ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

COMPTE RENDU 27 / REVIEW 27

THE CORBELLED STONE HUTS OF THE MALTESE ISLANDS

Parution initiale dans L'Architecture vernaculaire rurale, t. 4, 1980, pp. 157-158

P. Cassar (Dr.), The corbelled stone huts of the Maltese islands, dans Man, a Monthly Record of Anthropological Science, April 1961, pp. 65-68 (compte rendu : Christian Lassure).

L'existence de cabanes à voûte de pierres sèches encorbellées sur l'île de Malte est une chose peu connue. Écrivant dès 1961 dans la revue anthropologique de langue anglaise Man, P. Cassar, de l'Université royale de Malte, se propose de combler cette lacune.

En l'espace de trois pages de texte et d'une planche de photos, l'auteur remplit très honorablement son propos, présentant dans une première partie les caractéristiques des édifices puis se livrant dans une deuxième partie à une discussion visant à rattacher – de façon hélas tout à fait arbitraire – les cabanes subsistantes à une tradition qui se serait perpétuée depuis la Malte néolithique.

Plus que sur cette discussion sans grand intérêt, nous nous pencherons sur la partie descriptive de l'article, la plus enrichissante pour le spécialiste.

Les cabanes répondent au nom de girna, terme qui serait dérivé de l'arabique et signifierait amas de pierres. Leur distribution concerne les trois îles principales de l'archipel maltais mais leur plus grand nombre s'observe dans la partie nord de l'île de Malte proprement dite, en des zones où le temps est peu clément (Bingemma, Bahrija, Zebbieh et Wardija). Leur rôle est celui d'abri pour le berger ou l'agriculteur en hiver comme en été.

Le matériau est un calcaire tendre (globigerina) le plus souvent mais parfois aussi du calcaire corallien dur. Elles sont en forme de cône tronqué tendant parfois vers une demi-sphère approximative. La hauteur intérieure varie entre 1 m 50 et 2 m 10. L'illustration photographique de l'article permet de visualiser la morphologie générale des cabanes maltaises : elle est celle de ces nombreux abris édifiés par les paysans ardéchois ou lozérots sans l'aide de maçons. P. Cassar rappelle pour le lecteur les techniques bien connues de l'encorbellement et de la maçonnerie à sec. Elles sont universelles.

Non dépourvue d'intérêt est la mention de quelques espèces végétales (chardons, oseille, fenouil, asphodèle) recherchant les parois des cabanes (ce type d'observation est en général omis – à tort – par les chercheurs français).

Les aménagements sont notés. Des regards réservés à travers les murs permettent de surveiller les alentours. Les entrées, dépourvues de porte, sont basses et étroites (entre 0 m 90 et 1m 20 de haut sur 0 m 75 de large) et orientées vers le Sud ou le Sud-est, à l'abri des vents du Nord. Leur couvrement est obtenu soit par un linteau monolithe, parfois déchargé par deux dalles en bâtière, soit par un arc clavé.

Le couvrement de l'encorbellement intérieur consiste le plus souvent de plusieurs dalles rectangulaires jointives, parfois d'une seule grande dalle ou encore d'un bloc conique placé la pointe en bas, faisant office de clé (on a là la réplique exacte d'un système que nous avons pour notre part décrit dans un exemplaire gardois (1)).

La morphologie extérieures des giren (surface plus ou moins bombée du tronc-de-cône, convexité de la demi-sphère) entraîne l'emploi de revêtements de protection contre la pluie, soit une couche de cailloutis jouant le rôle de drain, soit, moins souvent, une couche de terre battue (nom local : torba – mélange de chaux, de gravier et de bouts de poterie).

L'auteur recense divers types de variantes par rapport au type général :
- utilisation d'un banc rocheux saillant donnant un abri très bas (entre 0 m 90 et 1 m 20) ;
- confection d'un mur-écran (mais s'agit-il vraiment d'une variante ?) en forme de rectangle ou de quart ou de moitié de cercle en avant de l'entrée.
- quatre spécimens de grande dimensions sont décrits :
. un premier (diam. int. : 4 m 80), à la voûte effondrée ;
. un deuxième (diam. int. : 3 m 30), présentant un couvrement original (voûte d'encorbellement fermée en haut par une panne médiane soutenant de part et d'autre 9 dalles jointives reposant sur les parois et recouvertes d'une couche de torba) ;
. une cabane à rampe extérieure spiralaire (la présence de cet aménagement extérieur est insuffisante en fait pour justifier le terme de variante) ;
. une cabane à deux niveaux, le bas communiquant avec une terrasse de culture inférieure, le haut avec une terrasse supérieure (une construction à deux niveaux, du même type, est décrite, pour la Ligurie, par Nilde Vassalo (2)) ;
- le recours dans certains cas au plan carré, extérieur comme intérieur, donnant une forme pyramidale à l'extérieur mais avec rattrapage graduel des angles à l'intérieur au niveau de la voûte.

Girna à la façade rectiligne et à l'arrière arrondi. La voûte d'encorbellement est recouverte d'un dôme de terre et de cailloutis. L'entrée est protégée par un mur en oblique (photo prise en octobre 2002). © Michel Rouvière

La partie descriptive de l'article est suivie d'une partie purement spéculative dont les conclusions, bien peu scientifiques, viennent ternir la bonne impression de départ. Bien que les constructions existantes soient « modernes » – comme l'auteur le souligne lui-même –, elles constituent à ses yeux les dernières d'une succession de cabanes constamment renouvelées dont les premières furent néolithiques : puisque la technique de l'encorbellement est attestée dans les temples mégalithiques de Malte et que les bâtisseurs néolithiques affectionnaient les murs courbes et les enclos aux angles arrondis, n'est-il pas logique de penser que la conception de la cabane à voûte encorbellée est contemporaine des sanctuaires mégalithiques ? Hélas pour P. Cassar, la vérité scientifique n'a que faire de la logique. Elle se nourrit de preuves tangibles, et en l'occurrence celles-ci sont inexistantes.

Qui plus est, non content de vouloir donner une noblesse toute archéologique et une généalogie des plus illustres à un simple habitat temporaire subactuel, l'auteur, reprenant la thèse mise en avant 10 ans plus tôt dans la même revue par James Walton (3), à savoir d'une diffusion mondiale de la cabane à voûte encorbellée depuis l'Italie du Sud à la fin du Néolithique ou au début de l'âge du bronze, l'auteur donc exprime son sentiment que c'est à Malte plutôt qu'en Italie du Sud (qui n'est éloignée que de 95 km) que se situe le point de départ de cette diffusion, opinion tout à fait gratuite – sinon quelque peu teintée d'esprit de clocher – s'ajoutant aux précédentes. Outre que l'on constatera l'absence de toute preuve archéologique de ces affirmations, on regrettera vivement que P. Cassar n'ait pas cherché à étudier le contexte économique, le type de propriété et d'exploitation du sol, les types de cultures auxquelles nos modernes giren se rattachent.

NOTES

(1) Cf. le présent tome, pp. 107-108.

(2) Nilde Vassalo, Recherches préliminaires sur les caselle des environs d'Imperia, dans L'architecture rurale en pierre sèche, t. 2, 1978, pp. 170-180, en part. p. 177 et pl. 5, fig . No 6.

(3) James Walton, Corbelled stone huts in Southern Africa, dans Man, a Monthly Record of Anthropological Science, vol. LI, 1951, pp. 45-48.


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© CERAV
Mis en ligne le 29 avril 2006 - Complété le 20 décembre 2013 / Posted online on April 29th, 2006 - Augmented on December 20th, 2013

Références à citer / To be referenced as :

Christian Lassure
compte rendu de P. Cassar (Dr.), The corbelled stone huts of the Maltese islands, dans Man, a Monthly Record of Anthropological Science, April 1961, pp. 65-68
http://www.pierreseche.com/p_cassar.htm
29 avril 2006

Parution initiale dans L'Architecture vernaculaire rurale, t. 4, 1980, pp. 157-158

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