L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE

 

 

ISSN  2494-2413

TOME 44-45

2020 - 2021

Christiane Delaval

LES CABANES EN PIERRE SÈCHE DE LA COMMUNE DE SALON-DE-PROVENCE
(BOUCHES-DU-RHÔNE)

 

 

Résumé

Avec une équipe d’une quinzaine de bénévoles de l’association « Salon Patrimoine et Chemins », nous avons arpenté les collines pendant un an et demi et inventorié ces édifices en pierre sèche oubliés et cachés sous la végétation. Cet article a pour but de décrire succinctement ces cabanes : leur architecture, leur morphologie, leurs aménagements particuliers, leurs utilisations. Il est aussi question des cabanes à trois degrés spécifiques de Salon. Des actions de sauvegarde ont été envisagées par la municipalité à la suite de cet inventaire et des restaurations ont déjà été effectuées par des chantiers d'insertion de jeunes.

 

Abstract

With a team of about fifteen volunteers from the association "Salon Patrimoine et Chemins", we have surveyed the hills for a year and a half and inventoried the forgotten dry stone buildings hidden under the vegetation. This article aims at briefly describing these huts: their architecture, morphology, special fixtures, and uses. It also deals with the three-stage huts specific to Salon. Following this inventory, safeguarding actions have been considered by the municipality and restorations have already been carried out by job integration workshops.

 

 

Un inventaire du patrimoine Pierre Sèche de Salon-de-Provence a été effectué en 2015 et 2016, incluant principalement les « cabanes », terme générique pour désigner ce que le grand public provençal connaît principalement sous l’appellation de « bories ».

À Salon, la cabane en pierre sèche du paysan était appelée « cabot » selon Jacques Dauphin dans un ouvrage de 1872 : « Les bergers de Salon se réfugient contre les intempéries dans des édifications en pierre sèche, en forme de ruches, appelées Cabanes ; et les paysans s’abritent dans des constructions pareilles nommées Cabots » (1).

(1) Jacques Dauphin, Avocat, ancien Avoué à Aix, propriétaire au Plan de Salon, Les Salluviens, Pisavis, la Touloubre : Le plan du territoire de Salon-de-Provence, le règlement d'administration publique du 18 Mars 1853, 1er septembre 1872, p. 10, note 1.

La cité salonaise a vécu jusqu’à la fin du XIXe siècle, sur une base agricole et pastorale, d'où les  nombreux vestiges de ces activités, notamment sur les collines à l’est de la ville, l’ouest étant occupé par la plaine de Crau où les constructions sont en galets liés au mortier.

Salon, bergerie des Plans au début du XXe siècle.

Fig. 1 - Bergerie des Plans au début du XXe siècle : elle a été détruite en 1951 pour faire place à des bâtiments servant de logements aux élèves de l'École de l'Air. Le personnage sur la droite paraît plus grand que le corps de base de l'édifice mais il se tient en fait à distance sur un ressaut du terrain d'où il surplombe la scène (copie d’une photo, collection privée).

L’étude a ainsi permis d’évaluer l’importance de la vocation agricole de la cité, avant qu’elle ne devienne une ville industrielle basée sur le commerce de l’huile d’olive, du savon et du café dans le dernier quart du XIXe siècle.

Plus d’une centaine de cabanes ont été répertoriées, construites avec la pierre locale, la molasse calcaire.
Mais toutes ne sont pas en bon état, découvertes le plus souvent enfouies sous une épaisse végétation, oubliées, abandonnées, ruinées ou écroulées pour un certain nombre d’entre elles :

- trente-cinq sont intactes ;

- vingt-sept ont perdu tout ou partie de leur voûte mais possèdent encore leur entrée avec linteau. Elles ont probablement été décapitées (fig. 2) lors du tremblement de terre du 11 juin 1909 qui a mis à terre de très nombreux édifices en ville ;

Salon, cabane non  localisée, décapitée lors du tremblement de terre du 11 juin 1909.

Fig. 2 - Les Manières, cabane décapitée lors du tremblement de terre du 11 juin 1909. En haut à droite, la cabane à trois degrés du lieudit Poulas.

- dix-neuf sont en mauvais état avec persistance d’une partie de la structure et de l’entrée mais sans le linteau ;

- quarante-cinq sont en ruines.

Architecture et morphologie

Les cabanes sont majoritairement de dimensions très moyennes voire petites. Elles affichent une grande diversité de volumes et de plans intérieurs et extérieurs.

Bien que des formes quadrangulaires voire plus complexes aient été observées (carrée, rectangulaire, trapézoïdale, polygonale), la forme circulaire ou dérivée du cercle est la plus fréquente (ovoïde, fer à cheval, elliptique).

Édifiés sur les massifs collinaires, ces édifices sont :

- parfois de simples guérites intégrées dans un mur de soutènement (fig. 3),

Salon, Basses Viougues, guérite dans un mur de clôture.

Fig. 3 - Basses Viougues, guérite dans un mur de clôture.

- des cabanes dont l’arrière est semi-enterré voire totalement engagé dans un talus (fig. 4),

Fig. 4 - Le Talagard Est, cabane tronconique à l'arrière totalement engagé dans le talus.

- ou d’autres encore appuyées contre une paroi rocheuse.

Quelques abris sous roche ont été aménagés et protégés par des façades en pierre sèche montées en retrait du surplomb rocheux (fig. 5). Ils ont été vraisemblablement utilisés pour tirer parti de cavités existantes afin de disposer d’un abri à ne fermer qu’en partie frontale et d'éviter ainsi une construction plus complexe. Économie de moyens sans doute pour ces petits abris réduits à leur plus simple expression, mais utilitaires.

Salon, Magatis, cabane semi-troglodytique.

Fig. 5 - Magatis, cabane semi-troglodytique.

Les plans

- Plan extérieur : 57 circulaires, 52 quadrangulaires, 17 composites et/ou indéterminées ;

- Plan intérieur : 57 circulaires, 35 quadrangulaires, 34 indéterminées à cause de l’effondrement.

On peut affirmer que les cabanes salonaises sont en très grande majorité monocellulaires (figs. 6 et 7), bien que l’empreinte de deux cellules bien différenciées ait été retrouvée dans trois des cabanes étudiées.

Autant de styles différents et parfois surprenants dans leur élaboration.

Pour ces constructions, la surface utilisable est restreinte par rapport au plan extérieur de l’édifice. Ceci est dû à l’épaisseur importante des murs qui doivent supporter le poids de la voûte et résister à sa poussée. Ainsi, au plan quadrangulaire, la cabane à trois gradins la plus emblématique de Salon présente une surface extérieure de 36 m² contre 16 m² de surface intérieure avec une épaisseur des murs à la porte de 1 m.

Le sol de l’intérieur des cabanes est majoritairement en terre, parfois rocheux.

Salon, Les Basses Viougues, cabane circulaire avec muret de protection.

Fig. 6 - Les Basses Viougues, cabane circulaire avec muret de protection : l'arc de pierres clavées au-dessus de linteau ne remplit pas son rôle de décharge faute d'un vide entre lui et le linteau.

 

Salon, La Coustelade, cabane ovoïde à deux gradins : larmier de trois lauses au-dessus de l’entrée.

Fig. 7 - La Coustelade, cabane ovoïde à deux degrés : un larmier de trois lauses court au-dessus de l’entrée.

Les cabanes à trois degrés, spécificité de Salon

Quelques cabanes ont des proportions qui ne laissent aucun doute sur l'intervention de professionnels, notamment les cabanes à trois gradins ou degrés, spécifiques de Salon (fig. 8).

Salon, Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon (corps de base quadrangulaire).

Fig. 8 - Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon (corps de base quadrangulaire) : elle a été restaurée par la municipalité dans les années 1990.

En France, les cabanes à deux degrés sont nombreuses. Celles à trois degrés ou plus, sont plus rares, réparties sur les départements du Gard, de l'Hérault, du Lot et des Bouches-du-Rhône, en particulier à Salon.

Pourquoi ce profil ? Pour Christian Lassure aucune explication formelle ne peut être donnée, les constructeurs n'ayant pas laissé d'écrit. Éviter un échafaudage extérieur ? Manque de matériau pour la couverture ? Peu probable au vu de la quantité de pierres retrouvées sur le territoire. Obtenir une hauteur plus importante ? Peut-être répondre à une mode avec l'arrivée du progrès agricole pour améliorer les dépendances ? La même morphologie se retrouve dans les Pouilles en Italie du Sud, dans les Doukkala au Maroc, et à Minorque où certains édifices peuvent présenter jusqu'à dix gradins.

Lors des périodes d'essor démographique aux XVIIIe et XIXe siècles, le défrichement excessif des pentes a provoqué une « agriculture à risque ». En cause, l'exploitation intensive de la forêt et l'extension de l'élevage par la prolifération des chèvres, nettoyeurs écologiques certes mais combien dévastateurs. Le Parlement de Provence a imposé dès 1767, l'édification de murs de soutènement pour les terrasses de culture appelées « bancaous » en Provence, et a fait appel à des muraillers italiens. Ces derniers ont-ils apporté avec eux ce type de cabanes à gradins lors de migrations successives ? Nous n'avons pas de réponse à ces questions mais ne pouvons qu’admirer ce savoir-faire qui, à l'évidence, ne peut être attribué qu'à des professionnels.

Les cabanes à trois degrés de Salon sont en majorité à corps de base quadrangulaire surmonté de deux troncs de cône en retrait (fig. 9).

Salon, Les Magatis Nord, cabane à trois degrés (corps de base quadrangulaire).

Fig. 9 - Les Magatis Nord, cabane à trois degrés (corps de base quadrangulaire) : de puissantes besaces alternent boutisses et panneresses aux angles.

D'autres ont une base circulaire surmontée de deux troncs de cône avec retraits moins importants (fig. 10).

Salon, Les Magatis Nord, cabane tronconique à trois degrés.

Fig. 10 - Les Magatis Nord, cabane à trois degrés (corps de base tronconique) : l'édifice a été restauré après le séisme de 1909.

Certaines présentent un plan composite et très complexe avec rampes ou ressauts hélicoïdaux (fig. 11).

Salon, Les Caussiers, escalier extérieur double pour l'accès à la calotte.

Fig. 11 - Les Caussiers, escalier extérieur double pour l'accès à la calotte : l'édifice a été restauré dans les années 1990.

L’appareillage des angles des cabanes à base quadrangulaire est essentiel et le chaînage est toujours très soigné (fig. 12). De gros moellons ébauchés sont placés en besace [petites et grandes faces alternées] pour un meilleur renfort. Les angles sont en effet soumis à de très fortes pressions et peuvent subir des déformations nuisant à l’ensemble.

Salon, Poulas, cabane à trois degrés (corps de base quadrangulaire).

Fig. 12 - Poulas, cabane à trois degrés (corps de base quadrangulaire) : d'énormes blocs forment la besace d'angle.

Trente-six édifices à gradins ont été répertoriés.

Le couvrement

Aucune cabane n’est assez grande pour présenter une voute clavée en berceau qui nécessite un coffrage en bois, cintre déplaçable qui permet l’allongement à l’infini de l’édifice, couvrement d’ailleurs plutôt réservé aux grandes bergeries comme celles de la montagne de Lure ou aux caves des maisons par exemple. Les grands troupeaux d’ovins étaient en Crau à l’ouest de Salon où les bergeries étaient édifiées en galets de Crau et non en pierre sèche.

Nous ne retrouvons évidemment pas ici le style très spécifique des magnifiques et grandes cabanes du Vaucluse avec leur « voûte en carène renversée », ou « nefs gordoises », présentant quatre encorbellements symétriquement opposés avec deux grands murs gouttereaux et deux petits pignons, coiffés d’un plafond constitué de grandes lauses plates.

Les cabanes sont couvertes d’une voûte en encorbellement (fig. 13), technique qui ne nécessite aucun coffrage : les pierres sont empilées par assises successives pour former la coupole : celles du rang supérieur débordent celles du rang inférieur, opération reproduite en cercles réguliers jusqu'à ce que le volume soit totalement refermé et scellé par une dalle sommitale. Les pierres ne doivent pas dépasser, à l'intérieur, leur point d'équilibre pour que le poids se répartisse sur les parois et non au centre de la voûte, ce qui provoquerait son effondrement. La pose s'effectue en légère inclinaison vers l'extérieur pour rejeter l'eau de pluie et assurer l'étanchéité. Le poids à l'arrière des pierres assure le porte-à-faux de la voûte pour bloquer l'ensemble.

Salon, Val de Cuech Ouest, cabane à trois degrés : intrados de la partie terminale de la voûte.

Fig. 13 - Salon, Val de Cuech Ouest, cabane à trois degrés : intrados de la partie terminale de la voûte.

À Salon, le pourcentage de voûtes endommagées par des branches ou racines d’arbres qui s’immiscent entre les pierres, est important, fragilisant l’ensemble, ce qui finit par provoquer l’écroulement total ou partiel de ces structures.

Les cabanes décapitées (fig. 14) permettent souvent de mieux voir et mieux comprendre le montage de la voûte ;

Salon, Les Magatis, cabane à trois degrés dont ne subsiste que la base quadrangulaire (jas du félibre Antoine Blaise Crousillat).

Fig. 14 - Les Magatis, cabane à trois degrés dont il ne subsiste que la base quadrangulaire. Il s'agit du jas (la bergerie) du félibre salonais Antoine Blaise Crousillat (1814-1899).

 

Salon, le jas du félibre avant l'effondrement.de sa voûte en 1909.

Fg. 15 - La bergerie du félibre avant l'effondrement.de sa voûte en 1909 (collection privée).

il en est de même pour les cabanes qui laissent voir leur extrados (fig. 16), profil extérieur de la voûte, non visible sur une cabane encore entière, puisqu’il est paré d’une couverture de moellons ou de lauses qui uniformise l’ensemble, le stabilise, assure l’étanchéité et l’esthétisme de l’édifice.

Salon, Les Magatis Nord, cabane circulaire adossée à un enclos : la disparition du revêtement extérieur a mis à nu l'extrados de la voûte.

Fig. 16 - Les Magatis Nord, cabane circulaire adossée à un enclos : la disparition d'une partie du revêtement extérieur a mis à nu l'extrados de la voûte où saillent les boutisses.

Les ouvertures

Comme pour la voûte, il est nécessaire de couvrir un vide en trouvant le moyen de soutenir le mur. Il en est ainsi pour les entrées, les fenêtres, les niches-placards et les cheminées.

- Les entrées

Les cabanes étudiées, par leur taille modeste, sont dotées d’une entrée unique, rectangulaire pour la majorité, trapézoïdale convergente ou divergente pour d’autres. Certaines sont ébrasées vers l’extérieur.

· Orientation : 80 sont au sud, 14 à l’Est, 14 à l’ouest, 7 au nord (N-E ou N-O), 11 non retrouvées ;

· Hauteur moyenne : 1,60 m (de 0,90 m à 1,90 m) ;

· Largeur moyenne : 0,70 m (de 0,40 m à 1,15 m) ;

· Épaisseur moyenne des murs à l’entrée : 0,80 m (0,40 m à 1,60 m).

Le procédé le plus utilisé ici pour couvrir les ouvertures est le linteau monolithique (fig. 17), grande dalle de calcaire, saillante ou non, reposant sur les piédroits (2).

(2) Supports latéraux de l’entrée en moellons se chaînant entre eux et s’imbriquant dans le mur.

Les Manières, encadrement d'entrée à linteau.

Fig. 17 - Les Manières, cabane découronnée : encadrement d'entrée à linteau.

Certains linteaux affichent un millésime : 1716, 1775, 1818, 1817, 1821, 1822, 1848 (figs. 18, 19 et 20).

Salon, Les Manières, cabane décapitée : linteau millésimé 1775 entre les initales P et F.

Fig. 18 - Les Manières, cabane décapitée : linteau millésimé 1775 entre les initiales P et F.

 

Salon, Les Manières, cabane à trois degrés  : le linteau porte le millésime 1817.

Fig. 19 - Les Manières, cabane à trois degrés : le linteau porte le millésime 1817.

 

Salon, Les Manières, cabane tronconique à trois degrés : le linteau porte l'inscription N.II.1822.

Fig. 20 - Les Manières, cabane tronconique à trois degrés : le linteau porte l'inscription N.II.1822.

Quatorze linteaux sont soulagés par une niche de décharge fig. 21), vide qui permet de reporter le poids de la voûte sur les extrémités des linteaux, évitant ainsi leur rupture centrale.

Salon, Les Magatis, décharge formée par deux dalles en bâtière.

Fig. 21 - Les Magatis, décharge formée par deux dalles en bâtière : le linteau s'est quand même fissuré mais à un bout.

Soixante édifices possèdent encore leur linteau dont certains sont fendus en partie centrale, d’autant que la plupart des niches de décharge ont été comblées, peut-être lors de restaurations ou par ignorance de leur fonction.

Parfois existent deux linteaux superposés et dans la plupart des cas, des arrières-linteaux.

Salon, Les Magatis, cabane à deux degrés : l'encadrement de l'entrée est à double linteau.

Fig. 22 - Les Magatis, cabane à deux degrés : l'encadrement de l'entrée est à double linteau.

La trace de fermeture par des portes en bois est la plus récurrente. L’encadrement de vingt-six cabanes présente des feuillures, des vestiges de gonds et de charnières, des restes de pentures supérieures, voire même des portes encore en place. Une entrée a été murée avec des parpaings.

Trois cabanes de l’étude présentent une entrée en bel arc clavé en plein cintre (fig. 23).

Salon, Val de Cuech Ouest, cabane à trois degrés tronconiques : l'entrée est surmontée d'un arc clavé.

Fig. 23 - Val de Cuech Ouest, cabane tronconique à trois degrés (corps de base circulaire) : l'entrée est surmontée d'un arc clavé.

- Les fenêtres

Elles sont de taille assez restreinte, pour l’éclairage, la ventilation et le maintien d’une température quasi-constante en toute saison.

Vingt-huit cabanes présentent des fenestrons en hauteur (fig. 24) ;

Salon, Les Manières, cabane à trois degrés (corps de base quadrangulaire) : elle a été restaurée dans les années 1990.

Fig. 24 - Les Manières, cabane à trois degrés (corps de base quadrangulaire) : un fenestron s'ouvre dans le tronc de cône inférieur, dans l'axe de l'entrée.

Quatorze cabanes affichent de simples regards (fig. 25) pour l’aération ou des meurtrières plus ou moins ébrasées pouvant correspondre à des affûts de chasse.

Salon, Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon : à gauche, un regard, à droite une cheminée réservée dans l'angle, sous la trompe.

Fig. 25 - Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon : à gauche, un regard, à droite une cheminée réservée dans l'angle, sous la trompe.

Toutes présentent un encadrement (fig. 26) comportant linteau, piédroits et appui en lauses, moellons et/ou plaquettes.

Salon, Les Magatis, cabane à trois degrés dont ne subsiste que le corps de base quadrangulaire : fenêtre barreaudée.

Fig. 26 - Les Magatis, cabane à trois degrés dont ne subsiste que le corps de base quadrangulaire : fenêtre barreaudée.

- Les niches ou placards

Ils (elles) abritaient outils, victuailles et objets utilitaires pendant l’occupation saisonnière.

Salon, Les Magatis Nord, cabane à trois degrés : niche à l'encadrement formé de quatre dalles, deux verticales, deux horizontales.

Fig. 27 - Les Magatis Nord, cabane à trois degrés : niche à l'encadrement formé de quatre dalles, deux verticales, deux horizontales.

Trente-huit niches ou placards (figs. 27 et 28) possèdent des encadrements identiques aux fenêtres mais ont leur fond en dalles plates ou en assises de moellons et/ou plaquettes.

Salon, Val de Cuech Ouest, cabane à trois degrés tronconiques : deux niches s'ouvrent dans la paroi intérieure ; trop mince, le linteau de la niche de gauche s'est fendu.

Fig. 28 - Val de Cuech Ouest, cabane tronconique à trois degrés : deux niches s'ouvrent dans la paroi intérieure ; trop mince, le linteau de la niche de gauche s'est fendu.

Une cabane affiche trois niches voûtées en cul-de-four en petites plaquettes.

- Les cheminées

Les cabanes n’étaient pas des habitations permanentes mais il était parfois nécessaire pour l'utilisateur de rester quelques jours sur place, et par mistral redoutable, les nuits sont fraîches en Provence.

Seize cabanes sont dotées de cheminées (figs. 29, 30 et 31) aménagées dans l’épaisseur du mur et de la coupole des cabanes quadrangulaires, sous les trompes d’angle (3).

(3) Pierre triangulaire de soutien, placée dans l'angle pour passer du plan quadrangulaire au plan circulaire de la voûte.

Salon, Les Magatis Nord, cabane à trois degrés : cheminée sous trompe.

Fig. 29 - Les Magatis Nord, cabane à trois degrés : cheminée dans l'angle, sous la trompe.

 

Quatre sont taillées directement dans la roche contre laquelle s’appuie la cabane (fig. 30).

 

Salon, Les Manières, cabane à trois degrés : cheminée taillée dans la roche.

Fig. 30 - Les Manières, cabane à trois degrés : conduit de cheminée taillé dans la roche (traces d'outil).

 

Salon, Les Magatis Nord, cabane à trois degrés : conduit de fumée vers l'extérieur.

Fig. 31 - Les Magatis Nord, cabane à trois degrés : conduit de fumée vers l'extérieur.

Toutes possèdent un conduit extérieur de sortie des fumées dont certains ont été obturés mais d’autres encore bien visibles avec parfois une section conséquente.

Les aménagements extérieurs

Les cabanes possèdent des aménagements extérieurs intéressants. Elles peuvent être :

- incluses dans un bel enclos (fig. 32) ;

Salon, Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon : enclos.

Fig. 32 - Les Caussiers, la cabane à trois degrés emblématique de Salon et son enclos.

- pourvues d’escaliers volants (fig. 33) ou de rampes en escaliers hélicoïdaux d’accès à la toiture ou aux gradins ;

Salon, Val de Cuech Ouest, cabane tronconique à trois degrés : escalier volant d’accès au sommet.

Fig. 33 - Val de Cuech Ouest, cabane tronconique à trois degrés : escalier volant d’accès au sommet.

- protégées par un mur pare-vent  (fig. 34) ;

Les Magatis Nord, cabane circulaire avec muret de protection, vue de dessus.

Fig. 34 - Les Magatis Nord, cabane circulaire avec muret de protection, vue depuis l'arrière : elle a visiblement été découronnée.

- pourvues d’un contrefort ou d’un épaulement très bien parementé pour compenser la déclivité du terrain (fig. 35).

Salon, Les Caussiers, cabane à un degré et une calotte et un renfort en aval : elle a été restaurée dans les années 1990.

Fig. 35 - Les Caussiers, cabane à un degré et une calotte et un renfort en aval : elle a été restaurée dans les années 1990.

- pourvues d'une pierre percée (fig. 36) près de l’entrée pour y attacher l’animal, une banquette, un abreuvoir taillé, etc.

Salon, Les Magatis Nord, cabane circulaire avec muret de protection : pierre percée à droite de l'entrée pour attacher un animal.

Fig. 36 - Les Magatis Nord, cabane circulaire avec muret de protection : pierre percée à droite de l'entrée pour attacher un animal.

Pour six cabanes à trois degrés, la rive du premier gradin est couverte d’une rangée de grandes lauses plates rectangulaires, juxtaposées en assise régulière et saillante (fig. 37). Ces dalles sablières forment un larmier ou corniche débordante permettant à l’eau de pluie de s’évacuer et de protéger l’édifice de l’humidité.

Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon : larmier de grandes dalles sur corps de base quadrangulaire.

Fig. 37 - Les Caussiers, cabane à trois degrés emblématique de Salon : larmier de grandes dalles courant en haut du corps de base quadrangulaire.

Certaines entrées possèdent aussi un larmier de trois dalles saillantes au-dessus de leur linteau (fig. 38).

Salon, La Coustelade, cabane à deux gradins : larmier au-dessus de l'entrée.

Fig. 38 - La Coustelade, cabane à deux degrés : larmier au-dessus de l'entrée.

Utilisation des cabanes salonaises

Les cabanes, comme toutes les structures en pierre sèche, sont nées de la nécessité d’épierrer les sols, de rendre la terre arable et de procurer un abri utile et fonctionnel lorsque la zone rurale était éloignée du village. Il est difficile aujourd’hui de déterminer avec certitude l’utilisation exacte des cabanes salonaises.

Salon, vabane des Abattoirs, détruite en 1914.

Fig. 39 - Cabane des Abattoirs, détruite en 1914 : elle est construite sur une éminence rocheuse (copie d’une carte postale ancienne, collection privée).

À l’évidence, elles ont été des annexes agricoles et pastorales d’exploitations situées plus bas en plaine : remises à outils, entrepôts pour les récoltes, postes d’observation, « agachons » [affûts de chasse en provençal], abris pour se protéger des intempéries, bergeries au moment de l’estivage de petits troupeaux de moutons, chèvres et brebis, sources de revenus non négligeables en lait, fromage, viande, laine, peaux, fumure, etc.

Des boulins et restes de poutres sont visibles dans quatre cabanes encore debout, témoins de l’existence d’un étage. Ont-elles pu servir de séchoir à figues ou à fourrage ? Beaucoup de muriers ont été plantés sur le territoire salonais dès le XVIe siècle. Ont-elles accueilli des claies pour l’élevage des vers à soie ? Peu probable à cause de l’éloignement, les magnaneries se trouvant plus vraisemblablement aux derniers étages des maisons en ville. Aucune cabane ne présente d’ouverture charretière pour permettre de remiser des charrettes ou pour servir d’écurie à un animal de bât.

Ces petits édifices garderont toujours secrète une partie de leur histoire. Il est impératif de les protéger et c’est ce que nous avons voulu faire valoir en initiant cet inventaire.

Un sentier d’interprétation a été créé avec seize panneaux explicatifs sur une grande parcelle municipale afin de faire connaitre cette richesse patrimoniale, et sensibiliser le public à la nécessité de la respecter.

Ce petit patrimoine rural, vestige du passé agricole de Salon, témoin d’un travail humain remarquable et d’une intense activité sur des terres ingrates, constitue un élément primordial dans notre environnement. Il doit être maintenu et remis en valeur dans cet espace naturel sensible pour rester la mémoire de nos collines.

Bibliographie

Jean Blanchard, Histoire de Salon des origines à nos jours, Imprimerie régionale, Salon, 1935 (réimpression Lacour, 1991)

Pierre Martel, L'invention rurale. Économie de la nature, tome I, Alpes de Lumières, 1980

Parc Régional du Luberon, Bories, Collection Luberon images et signes, Édisud, 1992

 
Christian Lassure, La maçonnerie à pierres sèches : vocabulaire, série Études et recherches d'architecture vernaculaire, CERAV, Paris, No 22, 2002

avec Dominique Repérant (photographies), Christian Lassure, Les cabanes en pierre sèche de la France, Édisud, 2004

Florence Dominique, 25 balades sur les chemins de la pierre sèche, Le bec en l'Air, 2009

Source

Christiane Delaval,  La Pierre Sèche – Patrimoine rural et bories des collines de Salon-de-Provence, pour l’association Salon, Patrimoine et Chemins,  ISBN : 978-2-7466-9030-1

Crédits photographiques

Marc Brocard, Christiane Delaval, Pierrick Mazel, Olivier Proust

 

Référence à citer / To be referenced as :

Christiane Delaval

Les cabanes en pierre sèche de la commune de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) (The dry stone huts of the commune of Salon-de-Provence, Bouches-du-Rhône)

L'Architecture vernaculaire (en ligne), tome 44-45 (2020-2021)

http://www.pierreseche.com/AV_2021_delaval.htm

 

L'auteur / The author :

Originaire des Hauts de France, l’auteur a fait une carrière hospitalière comme secrétaire médicale et technicienne d’information médicale. Passionnée d’histoire, d’architecture, d’archéologie, de nature, de patrimoine en général, elle a découvert le patrimoine pierre sèche en s’installant en 1972 dans le Vaucluse puis à Salon-de-Provence depuis 1976. Co-fondatrice en 2012 de l’association : « Salon, Patrimoine et Chemins », marquée par les innombrables structures en pierre sèches découvertes au hasard de ses randonnées, elle a mis en place et dirigé l’inventaire du patrimoine agro-pastoral des collines de Salon-de-Provence à la suite duquel elle a écrit un petit ouvrage (épuisé) : La Pierre Sèche – Patrimoine rural et bories des collines de Salon-de-Provence.

 

A native of the Hauts de France, the author had a career in hospitals as a medical secretary and medical information technician. Keen on history, architecture, archaeology, nature and heritage in general, she discovered dry stone heritage when she moved to the Vaucluse in 1972 and finally settled down in Salon-de-Provence in 1976. Impressed by the innumerable dry stone structures discovered during her hikes, she co-founded the society: "Salon, Patrimoine et Chemins" in 2012 , and set up and directed the inventory of the agro-pastoral heritage of the hills of Salon-de-Provence, following which she wrote a small book: La Pierre Sèche - Patrimoine rural et bories des collines de Salon-de-Provence.

 

« L’art de construire en pierre sèche : Savoir-faire et techniques » est désormais inscrit sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis le 28 novembre 2018, fruit d’un travail international regroupant huit pays : Croatie, Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Slovénie et Suisse. Une belle reconnaissance pour cette technique respectueuse du développement durable des territoires, aux nombreux atouts environnementaux, économiques, écologiques, paysagers... Les constructions en pierre sèche constituent une richesse patrimoniale qu'il est essentiel de respecter, de préserver et de maintenir dans les espaces naturels sensibles.

 

 


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