ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

DISPOSITIFS D'IRRIGATION À NONZA AU CAP CORSE (HAUTE-CORSE)

Irrigation devices at Nonza in the Cap Corse region, Haute-Corse

Jean-Pierre Guillet


9 - LE RÉSEAU D’IRRIGATION SUR LE CHEMIN DE NONZA À OLCANI

Partie basse, entre Muscatello et Cane Morto

Sur certaines photos, on peut apprécier les dimensions des structures en se référant au bâton qui mesure 1 m.

Il s’agit de celle qui commence à la route nationale, à la sortie nord de Nonza. Son relevé cadastral apparaît en figure 1. La déclivité est forte. La plus grande pente de la zone, descendant sensiblement de l’est vers l’ouest, est de l’ordre de 40 à 50 degrés et, près de la route, on rencontre des parties quasi-verticales au point que les anciens agriculteurs, pourtant tenaces, avaient apparemment renoncé à les aménager ! Le chemin, en ce qui le concerne, présente sur cette portion une inclinaison de l’ordre de 20 %, soit 11 degrés.

Fig. 1. Position du réseau (en vert) sur le cadastre de 1975.

 

Le premier ouvrage qu’on rencontre, à gauche en montant, est un canal suspendu qui dévale de B vers A où il tourne à gauche pour abreuver les terrasses constituant la parcelle 628. Une photo d’ensemble figure en 2.

Fig. 2. Où on peut comparer avec le cadastre de 1861.

En B, le canal franchit en conduit souterrain le chemin secondaire, large de 1,6 m, qui part vers l’est. Puis il suit sur une petite distance un trajet sur banquette basse (bas de la figure 2 et figure 3). Il devient ensuite réellement suspendu (du milieu à la droite de la figure 2). La longueur de l’ensemble est de 19,5 m et, à son extrémité basse, le lit du canal se situe à 2,40 m au-dessus du chemin.

Fig. 3. Vue d'ensemble du canal suspendu 1.

Au-dessus du chemin secondaire, le canal circule à l’air libre entre C et D, sur banquette pour la majeure partie du trajet mais en présentant un curieux tronçon long de 4,5 m à la fois suspendu et couvert (figure 4).

Fig. 4. Emergence du canal après le conduit sous le chemin secondaire, et banquette.

Le côté intrigant tient à ce que la hauteur maximale au-dessus du chemin est de 30 cm ! Mécaniquement, une structure suspendue est moins fiable qu’une sur banquette et requiert plus de travail de mise à niveau. Je ne vois pas du tout pourquoi on a cru bon d’adopter cette technique alors qu’on pouvait s’en passer à meilleur compte.

Vient ensuite une section fortement pentue, DE, avec de belles lames de fond minces dont une brisée mais qui mesurait 1 m de long ! Voir en figure 5.

Fig. 5. La zone suspendue posant question.

Elle s’abouche en haut – en D - à une bizarre structure de pierres cimentées qu’on voit en figure 6. A première vue il semble que ce soit un dispositif de dérivation qui pourrait alimenter une parcelle en contrebas de l’autre côté du chemin. Le hic est que, dans mon prudent début de dégagement, je n’ai pas encore trouvé d’orifice vers un conduit traversant le chemin et que le raccordement à la partie aval du canal semble inexistant ! Je fouillerai plus profondément lors d’un prochain relevé.

Fig. 6. Une lame de fond bien longue dans la partie à forte déclivité.

Au-dessus de ce mystère débute une longue partie du canal de facture bien plus moderne puisque constituée de paires de tronçons en béton armé mis bout à bout. On voit la photo de l’un d’eux en 8. Ils ont été réalisés, bien sûr, par moulage. Le chenal proprement dit a une largeur de 8 cm contre une profondeur de 9. Chaque segment fait 1 m de long. Un habitant du village, M. Francis Murati, affirme que ces modules ont été fabriqués par son père. Il est incertain sur l’époque « peut-être avant la seconde guerre mondiale »…

 

Fig. 7. Une éventuelle dérivation posant elle aussi question.

 

Fig. 8. Un élément du canal en ciment armé.

Il est probable que cet abandon des matériaux traditionnels ait eu lieu à la suite de dégradations chroniques du canal et peut-être de la raréfaction de la main d’œuvre compétente en assemblage de lames de schiste. Il faut reconnaître que les nouveaux venus se sont plutôt bien conservés après un bon nombre de décennies.

A 6,5 m au-dessus de la précédente, en F donc, on rencontre une indéniable dérivation (fig. 9 et 10). Elle s’enfonce sous le chemin et réapparaît à l’ouest dans la parcelle en vis-à-vis.

 

Fig. 9. Une indéniable dérivation avec à gauche l'éventuelle pierre-vanne.

 

Fig. 10. La même avec la pierre dans la position où elle fut découverte.

Elle est bien cimentée. En la dégageant de la terre et des feuilles mortes qui en obstruaient l’entrée, j’ai dû retirer une pierre qui apparaît en en entier, à gauche du bâton,  sur la figure 9. Deux hypothèses à son sujet : a) c’est un élément banal du mur surplombant qui est tombé par hasard dans ce trou et dans ce sens (côté pointu vers le haut); b) on prend en compte deux caractéristiques, à savoir le côté pointu qui permet une très commode prise en main et le fait que les dimensions de l’autre côté assurent un emboîtement assez précis dans le trou et ce assez profondément. On est en droit de supposer qu’il s’agissait d’un bouchon fermant la dérivation après la durée d’écoulement d’eau autorisée par le règlement communal.

Que la pierre n’ait pas été visiblement façonnée n’est pas forcément un argument a contrario. Elle effectuait déjà par elle même le plus gros pourcentage de blocage du flux et un simple enrobage d’herbes ou de vieux chiffons pouvait remplir assez bien le rôle d’un joint « d’étanchéité ». Par ailleurs le recours à des formes brutes telles que ramassées dans les environs était monnaie courante. La construction des murs fournit des myriades d’exemples. Je connais aussi le cas d’une aire à blé dont la pierre que traînaient les bovins n’avait pas été retouchée. Il suffisait qu’elle remplisse à moindres frais les trois conditions essentielles : ne pas être friable ; avoir la masse qui convenait ; assurer – via une apparence de gorge naturelle - une fixation solide à la chaîne de traînage.

Fig. 11. Débouché du conduit dans la parcelle à l’ouest du chemin.

La dérivation alimentait à l’ouest  une terrasse de la parcelle 613 légèrement en contre bas du chemin et qui présente la bizarre caractéristique de disposer de deux arrivées d’eau. Celle visiblement reliée à la dérivation précédente est disposée un peu au sud, à travers le muret bordant le chemin, juste à côté de l’entrée (fig. 11). Mais un canal sur banquette basse (fig. 12) court tout au long du même muret sur 15 m jusqu’à son extrémité nord. Il y aboutit à une autre arrivée (fig. 13) après avoir effectué deux traversées par conduit à travers ce qui doit être un renfort du muret. Je doute que cette redondance ait été voulue par précaution en cas de défaut d’approvisionnement par l’une d’entre elles. En effet, les distances en jeu sont minimes et un dépannage rapide en raison de la facilité d’accès et des contraintes réduites (comparativement à ce qu’on rencontrait, par exemple dans les pentes raides de Cane Morto) pouvait justifier durant quelques jours une amenée d’eau par arrosoirs depuis un point de collecte en proche amont. Peut-être y a-t-il eu décalage chronologique entre des périodes d’utilisation de l’une et l’autre amenée.

Fig. 12. Le canal sur banquette dans la parcelle 613 ouest.

 

Fig. 13. L'arrivée d'eau au nord.

Depuis l’arrivée sud, un probable canal à fleur de terre amenait l’eau vers la terrasse située en léger contrebas, à l’ouest via une identique traversée du muret à côté de l’entrée.

La montée se poursuit, toujours avec des paires de canaux en ciment. En G, à 18,5 m au-dessus de F, une dérivation enfouie sous des pierres tombées du mur surplombant alimentait un second canal suspendu ((fig. 14). Celui-ci commence par une partie sur banquette de plus en plus surélevée et longue de 8,5 m. Vient alors la partie véritablement suspendue sur 7,5 m.

Fig. 14. Le second canal suspendu (à droite) précédé d’une partie sur banquette (à gauche).

Comme la partie haute, traitée dans un autre texte, la partie basse du chemin d’Olcani approvisionnait aussi des parcelles situées en dessous de la route. On trouvera les données (difficilement collectées) sur ces conduits et les systèmes raccordés dans le chapitre Traversées de route.

Adresses utiles :

(1) Association des amis du site de Nonza, siège social : 20217 NONZA

(2) jeanpierreguillet[at]free.fr


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© CERAV
Le 18 juin 2009 / June 18th, 2009

Références à citer / To be referenced as:

Jean-Pierre Guillet
Dispositifs d'irrigation à Nonza au Cap Corse (Haute-Corse) (Irrigation devices at Nonza in the Cap Corse region, Haute-Corse)
9 - Le Réseau d'irrigation sur le chemin de Nonza à Olcani - Partie basse (The lower portion of the irrigation network on the Nonza-Olcani road)
http://www.pierreseche.com/olcani_bas.htm
18 juin 2009

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