SAINT-AMAND-LES-EAUX À TRAVERS LES CARTES POSTALES ANCIENNES
LES MAISONS BOMBARDÉES DE LA RUE DES ANGES

Nous sommes dans la rue dite des Anges, dans sa partie coudée qui débouche sur la rue Thiers. L'époque est celle qui suit immédiatement la première Guerre mondiale (1). À gauche, se découpe sur le ciel un pan de la façade d'une maison à étage du XIXe siècle, au numéro 28. De la maison suivante, au numéro 26, il ne reste plus que des traces d'arrachement et de peinture dans le pignon, mis à nu, de la maison basse mitoyenne. Il y avait là, manifestement, une maison basse à comble habité du XVIIIe siècle ou peut-être du XVIIe : les traces de la ferme de comble à surcroît (2) se lisent dans le pignon. A droite, s'alignent une succession de maisons basses à façade en gouttereau, dont les deux dernières, dans le tournant, sont à rez-de-chaussée surélevé puisqu'on accède à chacune par un perron. La caisse en bois, coiffée d'une bâtière, fixée en applique en haut de la façade la plus avant, abrite une figure religieuse. De l'embrasure de l'entrée sort un panneau peint d'une inscription illisible. Le cylindre noir fiché dans le trottoir devant la même façade est en fait un poteau électrique qui a été sectionné.

Carte postale de la fin des années 1910.  Au verso, sous la mention « Carte Postale », dos divisé (« Corres-pondence » à gauche, « Adresse » à droite). Éditeur : IMP. LÉVY FILS & CIE, PARIS.

Le même photographe a planté son appareil plus avant sur la chaussée de la rue des Anges, ce qui nous vaut de mieux discerner le détail des bâtiments et de la rue.

Le panneau sur la droite porte l'inscription en majuscules « ALLOCATIONS MILITAIRES ».

Sur le premier des deux perrons se tient une ménagère ceinte d'un tablier et qui fixe le photographe.

Carte postale de la fin des années 1910.  Au verso, sous la mention « Carte Postale », dos divisé (« Corres-pondence » à gauche, « Adresse » à droite). Éditeur : IMP. LÉVY FILS & CIE, PARIS.

Le porche à gauche de notre femme du peuple est constitué de deux montants droits en brique sur soubassement de grès, coiffés d'un puissant sommier en bois portant une maçonnerie en briques (6 assises) sous une bâtière couverte de tuiles plates. Dans les années 1940, ce porche était l'entrée de l'école maternelle.

Du côté des numéros pairs, on entrevoit mieux le gouttereau-façade de la maison basse qui n'a pas été démolie : la huisserie de l'entrée forme un tout avec les deux étroites baies latérales qui l'encadrent, chaque baie étant pourvue d'un volet.

Si l'on porte son regard sur la tour, on constate qu'un des arcs-boutants de la lanterne du beffroi des carillons au-dessus de la galerie aérienne supérieure est rompu (serait-ce le résultat d'un tir d'obus allemand ?).

Agrandissement de détail.

À nouveau la rue des Anges, lors de la Grande Guerre ou au sortir de celle-ci, mais à son débouché sur l'avenue Thiers. On aperçoit, vers le fond, les vestiges des deux maisons détruites par des bombardements. Les maisons ont leur numéro peint en chiffres noirs sur fond blanc (30 et 28). Un poteau électrique, dont seule la partie haute est visible, se dresse à droite. Un petit attroupement s'est formé, qui pose à la demande du photographe.

Carte postale de la fin des années 1910. Au verso : sous la mention « CARTE POSTALE », dos divisé (« CORRESPONDANCE » à gauche, « ADRESSE » à droite).  Dans l'exemplaire en notre possession, l'inscription « St Amand 1/7 23»  précède le texte de la correspondance.

Cet attroupement, principalement féminin, qui se fait tirer le portrait, nous donne l'occasion d'admirer quelques femmes du peuple, et une fillette aux pieds nus.

Détail de l'attroupement.

Le même tronçon de la rue des Anges mais au tout début du XXe siècle, avant les destructions de la Première Guerre mondiale. À gauche, on observe, dans leur état originel, la façade en gouttereau de la maison à étage du XIXe siècle et celle de la maison basse du XVIIIe siècle ou du XVIIe. Cette maison basse, sous sa toiture élancée à deux lucarnes à capucine, était divisée en deux unités d'habitation. Il y avait au moins deux fermes de comble à surcroît d'après les deux ancres (3) visibles dans la maçonnerie de briques sous la rive de la toiture. On remarque que les façades sont blanchies, à l'exception du bas, qui a reçu une couche de goudron. En travers du pignon de la grande maison à étage dans le coude de la rue, on devine le chiffre 1640 : il s'agit de la date de construction, marquée au moyen de briques plus sombres (mieux cuites). Plus bas, dans la partie peinte en blanc, se lit l'inscription « DÉFENSE de PUISER de L'EAU »

Carte postale allemande de la 1re Guerre Mondiale. Au dos, en haut à gauche, la légende : « St. Amand les Eaux. Rue des Anges mit Turm der Abtel » (avec la tour de l'abbaye). Dans notre exemplaire, le texte de la correspondance  est en allemand et le cachet de la « FELDPOST » du «18 8 17 » a été apposé en haut à droite..

NOTES

(1) Saint-Amand fut envahie par les troupes allemandes le 24 août 1914. Elle en fut délivrée le 23 octobre 1918. La ville eut à souffrir beaucoup des restrictions et des exactions pendant l'Occupation, puis des destructions au moment de la retraite de l'ennemi.

(2) Aussi appelé comble à accroissement ou à exhaussement, le comble à surcroît est un espace habitable sous le toit obtenu à l'aide de fermes de charpente  constituées chacune de deux parties superposées :
- une partie basse, comportant deux jambes de force arquées fichées sur un entrait ;
- une partie haute, consistant en une fermette avec arbalétriers assemblés en haut sur un poinçon et en bas sur un entrait retroussé, ce dernier assis sur les jambes de force.
Les angles jambe de force / entrait de fermette sont raidis par un aisselier. L'entrait des jambes de force fait également office de poutre maîtresse du plancher de comble. Cette poutre est solidarisée au moyen d'ancres aux murs de surcroît rehaussant les gouttereaux (source : Christian Lassure, Ferme de comble à surcroît (XVIIe siècle) au Thumelart [Saint-Amand-les-Eaux], in Études et recherches sur Saint-Amand-les-eaux et sa région, No 9, 1987 , p. 42 et p. 3 de couverture).

(3) Barre de fer en forme de croix ou de lettres (I, S, T, X ou Y), apparente ou noyée dans le mur, passant dans l'œil d'un tirant et destinée à empêcher l'écartement des murs.

 
© CERAV
Mis en ligne le 20 juillet 2012 - Complété le 28 octobre 2012 - 31 octobre 2012
 

Les maisons bombardées de la rue des Anges     Marché sur la grand' place vers 1910

Images de Saint-Amand-les-Eaux