ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

Série : cartes postales anciennes montrant des murs en pierre sèche

1 - C'EST AU PIED DU MUR (EN PIERRE SÈCHE) QU'ON VOIT... LE PHOTOGRAPHE

Series: Old postcards showing dry stone walls

1 - THERE ISN'T A PHOTOGRAPHER THAT DOESN'T LOVE A (DRY STONE) WALL

Christian Lassure


Il n'est d'amateur à la fois de cabanes en pierre sèche et de cartes postales anciennes qui ne détienne quelques-unes de ces dernières exhibant des « huttes gauloises », des « cabanons romains », des « cabanes ligures », entre autres appellations pittoresques.

Sur le verso de cette carte dentelée des années 1950, on peut lire « BONNIEUX (Vaucluse) - Huttes Gauloises » (il faut sans doute comprendre non pas huttes de l'époque gauloise, mais huttes conformes à l'idée qu'on se fait de celles qu'ont pu habiter les Gaulois, en quelque sorte « huttes à la gauloise »). Plus prosaïquement, ces deux édifices devaient être des grangeons, bâtis à côté de l'aire à battre le blé.

 

Les mêmes, en version colorisée antérieure et sous un angle de vue légèrement différent.

Mais si la cabane en pierre sèche est un sujet privilégié pour les photographes de cartes postales, par contre le mur en pierre sèche n'a guère fait recette auprès d'eux. Lorsque par hasard on découvre sur une carte postale du début du XXe siècle un mur en pierre sèche, il est là uniquement en tant qu'élément du décor et non en tant que sujet principal. Il est réduit au rôle d'accessoire qui concourt simplement au caractère pittoresque ou champêtre de la scène ou du paysage.

A preuve les six cartes qui suivent, les deux premières nous transportant dans le département du Jura, les deux suivantes dans celui des Bouches-du-Rhône, la cinquième dans le département du Lot, la sixième dans celui des Alpes-de-Haute-Provence, et ce au début du XXe siècle.

Environs de Salins - PONT D'HERY - La ferme de la Chaux-Denis

Sans ce chemin de terre qui serpente entre deux murets en pierre sèche jusqu'à la ferme de la Chaux-Denis à Pont-d'Héry, cette carte postale n'aurait guère de caractère. Le photographe a choisi le point de vue le plus à même de justifier la place de cette carte dans la série « Le Jura pittoresque ».

Couronnés de grosses lauses posées de chant, ces murets étaient censés empêcher le passage des animaux du chemin aux champs ou aux prés et vice versa, tout en matérialisant les limites des parcelles. Leurs pendants existent en Bourgogne, en Languedoc, en Provence, etc.

Saint-Laurent-du-Jura (Jura) - Vue de la Gare

La gare de Saint-Laurent-du-Jura (aujourd'hui Saint-Laurent-Grandvaux) n'a rien d'affriolant comme sujet de carte postale mais, comme dans la vue précédente, le photographe a trouvé le point de vue adéquat pour singulariser cette vision des plus banales. Il a planté son appareil en bas d'une colline surplombant la gare, derrière un muret bas, très bas, formé de blocs amoncelés et barrant le premier plan.

Mieux, pour éviter un paysage sans âme (qui vive), il a rajouté une présence humaine : un spectateur assis à un bout du muret et contemplant les voies, train spotter ou pointeur de trains avant l'heure.

Fontvieille - Moulin de A. Daudet (1)

Ici encore, la recherche de la composition a amené le photographe à mettre au premier plan de son cliché un mur de pierre sèche barrant le bas de l'image, même si ce mur sans assises ni couronnement est plutôt quelconque (les pierres sont toutefois bien ajustées).

Au centre de la composition, le moulin, décalotté, est perché sur une éminence rocailleuse. Les lignes obliques du paysage convergent vers lui.

Son entrée est murée, les restes de son arbre ont été enlevés (par rapport à d'autres cartes postales antérieures du même sujet).

FONTVIE(I)LLE (Bouches-du-Rhône). - Le Moulin de A. Daudet. - ND

Sur cette carte aux prétentions littéraires, la coquille sur le nom de Fontvieille a échappé à l'éditeur mais elle n'est pas sans donner un peu de piment à ce document.

La photo est antérieure à la précédente car le moulin, s'il a perdu sa calotte tournante, conserve son arbre et son rouet, et sa porte n'est pas encore murée.

Le mur en pierre sèche est là, lui aussi, mais il n'est pas photographié de façon à barrer le bas de la photo comme précédemment, il part en oblique vers la gauche puis vire bruquement à droite pour monter jusqu'au socle où se dresse la coque du moulin.

Présence humaine oblige, un homme et une femme sont assis sur le mur au premier plan, regardant en direction non pas du moulin mais du photographe. On pourrait croire qu'il s'agit de l'homme de lettres et de sa muse mais, plus vraisemblablement, ils sont là pour donner une touche d'animation à ce lieu marqué par la ruine et la friche.

La Mère Miette - Métier Cireuse de Chaussures (2)

Dans cette carte relevant du genre misérabiliste qu'affectionnaient les photographes du début du XXe siècle, le personnage n'est pas là pour animer le paysage, il est le sujet même de la photo. Notre cireuse de chaussures lotoise, le pied sur son trépied, le chiffon dans son giron, sa caisse à cirage à ses côtés, pose devant un mur de pierres crues qui donne à la scène un petit cachet rustique.

Ce mur, qui sert de toile de fond (si l'on peut dire), ne manifeste pas une grande technicité : les pierres sont empilées aussi bien que le permet leur forme biscornue. Il y a même un désordre à gauche du personnage (par rapport à l'observateur).

Forcalquier - Vue Générale

Dans cette vue générale de la ville de Forcalquier se pressant autour de sa citadelle au tout début du XXe siècle, on retrouve cet utile principe de structuration du paysage photographié, à savoir le mur en pierre sèche barrant transversalement la moitié inférieure du cliché.

Ici, le mur sépare deux enclos, dont le plus proche est planté d'oliviers. On ne peut guère dire plus. En tout cas, aucun «  cabanon pointu » n'est visible.

NOTES

(1) Le moulin présenté depuis 1935 comme étant le moulin d'Alphonse Daudet ne semble pas être le même que celui figuré dans nos deux cartes postales. En effet, dans le moulin restauré, le fenestron en haut de la tour est décalé à gauche par rapport à l'axe vertical de l'entrée. Il faut savoir que Fontvieille avait quatre ruines de moulins et que c'est à la mieux conservée d'entre elles qu'échut l'honneur d'être élevée au statut officiel de « moulin de Daudet ». Il faut préciser que le moulin choisi était le seul à posséder « une pièce du bas, basse et voûtée, comme un réfectoire de couvent » à l'instar du bâtiment des Lettres de mon moulin.

Daudet, bien entendu, n'a jamais possédé ni habité un quelconque moulin. Il avait d'autre grain à moudre.

Nous ne résistons pas au plaisir d'annexer à notre article une série de cartes postales retraçant les vicissitudes du supposé moulin entre 1880 et 1950.

Cliché photographique de 1880 montrant deux des moulins de Fontvieille encore en activité et toutes voiles dehors (carte postale moderne, « Sur les collines de Fontvieille », Musée Alphonse Daudet).

 

Carte postale de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe montrant le moulin Alphonse Daudet encore doté de sa calotte tournante et des ses ailes (éditeur L A). Au prix d'un laborieux déchiffrage on peut lire dans l'angle gauche : Rappelle-toi / Jan et l'Arlice... / la nuit ... orange / en Beaux. Quelle est belle / et capiteuse notre Provence / avec son soleil, sa mer / bleue, ses [...] et ses restanques / Qui embaument la lavande et le thun – sous toutes réserves).

 

Quelques temps plus tard, la calotte s'est envolée (au propre ou au figuré), mettant à nu l'arbre et son rouet (où l'on distingue les alluchons).

 

Maintenant, il ne reste plus que l'arbre en haut du fût de pierre.

 

Sans doute à la même époque que précédemment.

 

La ruine semble cernée par la végétation.

 

Cliché des années 1920 (?), l'entrée du moulin a été murée.

 

Dans les années 1950 (?), le moulin, désormais restauré, est a nouveau célébré par les cartes postales. Mais s'agit-il du même ? En effet, l'entrée est décalée à droite par rapport au fenestron sous le couronnement de l'édifice, et un renfoncement creuse la maçonnerie à gauche de l'encadrement.

 

Le nouveau moulin Daudet et, sur les collines proches, deux de ses congénères.

 

(2) Carte ayant circulé en 1909. L'éditeur en est la librairie Baudel à Saint-Céré.


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© CERAV

Le 24 novembre 2007 / November 24th, 2007 - Complété le 29 novembre 2007, le 8 mai 2008 / Augmented on November 29th, 2007, May 8th, 2008

Les références du présent article seront citées comme suit / The above article will be referenced as follows:
Christian Lassure,
Série : cartes postales anciennes montrant des murs en pierre sèche
1 - C'est au pied du mur (en pierre sèche) qu'on voit... le photographe (There isn't a photographer that doesn't love a (dry stone) wall)
http://www.pierreseche.com/murs_et_cartes_postales_1.htm
24 novembre 2007

Série : cartes postales anciennes montrant des murs en pierre sèche

1 - C'est au pied du mur (en pierre sèche) qu'on voit... le photographe

2 - Le mur de pierres sèches marquant la frontière franco-espagnole au col du Pourtalet (Pyrénées-Atlantiques)

3 - Les pierriers du plateau de Gergovie (Puy-de-Dôme)

4 - Mur en pierre sèche au couronnement de blocs de pression en Corse méridionale

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