ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

UNE PASSERELLE EN PIERRE SÈCHE À NONZA (HAUTE-CORSE)

A dry stone walkway at Nonza, Haute-Corse

Jean-Pierre Guillet

 

Cet ouvrage se trouve à environ un kilomètre au nord de Nonza, dans un lieudit autrefois intensément cultivé et appelé Navaghjella. La figure 1, extraite du plan cadastral de 1975, montre la localisation de la parcelle concernée, section B2, numéro 360, colorisée en rose. Le nord est, bien entendu, en haut de la feuille.

Fig. 1 : Localisation de l’ouvrage sur le plan cadastral de 1975.

Une vue générale figure en 2. Elle a été prise récemment alors que j’avais profité du « débroussaillage » – qu’avait entrepris un anonyme bûcheron – en peaufinant le nettoyage. Je connaissais cette construction depuis plusieurs années. Dans un premier temps, en la distinguant à travers la broussaille, j’avais pensé à un canal suspendu comme j’en avais recensé plusieurs peu auparavant. Un examen plus attentif avait fait prendre en considération des détails mettant en doute cette conclusion : les lames de schiste étaient toutes jointives alors que celles des canaux suspendus laissaient entre elles des espacements importants plus propices à une mise à niveau ; elles n’avaient pas été soigneusement retravaillées en forme rectangulaire pour faciliter l’étanchéisation du lit de canal qu’elles auraient pu constituer ; la pente générale était forte, comparée à celle des autres canaux suspendus qui cherchaient en général à desservir le maximum possible de parcelles aval ; last but not least, une fois un bon débroussaillage effectué, sous l’ouvrage et au bas du mur apparaissaient les restes d’un vrai canal sur banquette de facture plus économique, etc. Ne restait qu’une possibilité : c’était là une voie de passage pédestre pour le propriétaire d’une parcelle enclavée (la 359).

Fig. 2 : La passerelle dégagée de la végétation. © Jean-Pierre Guillet.

La figure 3 est un panorama, pris en contre-plongée bien verticale, de la « piste ». La longueur totale est de 9,10 m pour une largeur de 45 à 50 cm. Deux des lames se sont abaissées (la 03 assez fortement et la 07) probablement à la suite des mouvements du mur de soutènement, mais sans être déchaussées comme j’ai pu le constater en essayant de les faire bouger. La lame 16 a été brisée et le chicot reste stable lui aussi. L’extrémité haute, à gauche, est à 70 cm au dessus de la surface de la parcelle qui s’incline légèrement vers le nord. L’extrémité basse, sous la plaque 29, forme couvercle sur le canal, donc à une trentaine de centimètres du sol. Le canal passe alors en conduit sous le seuil du petit portail (largeur 1 m) permettant d’accéder à la parcelle enclavée. Je n’ai pas fouillé au-delà.

Fig. 3 : panorama de la passerelle en contre-plongée verticale. © Jean-Pierre Guillet.

L’arrivée d’eau se faisait côté sud, par un conduit passant sous le chemin. La figure 4 montre son ouverture, de l’ordre de 40 x 40 cm, débouchant juste en dessous de la passerelle. L’eau descendait alors vers le canal par le biais d’un déversoir en lames de schiste bien visible sur la photo, quoique disjoint. J’ai sondé la profondeur du conduit à l’aide d’une longue branchette. Elle est arrivée en butée vers 2,10 m, ce qui correspond à la largeur du chemin. La photo 5, prise au flash, laisse à penser à un coude vers la gauche, ce qui cadre avec une structure de canaux/dérivations en banquettes situés un peu en amont sur le bord du chemin. La dite structure est assez complexe puisque elle permet de desservir trois ou quatre départs de canaux. J’espère trouver le temps d’en démêler un jour les branchements.

Fig. 4 : L'arrivée d'eau. © Jean-Pierre Guillet.

Pour clore ce rapport, je vais faire état d’un petit mystère : on revient à l’extrait cadastral de la figure 1 pour examiner la parcelle 359 dont l’enclavement, dans mon hypothèse, a justifié la construction de la passerelle. Et on s’aperçoit que son côté nord-ouest borde un chemin (sur le plan, les voies sont colorisés en kaki). Vient aussitôt la très logique question : « Pourquoi n’avoir pas profité de cette situation pour ouvrir un accès plus facile à construire que la passerelle, plus commode à arpenter en portant une charge et d’ailleurs plus solide à terme ? ». Le cadastre de 1861 montre les mêmes contours de parcelles, ce qui incite à penser que les murets n’ont guère subi de remaniements depuis un siècle et demi. À ce jour, je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante…

Fig. 5 : le conduit passant sous le chemin. © Jean-Pierre Guillet.

 

Adresses utiles :

(1) Association des amis du site de Nonza, siège social : 20217 NONZA

(2) jeanpierreguillet[at]free.fr


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© CERAV
Le 20 octobre 2015 / October 20th, 2015

Références à citer / To be referenced as :

Jean-Pierre Guillet
Une passerelle en pierre sèche à Nonza (Haute-Corse) (A dry stone walkway at Nonza, Haute-Corse)
http://www.pierreseche.com/nonza_passerelle.htm
20 octobre 2015

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