveu et dénombrement de la terre et seigneurie du Bois Briard et Courcouronnes, leurs appartenances et dépendances, donné par Nicolas le Bailleul l’aîné, le 25 juin 1598 (copie du XVIIIe siècle) (AD91, B823), fait état d’un domaine de 372,5 arpents de terres labourables, soit 157 ha si nous retenons la mesure de l’arpent commun (42,21 ares).

La grande grange de 13 travées semble donc parfaitement adaptée [13] à la taille du domaine agricole lié au Bois Briard.

L’aveu du XVIIIe siècle distingue les granges à bled et avoines ; la césure lisible par le petit mur de refend (maçonnerie O) positionné entre la 6e et la 7e travée, c'est-à-dire à 19,5 m (10 toises ou 60 pieds) du mur ouest, peut résulter d’une division partielle de la grande grange.

La charpente (fig. 9)

Fig. 9 - Coupe de la charpente de la grange de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, (relevés Mehdi Belarbi, clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

La charpente de la grange est relativement simple, composée de fermes à arbalétriers sur entrait et à poinçon court sur faux-entrait. Les arbalétriers sont encastrés dans des entraits reposant au sommet des murs gouttereaux. Les entraits, longs de 7,8 m (4 toises), sont des bois de brin en chêne [14], de 40 à 50 cm de section. Des tirants métalliques les ancrent aux murs. Les arbalétriers, insérés à 45° dans le poinçon, dessinent une toiture à angle droit. À une toise de hauteur, un faux-entrait long de 3,3 m (10 pieds) et soutenu par des aisseliers renforce ce comble haut de 2 toises. Des liens reliant les poinçons à la panne faitière contreventent le tout.

À des fins de datation dendrochronologique, onze prélèvements ont été réalisés dans la charpente, par la société Dendrotech [15]. Les entraits des fermes 1, 2, 4, 8, 9, 10 et 11 (numérotation depuis le nord-ouest) ainsi que le faux-entrait de la 9e ferme ont livré une datation acquise pour un abattage en automne-hiver 1716-1717. Cette datation est retenue pour la construction de la grange.

Fig. 10 - Vue des prélèvements dendrochrologiques en cours par Dendrotech (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

Sur le pan ouest de la grange, une forte sablière haute posée sur le mur gouttereau, et sous le 5e entrait, nous laisse interrogateur. Le prélèvement dendrochronologique effectué dans cette sablière n’a pas donné de résultat. Cette absence de datation ne nous aide pas pour tenter d’expliquer la fonction de cette pièce de charpente.

Dans les travées 7, 8, 9 et 10, soumises à fort remaniement durant la phase industrielle, de fausses jambes de force sont venues renforcer la liaison entrait/faux-entrait et sans doute participer au cloisonnement du grenier.

Un poteau de bois posé sur un dé en béton vient renforcer le 7e entrait en son milieu (fig. 6).

II. 2 Les aménagements de l’époque contemporaine

Les traces d’une occupation industrielle

Nous ne sommes pas qualifié pour apprécier pleinement l’intérêt des vestiges industriels observés dans la grange de la ferme du Bois Briard.

On note toutefois la nécessité du remplacement du cinquième entrait de bois par une solide poutre en fer. L’appentis se trouvant au nord des travées 7, 8, 9 et 10 montre la trace d’arrachement de vestiges donnés comme ceux d’une forge. Aussi, c’est toute la liaison entre la grange et cet appentis nord, qui a été entièrement reconstruite. Les pans nord des travées 7, 8, 9 et 10 (maçonneries 2A, 2B et 2C) sont franchement contemporains (fig. 11) ;

Fig. 11 - Les marques de l’occupation industrielle d’une partie de l’ancienne grange (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

- le mur 2A est épais de 50 cm, lié et enduit de plâtre blanc fin ;

- la porte 2B est haute de 250 cm sous linteau en métal ;

- la maçonnerie 2C est un mur de briques creuses, disposé sous quatre poutrelles métalliques en I ;

- un poteau en fer vient remplacer l’ancien mur pour soutenir l’extrémité nord du huitième entrait ;

- la partie supérieure de tout le pan nord des travées 7, 8, 9 et 10 est perforée de quatre grandes (200 x 150 cm) baies vitrées avec châssis de fer ;

- les anciennes jambes harpées de la grange (maçonneries 2G) sont fortement noircies, par une activité sans rapport direct avec la fonction habituelle d’une grange ;

- la grange est réduite par l’ajout d’une cloison maçonnée (maçonnerie 2F, fig. 6) sous l’entrait situé entre les 9e et 10e travées. De cette grange réduite à 33 m (soit 100 pieds), nous supposons que quatre travées (c'est-à-dire 40% de sa surface) au moins sont utilisées à des fins industrielles.

La division de la grange est peut-être également marquée côté ouest, par la reprise en briques (maçonnerie T, fig. 6) de la limite entre les travées 6 et 7.

Dans la littérature, la ferme du Bois Briard est surtout célèbre par la famille Decauville, présente sur le site comme exploitant depuis 1750. En 1830, M. Decauville aîné achète les bâtiments et reprend la culture comme fermier. Propriétaire de la moitié de la ferme au milieu du XIXe siècle, il se fait le promoteur de la distillerie agricole. En 1857, la distillerie Champonnois installée dans la ferme, lui vaut la grande médaille d’or du concours agricole [16]. La cheminée de cette distillerie agricole est encore visible dans les cartes postales du début du XXe siècle, sur le pan extérieur nord de la ferme. Une telle activité peut expliquer les nombreux réaménagements observés, ainsi que le noircissement d’une partie des murs de la grange.

Les traces de stabulation

Bien que la ferme soit dotée de plusieurs bâtiments de stabulation dans ses pans est et sud, les traces d’une telle activité sont également perceptibles dans la grange.

Dans les deux premières travées les plus à l’ouest, trois faits suggèrent le logement animal.

- Les portes A et C (fig. 6) correspondent à des portes bétaillères [17]. Deux pièces de bois (diamètre 4,5 cm) scellées horizontalement à 145 cm de hauteur dans la condamnation de la porte C, évoquent tout à fait les supports de selles usuellement rencontrés dans les écuries.

- Le mur pignon ouest de la grange (H) et le mur nord de la première travée (maçonnerie I, fig. 6) voient leurs soubassements repris, reparementés et rejointoyés au ciment sur 100-120 cm de hauteur. Cette reprise peut avoir été effectuée après l’arrachement d’auges murales. À 145-150 cm au-dessus du sol, des paires de fers plats étaient scellés dans les murs. Peut-être ces « moignons » de fer résultent-ils de râteliers récupérés ?

- Sous les deux premiers entraits de la charpente, quatre piliers maçonnés sont ajoutés, accolés aux murs sud et nord de la grange. Ces piliers (maçonneries B, D, E et F) sont hauts de 220 à 245 cm (en moyenne 7 pieds), larges de 50 cm et profonds ou épais de 33 cm (1 pied). Ils sont composés d’un petit appareil de meulière lié au plâtre. Ces piliers ont pu servir de supports à un plancher aujourd’hui disparu. Au-dessus d’un espace de stabulation, un plancher sert au stockage de la paille pour la litière, et/ou au stockage du fourrage.

Ces faits suggèrent fortement une stabulation dans les deux premières travées de l’ancienne grange. L’usage de mesures liées à l’Ancien régime (pieds et toises) et celui de mesures métriques, nous invite à une datation de ce secteur de stabulation au cours de la première moitié du XIXe siècle.

Une datation dendrochronologique du linteau de la porte bétaillère (maçonnerie C) a été tentée ; la datation obtenue (1523-1553) indique que le linteau est une pièce réemployée, ce qui ne nous éclaire guère sur la datation précise de l’aménagement de cet espace de stabulation.

Un grenier (fig. 12)

Fig. 12 - Détail du cloisonnement sur le 9e entrait de la grange de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne (relevé Mehdi Belarbi, DAO Iliana Pasquier, clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

Description

Les trois travées les plus à l’est sont les moins accessibles de la grange. Articulées sur une tour circulaire pré-existante (fig. 6), elles sont également les plus étroites. Le fort réaménagement récent [18] de ce secteur ne permet pas de déterminer l’accès d’origine à ces trois travées.

Au XIXe siècle, ces trois travées au levant sont retranchées de la grange initiale, par l’ajout d’un mur de refend, sous et sur le neuvième entrait.

Le mur 2F (fig. 6 et 12), construit pour isoler le quart est de la grange, est épais de 50 cm, composé de moellons de meulière et de grès liés et enduits au plâtre blanc. Une porte large de 135 cm et haute de 220 cm est ouverte au travers de ce mur. Le linteau utilisé mesure 195 cm (1 toise). Cette porte présente les dimensions d’une porte à bétail.

Sous l’entrait (2M), le nouveau mur 2F réserve un coffrage de 50 x 50 cm, aménagé de bastaings et de deux tiges filetées avec écrou dans sa partie inférieure. Les parois de cette ouverture sont enduites d’un plâtre fortement marqué par la chaleur. Nous supposons qu’un conduit métallique de section carrée empruntait ce passage. Peut être évacuait-il des vapeurs produites par la distillerie agricole ?

Sur l’entrait, un plancher de bois est observable (fig. 12). Le plancher fossilisé sur la largeur de l’entrait, est composé de lattes de bois longues de 400 cm, reposant sur des solives et une maçonnerie de petits moellons liés au plâtre blanc à très fines inclusions. Les lattes sont clouées avec des clous de section et tête circulaire, c'est-à-dire, avec des clous industriels. Sous le plancher, de la balle [19] de blé est utilisée comme isolant (fig. 13).

Fig. 13 - Balle servant d’isolant sous le plancher aménagé dans une partie de la grange (cliché Jean-Yves Dufour, Inrap).

Sur le plancher de bois, un muret (2P) haut de 25 cm est construit [20] sur toute la longueur de l’entrait (la largeur de la grange).

Enfin, sur ce muret est élevée une cloison (2Q) maçonnée. Cette cloison s’élève à 390 cm de hauteur (2 toises), jusque sous les arbalétriers. Une porte (160 x 100 cm) ouverte au travers de la cloison, assurait toutefois la liaison entre les greniers construits de part et d’autre du 9e entrait.

Interprétation

Sans doute postérieurement à l’épisode industriel du milieu du XIXe siècle, une nouvelle installation agricole est notée dans le tiers est de l’ancienne grange.

Un plancher de bois est installé sur les entraits, c'est-à-dire à 5,2 m de hauteur par rapport au sol (actuel) de la grange. Ce plancher s’étendait au moins sur la longueur des travées 9 à 13, en témoignent des traces de solivage observées sur les entraits des 8e et 9e travées. Par ailleurs le poteau de bois posé pour renforcer le 7e entrait peut aussi s’expliquer par le rajout d’un grenier.

On ne sait où était situé l’escalier d’accès à ce grenier.

Les agronomes anciens s’accordent pour dire que l’emplacement d’un grenier dans l’aile nord est idéal pour la préservation des grains. Les lucarnes visibles sur le pan nord-est de la toiture (fig. 14) furent sans doute réalisées pour l’aération de ce grenier.

Le muret, haut de 25 cm et bâti sur le plancher, peut répondre à la nécessité de compartimenter les grains.

L’installation d’un nouveau grenier dans l’angle est de la grange, va peut-être de pair avec l’installation d’un manège à battre dans l’angle est de la ferme.

 

III - LA TOUR (fig.14)

Fig. 14 - Vestiges de la tour circulaire localisée dans l’angle est de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne. (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

Description

L’angle intérieur est de la ferme est marqué par les vestiges cimentés d’une construction circulaire, conservée sur 7 m de son pourtour. En 2013, une porte ouverte dans l’angle nord-est de la tour, permet le passage vers les travées de grange.

La tour restituée avait un diamètre interne de 6,5 m (20 pieds) et un diamètre externe de 7,8 m (24 pieds ou 4 toises). Seul le pan nord-est, correspondant à un tiers de la circonférence de la tour, était préservé sur 5 m de hauteur. Les deux entraits de la grange du début XVIIIe siècle, viennent s’encastrer dans ce pan de tour, nous donnant ainsi une datation relative (fig. 14).

Les sols bétonnés de part et d’autre de l’ancienne tour, ainsi que la présence de bâtiments englobants toujours reliés aux fluides, ne nous ont pas permis de sonder au pied de la tour, pour rechercher des niveaux de sol éventuellement conservés.

Nos observations du bâti sur cette tour, observations réalisées à hauteur d’homme, ont amené à la mise au jour d’une porte ancienne (porte 1) localisée dans le segment est de l’ancienne tour (fig. 15).

Fig. 15 - La porte ancienne au travers de la tour localisée dans l’angle est de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

Cette porte est voûtée en plein cintre, haute de 170 cm par rapport au sol actuel [21].

Sa largeur est de 97 cm (3 pieds). La voûte est constituée de quinze claveaux en meulière (20-25 x 7 à 11 cm), liés par un plâtre blanc gris clair [22]. Les claveaux reposent sur des sommiers composés de moellons de grès (20 à 20 cm x 15 cm). Les parois de la porte étaient enduites de plâtre blanc à menues inclusions de gypse et charbon.

Lors de sa phase d’abandon, les parois de la porte ont été piquetées pour favoriser l’accrochage du mortier contenu dans la condamnation. La maçonnerie de ce rebouchage est formée de moellons de meulière liés au mortier jaune.

Sur sa face extérieure, la tour montre également une série d’anciennes baies (fig. 16).

Fig. 16 - Les baies ouvertes dans l’ancienne tour localisée dans l’angle est de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes, Essonne (clichés Jean-Yves Dufour, Inrap).

Dans le segment extérieur est de la tour, une ouverture haute de 100 cm et large de 80 cm a partiellement été dégagée (porte 2). Les piédroits de cette ouverture sont assisés de moellons de grès et de meulière liés au mortier de chaux sableux jaune. Un linteau de bois (long de 140 cm ?) soutenait cette ouverture.

Sous la baie, quatre bastaings en bois (section 18 x 9 cm) ont un temps été fichés horizontalement. Ils signalent un plancher à seulement 210 cm du sol actuel. Les négatifs liés à leur arrachement sont remplis de balle de céréale.

Cette ouverture est logiquement intervenue tardivement dans l’histoire de la tour, et postérieurement à l’installation de la grange. Une datation de l’époque contemporaine est plausible.

Dans le segment extérieur nord-est de la tour, au-dessus de la porte permettant la liaison entre l’intérieur de la tour et les dernières travées de la grange, une troisième ouverture (porte 3) est visible malgré sa condamnation. Aucun travail de décroutage ne nous était possible à cette hauteur.

La baie mesure approximativement 120 cm de hauteur et 100 cm de largeur.

Enfin, en limite extérieure nord de la tour, une ancienne porte peut encore être distinguée.

Le seuil de cette quatrième porte est situé à 270 cm du sol actuel. Cette baie serait haute de 250 cm et large de 100 cm.

Interprétation

Aucun élément caractéristique d’un pigeonnier n’est observable dans cette tour : ni le sol, ni le pan sud censé accueillir les ouvertures, ni la corniche saillante destinée à prévenir des prédateurs… ne sont conservés.

Les boulins de pigeons, constructions en creux faites à l’intérieur des murs du pigeonnier, fragilisent ses parois. Si cette tour fut un pigeonnier, alors le scellement de deux gros entraits de grange, eu logiquement nécessité une importante reprise que nous n’avons pas non plus observée.

Dans l’aveu et dénombrement du XVIIIe siècle, le pigeonnier est indiqué comme étant en position centrale de la cour. Un bâtiment carré, isolé dans la cour, est d’ailleurs visible sur le plan de la châtellenie de Bondouffle circa 1731 (fig. 17).

Fig. 17 - La ferme du Bois Briard sur un extrait du plan de la châtellenie de Bondoufle 1730 ca (AD91 - E 2938).

Si l’on suppose que la porte voûtée est contemporaine de la première utilisation de la tour, ce qui n’est pas prouvé, alors son ouverture vers l’est, est également incompatible avec celle d’un pigeonnier, qui doit s’ouvrir vers la maison du maître, demeure qui dans le cas de la ferme du Bois Briard est pré-supposément située à l’ouest.

Il est toujours possible d’imaginer que cette tour appartient à un édifice antérieur, d’implantation largement décalée par rapport à la ferme actuelle.

L’aveu transcrit relate en effet, La place ou estoit anciennement le chasteau du Bois Briard de present en ruine jusque à rez de chaussée. (AD91, B823).

Puis suit l’énumération des bâtiments de la ferme, qui est donc logiquement située en dehors de l’ancien château.

La seigneurie du Bois Chaland à Lisses (Essonne) est historiquement liée à celle du Bois Briard de Courcouronnes.

Le site du Plessis-Bois-Chaland a été fouillé en 2008 par Laure Cissé [23]. C’est un habitat rural seigneurial établi au XIIe siècle. Au Moyen Âge classique, il se caractérise par un long bâtiment (18 m), des structures en creux et un réseau de fossés drainants. Par la suite, l’habitat est matérialisé par une grange, un colombier, un corps de logis et des bâtiments agro-pastoraux, le tout circonscrit par un fossé quadrangulaire qui forme une plate-forme non surélevée d’environ 3700 m². Cette deuxième étape témoigne d’une phase de restructuration de l’habitat et de ses abords, où l’habitat initial, épars, se transforme en corps de ferme structuré autour d’une cour.

Une tour vient s’implanter à l’extrémité ouest de la plate-forme en position centrale. Elle mesure 12 m de diamètre et est conservée sur une hauteur de 1,6 m (fondations incluses) pour une épaisseur de maçonnerie de 1,3 m. La technique constructive consiste en moellons de meulière de petit calibre noyés dans un bain de mortier avec un effet de parement en moellons de meulière de moyen calibre.

Cette tour est mentionnée dans les archives en tant que colombier à pied et n’apparait dans la documentation ancienne qu’à partir de la première moitié du XVIIe siècle.

La fouille de la ferme du Colombier à Varennes-sur-Seine (Seine-et-Marne) a livré une tour circulaire située dans l’angle nord-est de la ferme installée sur une plate-forme fossoyée. Le contexte d’un habitat privilégié est très similaire à celui du Bois Briard.

La tour de la ferme du Colombier servait de toit à cochons (Hurard 2012, Fig. 32 et p. 231).

Deux tours de l’enceinte du château de Louis XIII à Versailles ont été reconnues et étudiées (Dufour & Le Guillou 2008). L’une des tours, nommée « tournelle proche la porte », servait au concierge pour y entreposer un tas de bois de chauffage, des fagots, des paniers « à fiens », des futailles, des tréteaux de tables, des planches, ais, portes, etc.

Quelle qu’ait été sa fonction d’origine (habitat ou simple débarras ?), il est plus simple d’interpréter la tour du Bois Briard comme une enseigne de la féodalité, contribuant à marquer l’ancienneté du domaine. Au XVIIe siècle encore, la tour contribue à la mise en scène du pouvoir et apparaît suffisamment symbolique pour entrer encore dans un programme de construction.

Le plan de la châtellenie de Bondoufle [24] circa 1730, très finement réalisé, nous livre quelque information en ce sens.

La grange étudiée occupe le côté nord-est de la ferme. Elle est dessinée avec une largeur signalant des appentis sur toute sa façade sur cour. L’absence de construction dans l’angle est, entre la grange et les autres bâtiments de stabulation, répond à la logique d’isolement (relatif) des granges, pour limiter la propagation d’un éventuel incendie.

L’aveu du début du XVIIIe siècle (AD91, B823) mentionne :

« Tous lesdits bastimens et lieux contenant environ deux arpents de terre clos de fossez plains d’eau du costé de l’entrée seulement avec un pont-levis au milieu dudit pont ? composé de deux arches de pierre et un pont-levis avec sa bascule sur la grande porte d’entrée qui est bastie de pierre de graissierie. »

L’ancienne tour ne semble pas être mise en valeur, mais de larges fossés en eau, de part et d’autre de la porte sud équipée d’un pont-levis, sont également d’un style de construction hérité et symbolique de la puissance féodale.

 

Conclusion

Des observations du bâti ont été menées sur un cellier à vin, une grange de 13 travées et les vestiges d’une tour.

Le cellier est mentionné dans l’aveu du début du XVIIIe siècle retranscrit pour cette étude. L’aménagement observé semble toutefois dater de la première moitié du XIXe siècle.

La longue grange occupant le pan nord de la ferme, a été construite d’un seul tenant en 1717, en témoigne la grande homogénéité des datations dendrochronologiques effectuées sur les puissants entraits de sa charpente.

Les deux linteaux testés s’avèrent des réemplois issus d’un édifice médiéval.

Les sondages archéologiques ouverts au nord de la ferme du Bois Briard et dans sa cour, n’ont pourtant livré aucun vestige du Moyen Âge (Dufour 2014).

Dans l’angle est de la ferme, les vestiges d’une tour restent indatés : la tour peut résulter d’une demeure médiévale démolie, ou simplement d’une volonté de marquer la ferme moderne d’une construction symbolisant son pouvoir seigneurial.

Un œil plus averti sur les techniques agro-industrielles nous eut certainement éclairé sur certains points liés à l’histoire contemporaine de cet édifice.

 

BIBLIOGRAPHIE

Brunet et Dionnet 1986 : BRUNET (P.) et DIONNET (M.-Cl.) – La métrologie des granges en France, Cahiers de métrologie, tome 4, p. 67-73.

De Fontenay Royer 1836 : ROYER DE FONTENAY Manuel pratique des constructions rustiques. Paris, Librairie encyclopédique de Roret, 271 p.

De Roville 1834 : DE ROVILLE (A.) – De la conservation des racines, dans : Bailly C., Bixio A., Malpeyre F. (dir.), Maison rustique du XIXe siècle, tome 1, p. 326-330.

Dufour & Le Guillou 2008 : DUFOUR (J.-Y.) & LE GUILLOU(J.-Cl.), L’enceinte du château de Louis XIII à Versailles, Bulletin monumental, tome 166-4, 2008, p. 305-313.

Dufour 2014 : DUFOUR (J.-Y.) dir., Courcouronnes, rue du Bois Briard, ferme du Bois Briard, Salle culturelle – Rapport de diagnostic, Inrap Centre-Île-de-France, 132 p.

Dufour 2015 : DUFOUR (J.-Y.), Distribution de quatre maisons paysannes des campagnes du sud-est parisien, du XVIIe au début du XXe s., in Dynamique des peuplements, modes d’habitats et influences culturelles dans le sud-est de Paris du Néolithique ancien à la période moderne, Actes du colloque des 3 et 4 juin 2010 à Créteil, publiés sous la direction de Djillalis Hadjouis et Stephane Ardouin, Revue archéologique d’Ile-de-France, 2015, 3esupplément, p. 263-295.

Hurard 2012 : HURARD (S.) dir. – La ferme du Colombier à Varennes-sur-Seine – XVIe-XVIIIe siècles), Recherches archéologiques 3, CNRS éditions, 2012, 377 p. + pl.

Lebeuf 1757 : LEBEUF abbé – Histoire du diocèse de Paris, tome XI, à Paris, chez Prault père, 294 p.

Millet-Robinet 1857 : MILLET-ROBINET – Maison rustique des dames. Paris, Librairie agricole de la maison rustique, 3e édition, 1857, 524 et 620 p.

Rozier, Chaptal, Parmentier, Delalange, Mongez, Lasteyrie, Dussieux, Gilbert, Rougier de la Bergerie, Thouin, 1805, Cours complet d’agriculture, XI. À paris, 492 p.

Vitruve : VITRUVE – De l’architecture. Fac similé de l’édition de Paris, J.-B. Coignard, 1684, traduite par Claude Perrault. Bibliothèque de l’image, 1995, 329 p.

DENDROTECH™ - Fiche intitulée "Ferme du Bois Briard - COURCOURONNES (91182)" > DT-2014-005 / Jean-Yves Dufour (INRAP) / INRAP mise à jour : 15 avril 2014 URL : http://www.dendrotech.fr/fr/Dendrabase/site.php?id_si=033-11-91182-0001

 

ANNEXE

Aveu et dénombrement de la terre et seigneurie du Bois Briard et Courcouronnes, leurs appartenances et dépendances, donné par Nicolas le Bailleul l’aîné, 25 juin 1598 (copie du XVIIIe siècle) (AD91, B823)

Transcription d’Olivier Bauchet

(image 1)

Adveu et denombrement que Nicolas de Bailleul l’aisné demeurant à Paris rue d’Auron, parroise Saint-Germain-de-l’Auxerrois, sieur de Battelot-sur-la-Mer, valet de chambre ordinaire du roy, baille tant au roy nostre sire en sa chambre des comptes que à Monseigneur Maistre Nicolas de Neufville, chevallier, conseiller du roi en ses conseils d’estat et privé secrétaire de ses commandemens, seigneur de Villeroy ayant par engagement le comté et chatellenie de Corbeil, le fief, terre et seigneurie de Boisbriard et Courcouronne autrement dit le Plessis Briard à cause du chasteau de Corbeil, scis en la chastellenie dudit Corbeil, lequel fief consiste en un chastel qui est de present en ruine et en maisons, granges, estables, coulombier, cour et jardin contenant deux arpens de terre ou environ avec haulte, moyenne et basse justice.

Item en cinquant arpens de bois taillis et ormoye estant assis allentour dudit chastel,

Item en six ou sept vingts arpens de terre et prés deppendans dudit fief […]

(images 4-5)

Le fief du Plessis Briart et ses appartenances à moy de present appartenant par acquisition par moy faicte de ladite damoiselle Anne du Tillet par contract du 16e jour de juin 1598 duquel j’ay cy-devant fait foy et hommage pour moy debvoir fourny du present denombrement […]

Autre copie d’un état des lieux ou dénombrement

(dont il manque sur l’image la première ligne)

(image 6)

- La place ou estoit anciennement le chasteau du Bois Briard de present en ruine jusque à rez de chaussée.

- Une maison servant present de logement au seigneur consistant en cuisine, une deppence à costé, une fruicterie, escallier dans œuvre pour monter sur tous lesdits lieux,

- Une salle haulte, chambre à costé et chambrecte à costé de ladite chambre ayant vue sur le jardin du fermier et sur la cave [ ?].. … …… derriere tous lesdits lieux est le jardin du fermier contenant [blanc] clos de murs

- Une autre maison attenant servant de logement au fermier, consistant en cuisine fournil a costé (en marge : au-dessus duquel fournil est la chambrette cy-dessus), un escallier dans œuvre, une chambre au-dessus de ladite cuisine et un grenier au-dessus.

- A costé de ladite cuisine est la laicterie, avec un petit grenier au-dessus.

- Au bout d’une petite allée plantée d’aquatias et maroniers à costé de la grille qui a veue sur le parc est un puits et à costé, une cave (en marge : au-dessus de laquelle sont un scellier et un buscher, à costé desdits lieux sont) granges à bled et avoines, chevriers, bergeries, estables à vaches, au-dessus des greniers, toits à porcqs et poullailliers, (interligne : et au-dessus une petite voliere bastarde) remises de carrosses et petit logement pour le jardinier, tous lesdits lieux (en marge : cy-dessus designez couverts de tuilles et) faisant le circuit d’une grande cour au milieu de laquelle est un collombier à pied aussy couvert de tuilles au haut duquel est un petit dôme couvert d’ardoise, le tout contenant [blanc] ou environ, partie entouré de grands fossez pleins d’eau avec un pont levis et deux arches derriere servant de grande entrée à tous

lesdits lieux et le reste entouré de petits fossez servant de descharge aux grands fossez cy-dessus.

- devant ledit pont et fossez est un avant-corps appellé la court verte, clos de murs de toutes parts, dans laquelle sont plantez plusieurs arbres fruictiers contenant environ deux arpens,

- À costé dudit pré est le jardin seigneurial contenant deux arpens clos de murs, aussy de touttes parts dans lequel il y a allées d’arbres fruictiers en espalliers et buissons.

- Derrière et des deux costez dudit chasteau et lieux cy-dessus est une piece de bois contenant 40 arpens. Ladite piece traversée par une longue allée qui fait face à la grille de fer du chasteau, scavoir 14 arpens de jeune futaye aagée d’environ 18 à 20 ans et le surplus en taillis le tout tenant du costé d’e… aux terres de Petit Bourg, d’autre costé à la ferme et deppendances de Saint-Guenault, abboutissant par devant sur ledit chasteau et chemin allant de Lisses à ladite ferme Saint-Guenault et d’autre bout par derriere sur les bois de Saint-Guenault,

- Item une piece de bois taillis contenant huict arpens appellé le bois du Signe, scitué au terroir dudit Courcouronnes aux environs dudit chasteau tenant d’un costé aux prez dudit Boisbriard d’autre costé, du costé de Courcouronnes et abboutissant d’un bout sur les terres dudit Boisbriard et d’autre bout sur les terres de Saint-Guenault.

- Item une piece de bois appelléé la Garenne contenant environ 15 arpens scituéé proche et attenant le village de Courcouronnes tenant d’une part le long du chemin qui va dudit Courcouronnes à Fleury, d’autre part sur ladite terre dudit Boisbriard abboutissant d’une bout par hault sur le village dudit Courcouronne et d’autre bout en pointe sur lesdites terres.

- Item une petite ? saulcaye contenant deux arpens ou environ scituée dans le terroir dudit Courcouronne tenant et aboutissant de toutes parts aux terres dudit Boisbriard.

- Item quatre arpens de bois taillis appellés les Clozeaux tenant aux terres de Brazain, d’autres aux terres de Bondoufle abboutissant sur les terre des Folies ? et d’autre sur les terres de Brazin.

- Item deux de bois taillis scitué audit terroir tenant d’un costé du costé de Corbeil aux terres de Plassi, d’autre et abboutissant d’un bout aux terres dudit Boisbriard et d’autre bout du costé de Lisses sur le chemin de Corbeil à Chastre.

(image7)

Terres labourables au terroir de Courcouronne :

- 36 arpens au terroir dudit Courcouronne, lieudit le Bas de la Petite Montagne tenant d’une part aux terres de Petit Bourg, d’autre part aux terres de place ?, d’un bout au chemin de Corbeil à Courcouronne et d’autre bout au chemin de Lisses au Boisbriard,

- 49 arpens de terre estant dans ledit lieu de Boisbriard tenant d’une part audit chemin du Boisbriard à Lisses d’autre part aux terres de l’eglise de Courcouronne, abboutissant d’un bout sur ledit chemin de Corbeil à Courcouronne et sur les jardins dudit lieu et d’autre bout sur ledit bois du Cigne,

- 1 arpent au mesme lieu tenant d’un costé aux terres de Boisbriard qui est la piece de 49 arpens cy-dessus, d’autre part aux terres de l’eglise, des deux bouts sur les terres de la cure.

- 4 arpens et demy au mesme lieu tenant au terres de l’eglise, d’autre au chemin Creux, d’un bout sur le pré Bourelier et d’autre sur la petite ferme de Courcouronne,

- 4 arpens au mesme lieu au-dessous de la garenne tenant d’une part audit chemin Creux, d’autre à la piece de 11 arpens cy-après, abboutissant sur ladite garenne et d’autre sur la piece de 22 arpens cy-après,

- 22 arpens au mesme lieu tenant audit chemin Creux d’autre sur l’Aunette, d’un bout sur les terres de la ferme de Saint-Guenault et d’autre bout sur ledite piece de 11 arpens cy-après,

- 11 arpens au mesme lieu tenant aux 4 arpens cy-dessus d’autre à une piece de 23 arpens cy-après abboutissant d’un bout sur ladite piece de 22 arpens cy-dessus et d’autre sur ladite garenne,

- 9 arpens au mesme lieu tenant aux terres de Saint-Guenault et d’autre sur Launette et sur la piece de 23 arpens cy-après,

- 3 arpens au mesme lieu tenant audit grand fossé, d’autre ausdites terres de Saint-Guenault, abboutisant sur lesdites terres de Saint-Guenault set d’autre sur les prez cy,

- 23 arpens au lieudit le pont de Torigny, tenant aux 11 arpens cy-dessus, d’autre au long du grand fossé abboutissant d’un bout sur ladite garenne et d’autre sur les 9 arpens cy-dessus,

- 8 arpens au Pont Hamard tenant sur le grand fossé d’autre à la piece de 24 arpens cy-apres, d’un bout sur le chemin de Courcouronne à Fleury et d’autre bout sur la piece de 7 arpens ½ cy-après,

- 19 arpens au mesme lieu tenant au jardin des maisons de Courcouronne, d’autre sur les 8 arpens cy-dessus abboutissant d’un bout sur ledit chemin de Courcourone à Fleury, d’autre bout sur plusieurs pieces de terres d’autre à Boisbriard,

- 24 arpens au Cul de Cerf tenant à la piece de 7 arpens d’une part et d’autre audit grand fossé, d’un bout sur les terres de Bondoufle, d’autre bout sur la piece de 19 arpens cy-dessus,

- 7 arpens à la Grande Buche tenant aux 24 arpens cy-dessus, d’autre aux terres de l’eglise, d’un bout sur le chemin de Chastres à Corbeil, et d’autre sur la piece de 19 arpens cy-dessus.

- 6 arpens au mesme chantier tenant des deux costez aux terres de l’eglise d’un bout sur ledit chemin de Chastres à Corbeil et d’autre bout sur les 19 arpens cy-dessus,

- 19 arpens et demy au mesme chantier tenant aux terres de l’eglise, d’autre aux hoirs Boussard abboutissant d’un bout sur lesdits 19 arpens cy-dessus et d’autre bout sur le chemin de Chastre à Corbeil,

- 6 arpens à la Mare du Trefle, tenant à la ruelle à Maturine d’autre aux terres de l’eglise abboutissant d’un bout sur el chemin de Chastres, d’autre sur les jardins des maisons dudit Courcouronne,

- 7 arpens au Bon Puits tenant aux terres de l’eglise d’autre à une piece de 37 arpens cy-après, d’un bout sur le chemin de Chastres, d’autre sur les terres de la Chapelle de Courcouronne,

- 37 arpens à la Mare des Remparts tenant à la piece de 7 arpens cy-dessus et aux terres de la Chapelle, d’un bout sur le chemin de Chastres et d’autre sur le chemin allant de Courcouronnes audit Corbeil,

- 16 arpens au mesme chantier tenant au chemin des Mullets, d’autre aux terres de Plassi ? , d’un bout sur le chemin de Chastres, et sur les deux arpens de taillis cy-dessus, d’autre bout sur ledit chemin de Courcouronne à Corbeil,

- 24 arpens au Long Reage, tenant aux terres de Bondoufle, d’autre aux terres de l’eglise, d’un bout sur le chemin de Chastres, et d’autre bout sur les 7 arpens cy-apres,

- 12 arpens au mesme chantier tenant des deux costez aux terres de l’eglise, d’un bout sur le chemin de Chastre, d’autre bout sur lesdits 7 arpens cy-après,

- 4 arpens au mesme lieu tenant d’un costé aux terres de l’eglise d’autre aux terres des Folies ? abboutissant sur le chemin de Chastres, d’autre sur le bois de Folies ?

- 7 arpens au mesme chantier tenant audit bois ses Folies ? d’autre au 12 et 24 arpens cy-dessus, abboutissant d’un bout sur lesdits bois des Folies ? et d’autre sur le bois des Clozeaux,

- 3 arpens au mesme lieu du Long Reage tenant aux terres de Bondoufle, d’autre à la terre des Boussard et à Jean Lefebvre, d’un bout sur le chemin de Chastres et d’autre sur les Clozeaux,

(image 8)

Prez

- 9 arpens de prez compris les fossez et vuidanges scitués au chantier du dit bois du Cigne tenant d’une part audit bois, d’autre au chemin allant de Vileroy à Paris, d’un bout sur les terres du sieur Guenault et d’autre sur celles du Boisbriard,

- 2 arpens au Grand Fossé tenant audit Grand Fossé d’autre et abboutissant des deux bouts sur les terres du Boisbriard

(en marge : aveu et dénombrement du fief terre et seigneurie du Boisbriard et Courcouronne, du 25 juin 1598)

p. 9

Mémoire (non daté, probablement contemporain de l’acte précédent)

La place où estoit anciennement le chasteau du Boisbriard de present en ruine et [blanc]

- Une maison qui sert à present de logement au seigneur consistant en cuisine, une despense à costé, une fruicterie, d’escallier dans œuvre, au-dessus une salle haulte et chambre et chambrette à costé avec un grenier au-dessus de tous lesdits lieu le tout couvert de tuilles

- Une autre maison attenant servant de logement au fermier (en marge : de la ferme dudit Boisbriard) consistant en cuisine, fournil à costé au-dessus duquel fournil est une chambrettte cy-dessus.

- Un escallier dans œuvre une chambre au-dessus de ladite cuisine et un grenier au-dessus

- À costé de ladite cuisine est une petite laicterie avec un petit grenier au-dessus co… en forme d’appenty derriere tous lesdits lieux (texte effacé) (interligne : du costé d’occident) est le jardin du fermier contenant environ demy arpent clos de murs et planté de quelques arbres fruictiers,

- Au bout d’une petite avenue plantée d’aquatias et maronniers à costé de la grille qui a veue sur le bois est un puits et à costé une cave au-dessus de laquelle est un scellier et buscher,

- A costé sont les granges de la ferme au long desquelles sont plusieurs petites estables, toits à porcqs, poullailliers et au-dessus une petite volliere bastarde,

- De l’autre costé de la cour faisant la face des logemens cy-dessus sont les chevriers, bergeries et estables avec des greniers au-desssus,

- A costé un abbreuvoir qui va dans les fossez du chasteau,

- Et à costé le Long des Fossez sont les remises de carosses avec un petit logement pour le jardinier

(image 10)

- Tous lesdits lieux cy-dessus designez couverte de tuilles et faisant le circuit d’une grande court au milieu de laquelle est un collombier quarré à pied aussy couvert de tuilles à la reserve d’une lanterne (en forme) dosme au hault d’icelluy qui est couvert d’ardoise.

- Tous lesdits bastimens et lieux contenant environ deux arpents de terre clos de fossez plains d’eau du costé de l’entrée seulement avec un pont-levis au milieu dudit pont ? composé de deux arches de pierre et un pont-levis avec sa bascule sur la grande porte d’entrée qui est bastie de pierre de graissierie.

- Au-devant desdits pont et fossé est une avant-court appellée la court verte contenant environ deux arpens close de murs de toutes parts dans laquelle sont plantez plusieurs arbres fruictiers.

- A costé de ladite court verte est le jardin du chasteau contenant deux arpens ou environ aussy clos de murs de touttes parts et planté de plusieurs arbres fruictiers tant en espalliers que buissons et hautes tiges.

(suit le dénombrement des bois et terres comparable à ce qui est transcrit plus haut)

NOTES

[1] Dupias G. et REY P., Documents pour un zonage des régions phyto-écologiques, CNRS, 1985, 39 p. + carte

[2] (130 x 40 x 18 cm épaisseur, 105 x 40 x 14 cm épaisseur et 110 x 35 x 18 cm épaisseur)

[3] Par simple observation latérale, nous n’avions aucun moyen de différencier le mur est du cellier, du mur ouest de la grange attenante. Nous sommes donc incapable de donner la largeur du mur est du cellier.

[4] Ces planches sont larges de 25 à 27 cm, longues de 125 cm et épaisses de 3 cm.

[5] Des procédés techniques à mettre en œuvre lors de la construction peuvent toutefois parer à ces inconvénients. Nous ne les avons pas rencontrés à la ferme du Bois Briard.

[6] La maison rustique des dames a connu un fort retentissement au XIXe et au début du XXe siècle. Après L'Agriculture et maison rustique de Charles Estienne et Jean Liebault (1583) et le Théâtre d’agriculture d’Olivier de Serres (1600), c’est l’ouvrage à vocation agronomique français qui a connu le plus de rééditions.

[7] La famille Marlinge, d’origine auvergnate, tient ce bistrot depuis le XIXe siècle.

[8] Deux contreforts subsistent noyés dans les appentis au nord et au sud de la grange.

[9] La datation acquise de ce linteau est 1238-1239. Il s’agit donc d’une pièce en réemploi.

[10] Le document (AD91, B823) n’est pas daté, mais la description d’une allée de marronniers nous situe logiquement après 1650, date de l’arrivée du premier marronnier à Paris. Par ailleurs, la grange décrite dans le document étant datée par l’étude dendrochronologique, nous pouvons suggérer une datation de ce document au sein du XVIIIe siècle.

[11] Longueur 36,3 m x largeur 7,1 m x hauteur sous entrait 4,8 m = 1237 m3.

[12] Nous limitons le comble au faux-entrait disposé à 7,2 m au dessus du sol.

[13] Ce qui veut dire, qu’à partir d’un simple plan au sol d’une grange, un plan de vestiges archéologiques, on peut restituer le volume d’une grange si on dispose d’estimations sur la surface de son domaine agricole.

[14] Seul le 5e entrait est en orme.

[15] L’étude de Dendrotech est intégralement lisible au lien www.dendrotech.fr/fr/Dendrabase/site.php?id_si=033-11-91182-0001

[16] La Célébrité industrielle, artistique et littéraire : organe officiel de l'Institut polytechnique universel, juin 1865, [s.n.] (Paris).

[17] La porte A est large de 280 cm et haute de 265 cm. Trois linteaux longs de 390 cm (soit 2 toises) sont maçonnés de plâtre blanc avec charbon de bois. La porte C est large de 150 cm et haute de 190 cm. Ses linteaux mesurent 195 cm de long (1 toise) et sont chevillés horizontalement. Ses piédroits sont liés au plâtre blanc contenant un peu de charbon de bois.

[18] Les parois sont cimentées.

[19] Enveloppe du grain dans l’épi, détachée par le battage.

[20] Ce muret est composé de petits moellons de meulière, plaquettes calcaires et fragments de tuiles, liés par un plâtre blanc à fines inclusions de charbon de bois et gypse. La face supérieure et la face est sont enduites d’un épais plâtre blanc.

[21] Le sol de cet espace est bétonné. Nous supposons une hauteur originelle de porte à 195 cm (1 toise).

[22] Plâtre riche en grosses inclusions de gypse surcuit et de charbon de bois.

[23] Nous remercions Laure Cissé, archéologue Inrap, de ces informations.

[24] AD91 – E2938.
 


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© CERAV

Références à citer / To be referenced as :

Jean-Yves Dufour

Observations du bâti de la grange de la ferme du Bois Briard à Courcouronnes (Essonne) (Investigating the structure of the barn of the Bois Briard farmstead at Courcouronnes, Essonne)

L'Architecture vernaculaire (en ligne), tome 40-41(2016-2017)

http://www.pierreseche.com/AV_2016_dufour.htm

4 mars 2017

L’auteur :

Jean-Yves Dufour, archéologue Inrap, UMR 7041, équipe Archéologies environnementales

 

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