ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

UN DES DERNIERS FAISEURS DE VIGNES DU VIGNOBLE DE BANYULS : MARCEL CENTÈNE

One of the last vineyard builders in the Banyuls region : Marcel Centène

Christian Lassure


Si le vignoble de Banyuls dans les Pyrénées-Orientales existe toujours, il ne reste guère toutefois de personnes capables de construire une vigne à l'ancienne. Un des derniers détenteurs de ce savoir-faire est Marcel Centène, qui le tient de son père et de son grand-père.

Dans la revue Terres Catalanes, ce vigneron décrit la technique :

"Avant toute chose", raconte-t-il, "une fois que la terre était défrichée, il fallait dessiner la vigne, repérer les courbes de niveaux, et surtout, déterminer où l'on allait mettre l'agulla, la rigole, et le peu de gall [le réseau pluvial en patte d'oie]. C'est très important si l'on veut que l'eau s'écoule bien. Puis on construisait les murettes. Enfin, on répandait la terre dans chaque feixa, entre deux murettes, pour uniformiser la pente. Ce travail se faisait l'été, avant ou après la vendange."

"C'était long", se souvient-il, "mais on avait le temps devant nous. Une murette qui est bien faite tient le coup longtemps, certaines ont des siècles même, et puis on cherchait à faire du beau. J'ai vu des gens porter un caillou sur des kilomètres parce qu'ils le trouvaient joli. Ils l'emmenaient sur leur dos ou à vélo jusqu'à leur vigne. On allait même jusqu'à voler un caillou s'il nous en fallait un particulier pour un angle de murette ou pour la couverte. C'était un travail d'artiste."

Le récit de notre vigneron est complété d'utiles précisions par les auteurs de l'article :

"Toutes les constructions sont réalisées en schiste, la pierre disponible sur le terrain. Les agulles et les peus de gall sont pavés. Les murettes nécessitent des fondations, penchées vers l'arrière, qui atteignent la roche mère et peuvent dépasser un mètre de profondeur. Les plus gros cailloux, les cossols, étaient enfouis dans la terre. Pour la partie visible, les viticulteurs-maçons ne choisissaient que les beaux caillous, petits, avec une face plate. Ceux qui restaient étaient entassés derrière la murette pour caler le tout. Ensuite on rajoutait les couvertes, des lloses, pour couvrir la murette et relier l'ensemble."

"La largeur des feixes était alors de cinq rangées de ceps environ, mais quelquefois, le viticulteur construisait une murette pour un seul pied, isolé, entre deux rochers. Comme seuls outils il ne disposait que d'une pioche et d'un marteau, pointu d'un côté et plat de l'autre, qui servait à casser les cailloux et à les arranger pour qu'ils s'intègrent dans la murette. (…) En une journée on ne peut ériger qu'environ trois mètres linéaires de murettes."

Petit glossaire catalan-français : agulla (pl agulles) : (litt. aiguille) rigole pavée et parementée - peu de gall (pl peus de gall) : (litt. pied de coq) réseau en forme de patte d'oie formé par le collecteur central et les rigoles obliques - feixa (pl feixes) : bande de terre (ici soutenue par un mur) - cossol (pl cossols) : grosse pierre (de soubassement) - llosa (pl lloses) : dallette, lause.

Source : F. Poirot, C. Rosas, A. Dourdan, J.-M. Goyhenex et P. Palau, Les vignerons sculpteurs de montagne, dans Terres catalanes, 1994, No 5, pp. 32-49, en part. pp. 42 et 47-48.


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© CERAV

5 août 2002 / August 5th, 2002

Références à citer :
Christian Lassure,
Un des derniers faiseurs de vignes du vignoble de Banyuls : Marcel Centène,
http://www.pierreseche.com/ dernier_faiseur_de_vigne.htm,
5 août 2002

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