ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

UN DOCUMENT SUR LA CONQUÊTE AGRICOLE DES RAVINS ET DES VERSANTS ROCHEUX

DANS LES CÉVENNES AU DÉBUT DU XIXe SIÈCLE

A document on the agricultural conquest of rocky ravines and hillsides
in the Cevennes in the early 19th century

Christian Lassure et Michel Rouvière

 

La Topographie de la France (cf source infra), publiée au tout début du dix-neuvième siècle, décrit de façon précise et détaillée deux techniques de construction de murs en pierre sèche employées par les paysans cévenols,l'une pour enrayer l'érosion pluviale des ravins, l'autre pour aménager des terrasses de culture sur des versants rocheux. Les passages concernés sont suffisamment instructifs pour être cités quasi in-extenso.

Construction de digues en pierre sèche (autrement dit de restanques) dans les ravins

"Pour combler un ravin, ils commencent à élever un mur à pierre sèche au pied même de la montagne, dans toute la largeur du ravin, et à la hauteur, vers son milieu, de 2 à 4 mètres, selon laprofondeur du ravin lui-même. Ce mur forne une espèce de digue qui oppose son flanc au cours des eaux, et les laisse filtrer au travers tant qu'elles sont limpides; mais, lorsqu'après l'orage ou une forte pluie, elles sont devenues troubles par la terre ou les débris de pierres qu'elles charrient, elles déposent contre le mur presque toutes les matières qu'elles entraînent, s'échappent presque pures à travers les joints de pierres, et, peu-à-peu, ce vide ou cet espace triangulaire dont le mur forme un des côtés parvient à se remplir.

Dans l'angle rentrant, ou vers la pointe du ravin, on élève un second mur parallèle au premier; ce mur, qui, de même, arrête et filtre également les eaux, détermine un second attérissement; on procède successivement de la même manière jusqu'à ce qu'on soit parvenu au sommet de la montagne. Par suite de ce procédé ingénieux, se forment et s'élèvent des attérissements qui chargent le ravin en diverses couches de bonne terre disposées par échelons dans la cavité du ravin lui-même. Alors les eaux coulent sur ces surfaces unies; elles ne se précipitent plus en torrents dévastateurs du haut des montagnes dans les plaines; elles s'infiltrent paisiblement dons la terre poreuse qu'elles ont déposée contre les murs de soutènement; et une montagne qui naguère présentait partout l'image de la destruction, n'offre plus que des amphithéâtres de terre végétale sur lesquels s'établit une culture productive.

Jusqu'ici, l'agriculteur n'a travaillé qu'à vaincre la nature; mais il s'occupe ensuite des moyens de la faire produire : il plante la vigne contre la partie supérieure du mur; il établit plusieurs pieds de muriers sur chacun de ces petits plateaux; il y sème même du maïs, des pommes de terre, des légumes, des graines de toute espèce, et y multiplie la culture avec d'autant plus d'avantages que le sol en estvierge, bien arrosé et en général, de nature très fertile. Ces vignes, ces arbres, et toutes les autres plantes raffermissent la terreet brisent l'effort désormais impuissant des eaux."

La-Chapelle-sous-Aubenas (Ardèche) : création de restanques(dessin Michel Rouvière)

Construction d’encaissements et de murs de soutènement sur les versants

Une technique différente, mais visant également à la conquête de terres de culture, est attribuée aux mêmes habitants des Cévennes par les auteurs de la Topographie de la France :

« L'industrie des habitants des Cévennes est au moins aussi étonnante lorsqu'ils s'occupent de fertiliser le flanc d'une montagne calcaire. Presque partout, ces montages sont formées par des couches de pierre d'environ un demi-mètre d'épaisseur. Ces diverses assises fontretraite l'une sur l'autre dans le sens de l'inclinaison de la montagne; mais l'agriculteur donne à tous ces échelons ou plateaux une largeur égale, en brisant la pierre dont il emploie les débris à construire un petit mur sur le rebord du plateau lui-même; il remplit ensuite cet encaissement d'une couche de terre végétale qu'il prend dans les fentes du rocher, ou qu'il transporte sur son dos du pied même de lamontagne où les eaux l'ont peu à peu entraînée; ainsi, après un travail opiniâtre, le flanc de la montagne se trouve hérissé de petits murs parallèles qui encaissent des couches de terre végétale d'un à trois mètres de largeur. »

Près de Saint-Maurice-d'Ibie (Ardèche) : anciennes terrasses de culture sur un versant calcaire (photo Michel Rouvière)

Source : Peuchet Jacques, Chanlaire Pierre-Grégoire, Herbier de Halle Etienne, Description topographique et statistique de la France contenant avec la carte de chaque département, la notice historique de son ancien état, ses divisions, mœurs, antiquités, etc., P.-G. Chanlaire, Paris, 1810, 3 vol. (54 départements publiés).


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© CERAV
Le 3 décembre 2005 / December 3rd, 2005

Références à citer :

Christian Lassure et Michel Rouvière
Un document sur la conquête agricole des ravins et des versants rocheux dans les Cévennes au début du XIXe siècle
http://www.pierreseche.com/topo_france.htm
3 décembre 2005

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