ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

LA VOÛTE DE PIERRES SÈCHES ENCORBELLÉES ET INCLINÉES VERS L'EXTÉRIEUR : DÉFINITION

Christian Lassure

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Si la maçonnerie à sec a trouvé son emploi par excellence dans l'édification des murs et aménagements extérieurs qui caractérisent le paysage agricole des terroirs pierreux, par contre, à un échelon supérieur, en s'associant à des techniques de voûtement spécifiques – principalement la voûte de pierres encorbellées et inclinées vers l'extérieur et, à un moindre degré, la voûte de pierres clavées –, elle s'est concrétisée dans ce type d'architecture purement paysanne que sont les cabanes en pierre sèche.

Qu'il s'agisse de cabanes françaises (casèlas de l'Aveyron, oustalets du Gard cévenol, cabordes du Doubs, barracuns de la Corse-du- Sud, etc.) ou d'autres pays européens (barraques du pays valencien en Espagne, casedde des Pouilles en Italie du Sud, giren de l'archipel maltais, booley huts de la péninsule de Dingle en Irlande de l'Ouest, etc.), la voûte de pierres encorbellées et inclinées vers l'extérieur a été systématiquement employée par les paysans auto-constructeurs ou par les maçons à pierre sèche des deux ou trois derniers siècles pour couvrir l'espace au moindre coût.

Ce type de voûte, édifiée sur une base dérivée du cercle, repose sur deux principes : l'« encorbellement » et l'« inclinaison vers l'extérieur ».

Le principe de l'« encorbellement » consiste à disposer les pierres d'une même assise circulaire en surplomb par rapport à celles de l'assise inférieure, à la manière de corbeaux. Une nécessité impérative est que chaque pierre ne dépasse hors de son centre de gravité propre la pierre sous-jacente, de façon à rester en équilibre. Pour cela, il suffit de donner à chaque corbeau une queue suffisante pour faire contrepoids, et d'atténuer le poids du saillant en l'élégissant. Une autre nécessité est que les corbeaux soient taillés en forme de secteur de sorte que leurs interfaces rayonnent vers le centre du cercle.

Le principe de l'« inclinaison vers l'extérieur » consiste à imprimer aux pierres de chaque assise une légère inclinaison (de l'ordre de 15°) vers l'extérieur (si elles étaient posées horizontalement, on aurait à proprement parler, une voûte en « tas-de-charge », formée d'assises à lits horizontaux). Ce pendage entraîne un arc-boutement horizontal entre les plaquettes d'une même assise et la fermeture d'un polygone de forces : chaque assise est alors « autoclavée » et tient tout seule, en s'appuyant sur la précédente. La poussée horizontale vers l'extérieur exercée par chaque assise est annulée en disposant, à l'arrière de celle-ci, une masse de matériaux jouant un rôle de butée.

Vue de dessus d'une assise de pierres encorbellées et inclinées vers l'extérieur (assise) autoclavée. © Christian Lassure

 

Vue latérale d'une assise autoclavée. © Christian Lassure

Les assises successives, du fait du décalage vers l'intérieur, vont en se rejoignant, la dernière assise étant coiffée soit d'une dalle terminale soit de plusieurs dalles juxtaposées. Aucun cintre, aucun coffrage n'est nécessaire dans cette voûte à effets horizontaux (contrairement à la voûte clavée classique qui, elle, est à effets verticaux). Quant à la dalle terminale, elle peut être ôtée sans provoquer l'écroulement de la voûte (contrairement à la clé d'une voûte clavée, dont la chute entraîne l'effondrement de l'ensemble).

Quel que soit le type de voûte en pierre sèche, on n'oubliera pas le fait qu'elle est elle-même revêtue d'une couverture de dalles ou de lauses, selon la technique de la « double peau ».

Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) : couvrement découronné d'une chibotte montrant le système des deux peaux. © Christian Lassure

 

Vinezac (Ardèche) : capitelle couverte de grandes dalles de grès disposées en écailles. © Christian Lassure

On a voulu opposer voûte encorbellée et voûte clavée, en qualifiant la première de « fausse voûte » par opposition à la seconde, la seule à mériter le nom de « voûte ». En fait, l'expression « fausse voûte » désigne uniquement un couvrement non maçonné (par exemple en bois peint) imitant la disposition et l'apparence d'une voûte maçonnée. La voûte encorbellée doit être considérée comme un système de voûtement à part entière, une voûte « horizontale », par opposition à la voûte « verticale».

BIBLIOGRAPHIE

Christian Lassure, 1977, Essai d'analyse architecturale des édifices en pierre sèche, in L'Architecture rurale en pierre sèche, suppl. No 1, pp. 1-27 et 36-60 (Paris: CERAPS)

Jean-Luc Obereiner, 1977, Eléments pour servir à l'étude statique des voûtes de pierres sèches à encorbellements, in L'Architecture rurale en pierre sèche, suppl. No 1, pp. 28-36 (Paris: CERAPS)


© CERAV

Référence à citer :

Christian Lassure
La voûte de pierres sèches encorbellées et inclinées vers l'extérieur : définition
http://www.pierreseche.com/definition_voutes.html

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