ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

LES MURS DE SOUTÈNEMENT ROUTIERS EN PIERRES SÈCHES

Dry stone road-retaining walls

Christian Lassure


L'emploi de la maçonnerie sèche dans les murs de soutènement en bordure de route a cessé avec le XXe siècle : à preuve le mutisme des archives de l'Ecole des ponts et chaussées sur son utilisation après 1900.

Quelques exemples de soutènements routiers en pierres sèches

La Savoie possède encore des murs routiers en pierre sèche datant du milieu du XIXe siècle, dont certains situés le long de routes nationales. Ces murs tendent toutefois à disparaître petit à petit, étant reconstruits selon des techniques modernes lorsqu'ils s'écroulent ou parce qu'ils ne sont plus aux normes (ce qui est le cas en bordure des nationales).

Dans le département du Gard, entre Collias et Cabrières, existe un vieux chemin vicinal aux soutènements en pierres sèches, la Torte (c'est-à-dire la tortueuse). Reconstruit dans le premier quart du XIXe siècle (sous Louis XVIII), il voit sa largeur passer à 5 m et sa chaussée revêtue non pas d'un pavage mais de plusieurs couches de pierraille ajustées à la main, la dernière étant concassée au diamètre d'une noix et recouverte elle-même d'une couche de terre ou de sable. Les soutènements sont solidarisés avec l'empierrement au moyen de longues boutisses. Aujourd'hui, souvent éboulés dans leurs parties hautes, ils sont en cours de restauration.

Tracé de la Torte

Quelques règles à observer dans la reconstruction de soutènements routiers en pierres sèches

L'intérêt d'un mur en pierre sèche pour le soutènement de routes vient d'une part de sa capacité à absorber les déformations sans basculer, d'autre part de son aptitude à évacuer l'eau retenue à l'arrière. Un certain nombre de règles sont à observer concernant leur construction ou leur reconstruction :

- ne pas trop "serrer" les pierres du parement, de façon à obtenir des joints assez ouverts pour permettre l'évacuation de l'eau;

- pour cette même raison, ne pas insérer de cales dans les joints, afin d'éviter que le limon ne s'accumule à l'intérieur du mur;

- laisser des chantepleures, d'une taille suffisante (30 cm de côté au minimum) pour pouvoir dégager à la binette les limons qui s'y accumulent;

- veiller à ce que la pression exercée sur l'aire de fondation ne dépasse pas la capacité de résistance du rocher ou du sol d'assise;

- incliner vers la route, d'environ 17%,  la surface devant recevoir les fondations; faire de même pour chaque assise du mur, ainsi que pour le blocage en arrière (cela implique que chaque assise soit terminée avant d'entamer l'assise suivante et que le blocage en arrière soit fait en même temps que l'assise correspondante);

- lorsque le mur ne repose pas directement sur le rocher, mettre en place une semelle (c'est-à-dire une assise de fondation plus large que le corps du mur) pour répartir le poids du mur sur une surface plus grande et empêcher qu'il ne soit sapé;

- donner au parement un fruit de l'ordre de 30% (soit plus que pour un mur de terrassement) afin d'assurer au mur une plus grande stabilité:

- poser à diverses hauteurs des assises de boutisses, à raison d'une boutisse tous les mètres.

Sources :

- Les murs de soutènement routiers en pierre sèche, Actes du séminaire des 11-12 octobre 1995 à Gordes (Vaucluse), sur le site www.volubilis.com

- Didier Rieux, La restauration de la Torte : un travail de longue haleine, extrait de la revue Vardo, 1999.


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© CERAV

5 août 2002 / August 5th, 2002

Références à citer :
Christian Lassure,
Les murs de soutènement routiers en pierres sèches,
http://www.pierreseche.com/ murs_de_soutenement_routiers.htm,
5 août 2002

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